Poésie, pédagogie et politique

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À la fin d’une réunion à la BAnQ, plus tôt cette semaine, j’ai pris le temps de m’arrêter au premier étage pour visiter l’exposition « Être ou ne poète », qui est consacrée à l’œuvre et à la vie de Gérald Godin.

L’exposition est très simple, mais très efficace. J’aurais aimé qu’elle soit accompagnée d’un document synthèse — ou d’un site Web complémentaire — mais, à défaut, je suis reparti de la bibliothèque avec un livre sous le bras:

Traces pour une autobiographie, Écrits et parlés II — Édition préparée par André Gervais, Éditions de l’Hexagone, 1994.

Page après page, j’y redécouvre un politicien-poète (et vice versa) absolument extraordinaire — et dont les motivations me rejoignent profondément.

« Ce qu’il faut faire, c’est de trouver la pédagogie pour montrer aux gens que c’est ça, la réalité, et comment la changer, cette réalité-là. La job, la tâche, le labeur de la gauche, actuellement, ou de toute personne qui veut que ça change, qu’elle se qualifie de gauche ou de quoi que ce soit, c’est un problème pédagogique: comment amener les gens à découvrir ou à se rendre compte de la façon dont les choses fonctionnent, premièrement, comment les convaincre qu’il faut que ça change, deuxièmement. »

Je pourrais en citer des dizaines d’extraits formidables. Je le ferai d’ailleurs sans doute au cours des prochains jours.

* * *

Je note également au passage ces deux extraits, que j’ai cités sur Facebook hier après-midi:

« La poésie peut-elle changer le monde? La politique peut-elle changer le monde? La poésie peut-elle changer la politique? La politique peut-elle changer la poésie?

On n’écrit pas ce que l’on veut. Ce que l’on écrit c’est ce qui, en nous, veut devenir de l’écrit. »

* * *

« Ce par quoi les deux se ressemblent [la poésie et la politique], en fait, c’est en ce que les mots sont les citoyens de la poésie. Innombrables, imprévisibles, vivants, dynamiques, changeants, intraitables et qui, au fond, dominent absolument ceux qui croient s’en servir. »

* * *

Et j’en ajoute une dernière pour ce soir:

« G. G.: [Le pouvoir] est un poste d’observation unique. La nature humaine nous apparaît sous son plus beau jour (sic)… On constate que le sort du monde ne se joue pas au Conseil des ministres, mais dans le cœur de l’homme. Et je crois que le poète, par son langage, peut s’adresser au cœur des individus. Il est peut-être le seul à pouvoir le faire!

V. G.: Le pouvoir de la poésie serait plus réel que celui du politique?

G. G.: Je le crois. Les gens m’appellent le député-poète, et la mythologie qui entoure ces mots jette une sorte d’auréole autour de ma personne. Ça me permet plus de liberté; je peux dire les choses différemment. Plus fortement.

— Extrait d’une entrevue de Véronique Gagnon avec Gérald Godin.

* * *

De la lecture très inspirante.

« Le réseau va trop vite pour intervenir efficacement dans la vie politique »

Le réseau en fait trop, il aborde trop de choses, il cite trop de points de vue, il se met trop vite à jour pour intervenir dans la vie politique de façon apaisée et aboutie. […]

Le jeu démocratique a tout d’un jeu vidéo dans les moments d’emballement du réseau. Tweets, retweets et bataille de hashtags. Les réactions immédiates des internautes croyant relever des écarts et des excès des responsables politiques s’inscrivent dans un flux qui tient autant de l’électricité que du débat. La participation à un mouvement d’opinion est si facile – il suffit le plus souvent de taper sur un bouton – que le niveau de motivation demandé est très faible, mais l’impact reste d’une portée relative : les mouvements collectifs ne durent pas assez pour se structurer. Le réseau est un territoire propre à l’expression de la révolte, pas à la construction de la révolution.

Pour une foule, le pire mal, c’est le trop grand nombre. C’est le cas sur le réseau, où la révolution numérique mobilise trop d’internautes, trop vite pour bâtir un processus politique influent et durable […]

– – –

Extrait de: La Condition numérique, de Jean-François Fogel et Bruno Patino, Grasset.

Source: La Condition numérique, dans Le Monde, vendredi le 5 avril 2013.

Du cynisme à l’espoir en passant par un iPad oublié

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J’ai passé la semaine en Europe — Espagne et France. Très occupé, mais je prends quand même toujours le temps de suivre un peu l’actualité quand je suis à l’étranger, pour découvrir d’autres points de vue et d’autres enjeux.

Et cela a été une dure semaine de ce côté, en France particulièrement: entre l’Affaire Cahuzac, le Offshore Leak — et les ramifications de tout ça. Avec les révélations de la Commission Charbonneau au Québec et le reste, il n’y a pas de quoi se réjouir. Le cynisme est vraiment à son maximum.

* * *

Je suis allé courir ce matin avant de reprendre l’avion pour Québec. Un peu plus de 11 km, de Place d’Italie à Notre-Dame, en passant par le Parc de Bercy et retour en passant par le Jardin des Plantes. J’écoutais WoodKid en pensant à tout ça: à la politique, tellement malmenée et pourtant tellement nécessaire. Mais comment? Quelle politique? Avec quels genres d’hommes et de femmes politiques? Qu’est-ce qui est acceptable, qu’est-ce qui ne l’est pas? Et comment éviter de se draper inutilement dans une illusoire vertu? Se raconter des histoire en prétendant vouloir laver plus blanc que blanc?

Au travers de ces réflexions, j’ai aussi croisé la misère.

Sur les quais, juste après le pont qui mène à la gare de Lyon, j’ai vu un homme, pieds nus, se laver à l’eau d’une fontaine. Il faisait 2 degrés Celcius.

Et devant le Jardin des Plantes, j’ai vu un homme hébété assis sur un petit banc à côté de sa tente effondrée sur le terre-plein entre trois voies de circulation particulièrement passantes. Les pigeons picorraient le reste de son repas, manifestement trouvé dans les poubelles. Le regard vide, il n’a même pas réagi à mon passage.

Après une douche, j’ai pris le taxi pour l’aéroport.  J’ai discuté avec le chauffeur de la situation politique. Ses propos dégoulinaient de cynisme. Il croyait à l’existence d’une solution, mais tout semblait se confondre dans son esprit: le mariage gai, la présence des Roms, la corruption, la mode, et quoi encore? Nous étions tout de même d’accord sur la place importante de la morale (laquelle?) dans la solution.

Après sept heures de vol, longue escale à Montréal en attente du vol vers Québec. J’en profite pour lire Le Monde de vendredi. Déprimant.

Avec la fatigue, j’ai l’impression de sombrer: non mais quel monde politique pourri!— et quelle dérive morale. C’en est invraisemblable. Et Le Devoir ne semble guère me réserver beaucoup mieux. Je sais pourtant que les gens honnêtes et dévoués sont nombreux en politique — comme ils doivent souffrir de se voir ainsi condamnés par association — et de voir le cynisme faire ainsi le lit de tous les extrémismes, de droite comme de gauche.

— une autre bière madame s’il vous plaît.

* * *

C’était jusqu’à ce que j’arrive à la page 18:

Conte de printemps.

L’histoire (vraie) d’une journaliste du Monde qui a oublié son iPad dans le panier d’un vélib — et qui le retrouve quelques jours plus tard grâce à la générosité de deux hommes au destin absolument incroyable. J’en ai eu les larmes aux yeux.

Didier Janus et Patrice Balzac m’ont redonné espoir.

J’ai repensé aux deux poqués que j’ai croisés ce matin sur les quais de la Seine et je me suis dit qu’il ne fallait pas succomber au cynisme — on a pas le droit de leur faire ça — et qu’il fallait de toute urgence se retrousser les manches (encore un peu plus) pour réhabiliter la politique et ceux qui s’y engagent avec sincérité — envers et contre tout.

Parce qu’il n’y a pas de solution collective sans la politique.

Un mouvement en faveur de la lecture

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J’aimerais que l’éditorial qu’Antoine Robitaille consacre ce matin à la diminution du nombre de « de grands lecteurs » ait un effet semblable à celui qu’Omer Héroux signait dans Le Devoir du 3 avril 1930. Cet éditorial avait joué un rôle déterminant pour sonner le réveil de la société québécoise en ce qui concerne l’importance de la science.

Saisissant l’occasion, les Frères Marie-Victorin et Adrien Rivard allaient par la suite participer à la fondation des Cercles des jeunes naturalistes — un mouvement qui allait recueillir un succès absolument fulgurant et qui aura eu une importance capitale dans le développement de nombreuses vocations scientifiques. Pauline Gravel rappelait d’ailleurs tout cela dans un texte publié le 24 avril 2010: Le Devoir à l’origine des cercles des jeunes naturalistes.

J’ai déjà écrit à plusieurs reprises mon souhait de voir un tel mouvement se reproduire pour favoriser l’avènement d’une approche plus ouverte de l’éducation — pour favoriser l’avènement d’une cité éducative. Je l’avais notamment fait il y a cinq ans, en réaction à un texte de Michel Dumais. C’est ici: L’utopique (mais pourtant nécessaire) cité éducative.

La lecture est évidemment fondamentale dans un tel projet — et dans celui, plus large, de bâtir une société du savoir, une société éducative — où l’apprentissage est l’affaire de tous, tous les jours.

Alors donc… comment est-ce qu’on répond à l’invitation que nous lance Antoine Robitaille en conclusion de son texte

« Si vous vous êtes rendu en bas de ce texte, il y a des chances que vous soyez une grande lectrice ou un grand lecteur. Ceux qui se reconnaissent dans cette étiquette devraient peut-être former des clubs, des groupes, afin de s’entraider, s’entraîner. Qu’en pensez-vous ? »

Des personnes intéressées par ce chantier?

Patience

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Une dizaine de minutes pour écrire. Souvenir du fauteuil inconfortable où j’ai pris quelques notes. Décor seventies. Bruits de verres, de roues de valises, des conversations, en anglais, en français, en espagnol. Des rires aussi. L’homme devant moi lisait Les frères Sisters pendant que la femme assise à côté de moi bâillait constamment. Jusqu’à l’appel: « Le vol AC871 à destination de Paris est maintenant prêt pour l’embarquement ».

J’enfile mes écouteurs. Bulle musicale. Ane Brun — Do you remember?

Je me souviens.

Je me souviens de ces autres notes, prises quelques jours plus tard, assis sur une autre chaise inconfortable, dans un motel de Drummondville.

C’est quand tout se précipite qu’il faut être le plus patient.

Se répéter que si tout seul on peut souvent aller plus vite, ensemble on va généralement plus loin.

Technoculture camp

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Techno Culture Camp. C’était le nom de l’événement. Le programme est ici. Une partie de la liste des participants aussi.

J’y ai assisté cet après-midi. Comme un peu plus de 150 autres personnes — je dirais, à l’oeil.

L’idée: favoriser un rapprochement entre les gens de la culture, et les gens de la technologie — sortir des silos, faire naître des contextes propices aux rencontres, des projets conjoints.

Milad Doueihi a prononcé en ouverture une conférence d’une trentaine de minutes; une allocution s’appuyant sur les valeurs humanistes, très intéressante, mais qui ne plaçaient probablement pas suffisamment les gens dans un contexte pratique de collaboration, de co-construction — comme cela était pourtant souhaité par la suite.

Quatre projets structurants ont ensuite été présentés aux participants:

Un MediaLab pour Québec

Les Productions Rare

Une édition québécoise de Muséomix

La ruche — un outli de sociofinancement (crowdfunding)

Chaque projet était brièvement présenté et faisait ensuite l’objet d’un atelier.

Les deux premières présentations m’ont semblé très (trop) imprécises — elles ne semblaient pas avoir été adéquatement préparées. Pas de mauvaises idées, mais pas suffisamment mûres, je pense.

Le projet de réaliser à Québec, au Musée de la civilisation, une nouvelle édition de Muséomix, un type d’événement qui a été réalisé l’an dernier à Lyon, a pour sa part suscité beaucoup d’intérêt. J’étais vendu d’avance, c’est vrai — notamment parce que je partage ma vie avec la porteuse du projet! — mais au-delà de ça, l’idée a semblé toucher beaucoup de gens, qui s’y sont vus, ou qui ont eu envie d’en savoir plus. C’est d’ailleurs ce qui ressort le plus clairement des premiers articles de la couverture de presse (ici dans Le Soleil).

La ruche a suscité aussi pas mal d’intérêt, mais c’est un projet déjà beaucoup plus avancé, qui a déjà son site Web, et qui fonctionne déjà. Je pense que l’idée, dans ce cas, était surtout de faire connaître le projet et d’inviter les gens à y adhérer — et pour ça, je pense que c’est plutôt mission accomplie.

Il y a eu beaucoup d’échos au Techno Culture Camp sur Twitter (mot-clic #tccq2013) — des interventions très diverses. Ce sera très précieux pour rattacher les ficelles pour la suite. Parce qu’il le faudra si on veut qu’il y ait des retombées à l’événement.

Pour voir ce que j’ai publié sur Twitter au cours de l’après-midi: @remolino + #tccq2013

* * *

Ce que j’ai surtout retenu de mon après-midi (en plus du plaisir de revoir plaisir d’amis, et de faire connaissance avec plusieurs personnes stimulantes), c’est qu’il y a manifestement à Québec beaucoup de monde qui ont envie de participer à des projets qui les amèneront à sortir des sentiers battus… mais qu’on manque peut-être un peu de réalisme sur ce que cela implique, ou de rigueur pour mettre en place les bases de ces projets.

Pour réaliser des projets, il faut de bonnes idées, mais aussi savoir les présenter, savoir convaincre — il faut aussi de l’argent et de l’expertise; des expertises, de plus en plus variées. L’appui d’institutions aussi, parfois, et des pouvoirs politiques, souvent.

Il faut du monde prêt à s’y investir, vraiment, beaucoup — et pas que dans les mots, mais dans l’action. Il faut des comités organisateurs, de la planification, de l’organisation et du soutien, tout au long des projets ou des événements. Carl-Frédéric De Celles l’a bien signalé en évoquant que pour le Muséomix de Lyon, il y avait probablement plus de monde dans l’équipe de soutien que de participants officiellement inscrits, et que c’était un des facteurs qui avait fait de l’événement un succès.

Au sortir de cet après-midi, je souhaite évidemment que Muséomix puisse trouver sa voie, réunir de plus en plus de gens, et se réaliser, dans de bonnes conditions; je souhaite que La ruche puisse rapidement aider des projets embryonnaires à se structurer — et je souhaite que les deux autres projets puissent continuer à évoluer, à se préciser, pour qu’on y revienne éventuellement.

J’aimerais aussi que plus d’institutions de Québec s’engagent dans ce genre de démarche et de projets. Et que les pouvoirs publics (à la Ville de Québec et au gouvernement du Québec, en particulier) trouvent des façons innovatrices de soutenir ces initiatives. Parce que c’est indispensable.

Et voilà… bravo aux organisateurs et aux participants…

…et il nous reste à ne pas oublier que pour être un succès, cette rencontre devra s’inscrire dans nos esprits comme le début de quelque chose et non pas comme une fin (est-ce qu’il y aura des suivis en ligne au cours de l’année, messieurs et mesdames les organisateurs/trices?).

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Autres textes sur le TechnoCulture Camp:

(je regrouperai progressivement les textes que je trouverai en rapport avec l’événement)

Destins croisés

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José Mujica nait le 20 mai 1935 à Montevideo.

Il est un des dirigeants de la guérilla des Tupamaros dans les années 1960-1970.

Arrêté au début des années 1970, il est enfermé à la prison de Punta Carretas.

En 1971, il s’évade de la prison avec plus d’une centaine de prisonniers politiques.

Arrêté à nouveau, il s’en évade une deuxième fois.

Il sera ensuite capturé par la dictature qui s’est installée au pouvoir à l’occasion d’un coup d’état (27 juin 1973) et détenu dans des conditions extrêmes. Au total, il aura passé 14 ans de sa vie en prison.

La démocratie revenue, la prison de Punta Carretas est définitivement fermée — puis transformée en centre commercial — l’un des plus chics de Montevideo.

Mars 2005, José Mujica est nommé ministre de l’Agriculture par le président Tabaré Vasquez.

Novembre 2009, il est élu président de la République orientale de l’Uruguay.

Mujica refuse d’occuper la résidence présidentielle préférant continuer d’habiter sa petite ferme en banlieue de la capitale, et continuer à cultiver des fleurs. Il alloue plus de 85% de son salaire de président à divers programmes sociaux, ne conservant que le salaire moyen des citoyens de l’Uruguay.

Le 20 juin 2012 il fait un discours remarqué au Sommet Rio+20 au cours duquel il affirme notamment:

« Celui qui est pauvre n’est pas celui qui possède peu, mais celui qui a besoin de beaucoup et qui désire toujours en avoir plus. »

« Mes compatriotes se sont battus pour obtenir la journée de travail de huit heures. Aujourd’hui, ils travaillent six heures. Mais celui qui travaille six heures doit cumuler deux boulots ; donc il travaille encore plus qu’avant. Pourquoi ? Parce qu’il accumule les crédits à rembourser : la moto, la voiture… toujours plus de crédits. Et, quand il a fini de payer, c’est un vieillard perclus de rhumatismes, comme moi, et la vie est passée. Je vous pose la question. Est-ce que c’est cela la vie ? »

Clairement, Mujica tente de s’échapper pour la troisième fois de Punta Carretas — prison politique devenue symbole du consumérisme — et il nous invite à fuir avec lui.

Invraisemblables destins croisés que ceux de José Mujica et de Punta Carretas.

* * *

Pour voir et entendre le discours de José Mujica à Rio+20:

Le voici en vidéo (offrez-vous ce plaisir, c’est un grand discours)

Et pour le lire: transcription en espagnol et transcription en anglais

Participation à #sommet2013 (réflexion à 17h30)

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Nous étions regroupés en trois ateliers cet après-midi. J’ai participé à celui qui avait pour thème « Quels mécanismes pourraient assurer la qualité de l’enseignement offert par les universités québécoises ». Il y avait dans la salle autant d’observateurs que d’intervenants.

Les échanges ont été très respectueux et disciplinés — mieux: j’ai trouvé qu’ils ont été véritablement constructifs. Des bases de consensus et quelques dissensions, bien sûr, mais une très bonne ambiance dans l’ensemble. Je pense que la forme de l’événement — très ouverte — est pour beaucoup dans ce climat propice au dialogue. Éliane Laberge, de la FECQ, a très bien résumé cela, je trouve: « ça fait tellement longtemps qu’on ne s’était pas vraiment parlé: on avait du rattrapage à faire ».

Je n’ai pas l’intention de reproduire ici l’ensemble de mes notes, ni de prétendre faire une synthèse des propos qui ont été tenus pendant nos deux heures et demie de travail. Je souhaite plutôt rapporter, de façon subjective, quelques-uns des éléments qu’il me semble important de conserver à l’esprit dans la suite des travaux qui nous mèneront jusqu’au Sommet, en février. Des synthèses plus officielles seront de toute façon sans doute déposées sur le site de l’événement comme cela a été le cas avec les présentations de ce matin.

Ces quelques éléments donc:

  • Il est important de bien définir les termes.
    • L’ASSÉ a demandé que les participants précisent ce qu’ils entendent par « la société » quand ils expriment le besoin d’établir des liens entre les universités et la société. « Est-ce que cela intègre aussi les entreprises privées? ».
    • À mon tour, j’ai demandé qu’on précise aussi de quoi on parle quand on fait référence « aux entreprises » (et même « aux entreprises privées ») — en rappelant qu’il y a derrière ce mot des réalités très variées, selon leur secteur d’activité, leur taille, la philosophie de leurs dirigeants (voir aussi mes réflexions de ce matin).
  • S’il faut bien définir les mots (et même l’idée de « qualité »), il ne faudrait pas aller jusqu’à remettre en question l’idée qu’il est possible d’évaluer la qualité (et en particulier la qualité de l’enseignement). Martine Desjardins, de la FEUQ, a d’ailleurs rappelé qu’il se fait beaucoup de recherche de qualité à ce sujet au Québec. Un rappel très pertinent.
  • Il faut finalement être conscient que le mode financement des universités — qui serait essentiellement basé sur les EETP (équivalent étudiants à temps plein) — n’est pas neutre sur certains des choix que font les universités au regard de la qualité.

Martine Desjardins a aussi souligné que s’il n’y a pas d’urgence pour changer les moyens que nous prenons pour évaluer la qualité de l’enseignement et de la recherche (ce que certains participants avaient évoqué), il y a néanmoins urgence pour discuter des changements souhaités — dans une perspective de long terme.

Avons-nous besoin d’un nouvel organisme pour évaluer la qualité des universités? Je n’ai pas pu me faire une idée sur la question, mais j’ai trouvé importante la préoccupation exprimée par Caroline Senneville, de la CSN: « il ne faudrait pas complexifier sans améliorer ».

John R. Porter a bien résumé le constat, partagé par pas mal tout les participants, je pense:

« Au sujet de l’université, on a, à l’évidence, un problème de perception — et, devant cela, nous avons minimalement un devoir de communication ».

Il faut donc parler plus des universités, de leurs réalités, de leurs besoins — et de l’importance de l’éducation supérieure (et j’ajouterais de l’éducation, de façon générale).

J’y vois une raison de plus pour croire qu’il ne peut pas y avoir d’une part «l’éducation, les écoles, les cégeps et les universités» et la société d’autre part. Il me semble qu’on a plus que jamais le devoir de réfléchir, ensemble, dans une perspective de cité éducative. Et j’accepterai volontiers qu’on me dise que j’en fais une obsession…Je me réjouis d’ailleurs que la ministre de l’Emploi et de la Solidarité sociale, Madame Agnès Maltais, ait choisi d’adopter le mot cité dans sa conclusion.

Quant à mon intervention en atelier, elle tournait essentiellement autour des quelques idées suivantes:

  • Courte description de De Marque.
  • Décrit très sommairement la réalité de cette entreprise d’une trentaine de personnes, basées à Québec, qui oeuvre dans une une industrie culturelle importante, qui change rapidement, et dont la dimension internationale est de plus en plus importante.
  • Rappelé que l’implication d’un entrepreneur et d’une entreprise, de façon générale, dans les universités, peut prendre de multiples formes.
  • Qu’une entreprise comme la nôtre, quand elle embauche, ne cherche pas forcément des profils très spécialisés; plus souvent qu’on pense des profils plus généralistes — capables de bien saisir la complexité de l’environnement dans lequel nous évoluons.
  • Que je n’avais pas le prétention de pouvoir suggérer, de l’extérieur, des manières d’évaluer la qualité des universités — mais que j’ai la conviction que les processus recherchés devront être continus, ouverts, souples et surtout pas toujours formels.
  • Qu’il est par exemple possible de rendre visite à des entreprises — et particulièrement dans une perspective de développement local et régional.
  • Il qu’il faut surtout mettre en place les conditions d’un dialogue permanent entre l’université et « la société », parce que l’évaluation de la qualité se fait souvent naturellement quand il existe un dialogue… et les mécanismes et structures visent parfois seulement à pallier, voire à masquer une absence de dialogue.

J’aurais aimé évoquer aussi l’idée de faire un pas vers une perspective open data — en rendant disponible plus de données brutes sur la réalité quantitative dans les universités pour permettre à chacun de tirer des interprétations — mais j’ai jugé, à tort ou à raison — que ça ferait inutilement diverger une discussion qui a bien davantage besoin de trouver des points de convergence. Je suis convaincu qu’il y aura bientôt d’autres occasions pour en parler — et pour débattre de quelles données auraient avantage à être partagées. Je souhaite en tout cas le favoriser en l’écrivant ici.

Dans la synthèse de la journée des grands rapporteurs, on a fait référence au besoin de respecter la diversité en assurant la cohésion — de viser continuellement en gardant en tête l’idée que la notion de qualité est liée au contexte, donc dynamique, évolutive. J’apprécie cette perspective.

« Il faut sur ces sujets, bouger rapidement, mais sans précipitation; sans attendre que, devant l’urgence, nous n’ayons plus le temps d’en débattre — parce que nous souhaitons faire les changements nécessaires dans une perspective de développement durable. »

Merci au Ministre de l’Enseignement supérieur, Monsieur Pierre Duchesne, ainsi qu’à son équipe, pour l’organisation de cette journée qui était très importante pour qu’on redonne enfin à l’enseignement supérieur sa juste place dans nos préoccupations collectives.

Participation à #sommet2013 (réflexion à 11h15)

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J’ai le privilège de pouvoir prendre part aujourd’hui à la première rencontre préparatoire au Sommet de l’enseignement supérieur.

Il est 11h15, la période des « contributions des partenaires » vient de prendre fin. On prend une pause.

On s’engagera maintenant progressivement dans les échanges… vers les ateliers de l’après-midi et la plénière de fin de journée.

Premier regard sur mes notes, et quelques réflexions, que je pose ici pour contribuer à favoriser les échanges au-delà des personnes présentes sur place.

De mon point de vue:

  • les points de vue ont été présentés dans le respect.
  • tout reste à faire pour qu’elles se rencontrent — pour qu’on aille un peu « au-delà ».
  • plusieurs prises de position corporatistes — c’est de bonne guerre à ce stade.
  • j’ai particulièrement apprécié la présentation de Martine Desjardins (FEUQ) qui m’a semblé plus concrète et plus ouverte. Elle invitait davantage au dialogue tout en définissant clairement des zones d’autonomie pour les universités et des zones de reddition de compte nécessaires envers la société québécoise.

Je regarde en parallèle ce qui s’échange en rapport avec #sommet2013 sur Facebook et sur Twitter… et je dois dire que je m’inquiète un peu en constatant qu’on associe trop souvent le Conseil du patronat au point de vue des entreprises — de toutes les entreprises. J’ai pourtant parfois (souvent) bien du mal à m’y reconnaître.

Sans avoir de statistiques précises à ce sujet, je pense qu’il fait dire que de nombreux diplômés universitaires (une majorité?) se trouvent un emploi dans de petites ou de moyennes entreprises — et que c’est souvent là qu’ils et qu’elles pourront faire la plus grande différence, apporter une contribution particulièrement significative à l’évolution de la société dans son ensemble.

C’est souvent là que la qualité de la formation qu’ils auront reçue sera la plus déterminante pour la société. Et attention, ça ne veut pas dire seulement avoir une formation très spécialisée — ça veut aussi dire être capable d’adopter une perspective large sur les défis de l’entreprise et sur la manière dont ils sont reliés aux enjeux auxquels fait face la société dans son ensemble.

Quand on parle des interactions entre les universités et le milieu des affaires on s’intéresse spontanément aux grandes et aux très grandes entreprises — probablement parce qu’on rêve de philanthropie — mais je pense qu’on devrait s’intéresser beaucoup plus à l’écosystème qu’il faudrait  mettre en place autour de l’université afin de favoriser des interactions avec de petites et moyennes entreprises (pour lesquelles il y a d’ailleurs bien moins de risques au regard des influences indues que certains redoutent tant).

Il faudra décidément mettre ça en évidence au cours de prochaines heures.

De Chicago à Sherbrooke

La politique est faite de grands rendez-vous, mais aussi (surtout) de beaucoup de moments plus humbles, d’échanges, de débats et d’émotions.

La politique, ce sont les jours d’élections, mais ce sont aussi des milliers d’autres heures de réunions, au cours desquels des citoyens engagés élaborent les idées sur la base desquelles notre société se construit. Des centaines de réunions locales, régionales et nationales — auxquelles les médias font rarement référence, mais qui sont pourtant essentielles à la vie démocratique.

Les médias ont couvert abondamment les élections américaines dans ce qu’elles ont de spectaculaires et de glamour, mais trop peu sous l’angle de l’engagement personnel qu’un tel moment implique pour des milliers de gens.

La vidéo ci-dessous a été rendue publique il y a quelques jours par l’équipe de Barack Obama. Elle témoigne justement d’à quel point un leader politique a besoin de tous ces gens qui consacrent des centaines d’heures, pendant des années, pour rendre possible une victoire électorale.

La reconnaissance dont fait preuve Obama dans cette vidéo est évidemment touchante — mais je pense qu’on devrait surtout faire ressortir à quel point elle peut être inspirante, parce qu’elle démontre avec éloquence à quel point c’est la somme des gestes que chacun d’entre nous pose qui fait la politique et qui détermine ce que deviendra notre société.

Elle dit haut et fort que si on veut bien se mettre en mode «participation», dans un esprit constructif, plutôt qu’en mode «gérant d’estrade» — on peut vraiment faire une différence.

Il y a bien des façons de s’engager, et de participer, bien sûr — et pas seulement l’engagement actif dans un parti politique; mais c’en est quand même un, et peut-être un des plus puissants quand on le combine avec d’autres engagements, personnels et professionnels.

C’est ce que je me disais hier, au petit matin, en route vers Sherbrooke, où je me rendais pour participer à la Conférence Nationale des Présidents et Présidentes (de circonscriptions) du Parti Québécois.

La réunion a été l’occasion de faire un bilan des dernières élections et d’évoquer quelques idées pour que la prochaine se passe encore mieux.

Ça a aussi été l’occasion de réaliser, très concrètement, que le Parti Québécois forme maintenant le gouvernement : la sécurité n’était plus du tout la même; l’ampleur de la présence du personnel politique non plus. C’était rafraîchissant!

L’ouverture de la journée a été particulièrement impressionnante quand notre maître de cérémonie de toujours, Mme Marcoux, s’est présentée au micro pour nous dire:

« J’ai eu le plaisir de vous la présenter au cours des ans comme députée de La Peltrie, comme députée de Taillon, comme députée de Charlevoix, comme ministre de la Condition féminine, comme ministre de l’Éducation, comme ministre de la Santé, comme ministre des Finances, comme vice-première ministre et comme Chef du Parti Québécois; j’ai le privilège aujourd’hui de vous la présenter comme première ministre du Québec… »

Quand on pense à tout ce qu’il a fallu traverser pour ça au cours des deux dernières années…

Après un très bon discours, Mme Marois est restée avec nous toute la journée pour prendre part au bilan de l’élection. Son leadership s’est notamment exprimée quand elle s’est levée pour répondre elle-même à une question délicate; en répondant de façon très transparente et très pédagogique.

Je ne peux rapporter les interventions qui ont été faites pendant le bilan électoral — qui se tenait à huis clos — mais je peux tout de même dire que j’ai pour ma part plaidé pour qu’on permette aux régions d’adapter davantage le programme et les messages électoraux à leur réalité : choix des thèmes, manières de les aborder. Je crois que ce serait favorable à ce que «le message passe mieux» et également de nature à favoriser la participation des militants — et des électeurs.

Je suis revenu de Sherbrooke confiant. Très confiant. Je suis convaincu que Madame Marois est en pleine possession de ses moyens et que le gouvernement s’organise bien. L’automne sera chaud, c’est certain — mais c’est aussi ça la démocratie : des débats vigoureux.

Ils seront sans doute d’autant plus vigoureux cette fois qu’ils concerneront enfin des projets ambitieux — et pas toujours évidents.

J’espère que tout cela contribuera à favoriser l’engagement et la mobilisation de plus en plus de monde — et particulièrement de tous ceux et celles qui croient dans un projet politique social-démocrate pragmatique.

Il y a tant à faire.

Lendemains d’élection

Ça m’a pris quelques jours pour retomber sur mes pattes après cette élection aux étranges résultats. Mais ça y est.

Ma brève rencontre avec Jean-Paul L’Allier, jeudi midi, a contribué à me remettre sur pieds. Sa fierté, son humilité, sa passion et sa confiance dans l’avenir étaient palpables — et inspirantes.

Je me réjouis en constatant que plusieurs personnes semblent maintenant ressentir le besoin de s’engager davantage dans les débats sociaux — de façon moins polarisée, plus pédagogique. C’est un défi pour lequel il faudra vraisemblablement sortir de l’instantanéité, en se donnant du temps — un temps nécessaire pour que de véritables dialogues prennent formes.

Or, il n’y a rien comme les livres pour nous sortir de l’instant, et de l’instantanéité.

Je rêve ce matin d’un club de lecture axé sur la compréhension de notre société et sur le dialogue — avec peut-être un regard particulier, plus concret, sur la région de Québec.

Un club de lecture qui pourrait être nourri par les suggestions d’une libraire (Marie-Hélène?), dont les participants témoigneraient de leurs réflexions sur leurs blogues (ou sur celui d’un autre participant), et pour lesquels des échanges entre les participants par blogues interposés (ou autres moyens), seraient valorisés. Avec des rencontres in situ — avec du vin! — à l’occasion, évidemment.

Un livre tous les quinze jours — avec des suggestions plus ciblées à l’intérieur de chaque livre, pour ceux et celles qui auraient moins de temps. Pas que des livres évidents portés par l’air du temps, et pas que des essais… de la fiction aussi, du théâtre aussi — et de la poésie. De la variété surtout, pour sortir des sentiers battus, pour nous forcer à réfléchir hors de nos zones de confort.

Qui serait partant?

On commence quand?

Mise à jour: Le projet prend forme…

Retour à la discrétion partisane (mais…)

Le 18 juillet j’écrivais un texte pour dire qu’à la veille d’élections probables, j’allais sortir de mon habituelle discrétion partisane.

Le 1er août des élections étaient déclenchées, et on connaît maintenant la suite.

Hier, le Parti québécois a gagné l’élection — même si ce n’est que par une bien faible avance. C’est une équipe de députés dirigée par Pauline Marois qui formera le prochain gouvernement. Je m’en réjouis. Enfin!

Il faudra maintenant soutenir les efforts de ce gouvernement. Il faudra aussi, à l’évidence, continuer à nous interroger sur les raisons qui font que le Parti québécois n’est pas encore arrivé à faire les gains attendus dans la région de la Capitale-nationale. Il faudra le faire avec rigueur — et rapidement.

Il y aura bien sûr un débriefing à faire de tout ça avec l’exécutif de la circonscription, mais plus largement aussi — et sans se limiter aux espaces partisans. Je souhaite pouvoir exercer un certain leadership dans cette réflexion, qui devra forcément porter sur le discours social-démocrate dans son ensemble.

J’ai beaucoup appris au cours des dernières semaines : sur la démocratie, sur le déroulement d’une élection ; sur la place des enjeux locaux et des enjeux nationaux dans une campagne ; sur les discours, les promesses et les programmes. Sur la petite politique et sur la grande politique. Sur le choc parfois brutal entre les utopies et la réalité du terrain. Mais, plus encore, j’ai rencontré tous les jours des personnes extraordinaires, engagées et généreuses — de tous les âges. Ce sont ces personnes qui rendent la démocratie possible, et c’est ce qui donne un sens à tous les autres efforts qu’elle rend nécessaires entre les élections — et qui me motivent à poursuivre mon engagement.

L’élection étant terminée, je ne m’empêcherai évidemment pas de parler ici de politique à l’occasion, mais je reprendrai tout de même mes habitudes de discrétion partisane. De même sur les réseaux sociaux.

La cité éducative dans la plateforme régionale du Parti québécois

« En matière d’éducation, le Parti Québécois fera de la lutte au décrochage une priorité. Nous ferons de Québec une cité éducative et créatrice, en mettant en commun les ressources des universités, des cégeps et des écoles pour combattre le décrochage scolaire et l’analphabétisme. »

J’ai publié ce court texte sur Facebook, la semaine dernière, afin d’attirer l’attention sur un communiqué annonçant la plateforme électorale du Parti québécois pour la région de la Capitale-nationale.

Des amis m’ont demandé s’il existait un document plus complet décrivant cette plateforme. Je l’ai demandé, j’en ai obtenu une copie: le voici en format pdf.

Il y a beaucoup de choses dans ce document: plusieurs engagements audacieux et quelques rappels importants sur l’origine de plusieurs des projets qui font aujourd’hui la fierté des gens de Québec (qui ont été initiés par un gouvernement du Parti québécois). Il n’y a toutefois que peu de précisions sur chacun des projets — ce qui me semble normal dans un document de cette nature.

* * *

Je prends par ailleurs le temps de souligner le plaisir que j’ai eu en constatant que l’idée de faire de Québec une cité éducative avait continué à faire son chemin, lentement mais sûrement, dans les réflexions, les discours et les programmes politiques — parce que ça fait longtemps que j’y crois.

À ma connaissance, le concept de cité éducative provient du Rapport Faure, publié par l’UNESCO en 1972 (pdf, 12 Mo). Il a été maintes fois repris depuis — dans toutes sortes de circonstances. Il est notamment devenu le nom de la revue de l’Association générale des étudiants et étudiantes de la Factulté de l’éducation permanente de l’Université de Montréal.

Mais je crois que je suis le premier à l’avoir utilisé dans le contexte d’une orientation de développement global pour la ville de Québec — à avoir formulé l’idée de faire de Québec une cité éducative.

C’était il y a dix ans. C’est long… et court à la fois. Parce que pour les idées fassent leur chemin elles doivent d’abord s’affranchir de leurs premiers promoteurs: voler de leurs propres ailes. C’est ce qui est arrivé ici — et je trouve cela merveilleux.

Je pense que c’est une des plus grandes joies du militantisme: se battre pour des idées nouvelles; accepter, parfois, la lenteur de la société pour en reconnaître l’intérêt; et finalement les revoir resurgir là où on ne les attendait pas forcément.

C’est ainsi que du 6 octobre 2002 à aujourd’hui, en passant par le 22 mars 2003, le 26 février 2004, et le 25 août 2008 (pour ne nommer que ces dates, et les quelques textes qui y sont associés) l’idée a manifestement continué à prendre forme dans l’esprit d’un nombre croissant de personnes.

Je souhaite vivement que le prochain gouvernement du Québec soit composé de suffisamment de députés du Parti québécois de la région de la Capitale-nationale pour que l’idée de faire de Québec une cité éducative devienne le plus rapidement possible une réalité.

Cette perspective donne d’ailleurs beaucoup de sens à mes actuels engagements partisans.

Entretien avec Pauline Marois

J’ai regardé le face à face entre Pauline Marois et François Legault, plus tôt ce soir, à la télévision.

J’ai été impressionné, une fois de plus, par Mme Marois — par son attitude, son aplomb et son habileté. Par la cohérence de son parcours politique aussi, qui m’a paru à plusieurs reprises transcender son discours. Surtout par cela, peut-être, d’ailleurs.

On peut critiquer ce que dit cette femme, on peut ne pas être d’accord avec certains de ses choix, mais on ne peut pas douter de son intégrité. Son cheminement est rigoureux et il témoigne d’une exceptionnelle détermination.

Consterné par les invraisemblables analyses (j’hésite même à employer ce mot) de certains des commentateurs choisis par TVA pour décortiquer le face à face, je me suis mis à la recherche d’un peu de lecture afin terminer ma journée de façon un peu plus stimulante — avec l’idée de chercher à comprendre encore un peu mieux la femme derrière la candidate; la femme qui sera vraisemblablement la prochaine première ministre du Québec.

Mes recherches m’ont mené à un livre d’Anne-Marie Villeneuve, publié en 2003 par les Éditions Québec Amérique: Paroles de femmes — entretiens sur l’existence. Disponible en version numérique, j’ai pu l’acheter, le télécharger aussitôt et le lire immédiatement. Fantastique!

L’entretien de l’auteure avec Pauline Marois m’est apparu très intéressant. Il m’a semblé témoigner efficacement, en une cinquantaine de pages, de plusieurs des valeurs qui la guident.

J’en ai retenu quelques extraits.

* * *

Au sujet de son attitude:

Courber l’échine, ce n’est pas mon genre. Je suis une fonceuse, même si parfois je trouve la côte à monter difficile et si je vois aussi les écueils. Je ne suis pas inconsciente de ce que je suis, de mes failles et de mes défauts. On en a tous, c’est comme ça. Quand les gens disent que je suis ambitieuse, je réponds «oui, je le suis». Je n’ai pas peur de l’ambition parce qu’elle fait réaliser de grandes choses quand on s’en sert pour changer la société, pour proposer des façons différentes de faire, pour réaliser ou atteindre des objectifs qui sont sains, qu’ils soient sur le plan social, sur le plan économique ou sur le plan culturel.

Au sujet des exigences de la politique

En politique, on a malheureusement toutes sortes de compromis à faire, ça fait partie de cette vie. Si on ne l’accepte pas au départ, on sera frustré tout le temps, on sera toujours de mauvaise humeur et moi, je ne veux pas dépenser d’énergie négative. Souvent, dans le travail que nous faisons, nous devons critiquer ceci ou cela. Une fois que c’est fait, c’est derrière nous. Utilisons notre énergie, notre talent, notre intelligence, notre créativité à bâtir quelque chose et non pas à continuellement critiquer autour de nous ou à remettre en question le passé qui ne peut être changé. Je pense qu’il faut être capable de regarder dans le rétroviseur pour faire des analyses, tirer des leçons, mais je suis une femme qui regarde en avant, là où l’on peut encore changer les choses.

Au sujet du sens des responsabilités

On vit dans une société où l’on fait des compromis pour trouver notre confort et notre bonheur, pour établir les relations les plus harmonieuses, les plus intéressantes et stimulantes possible. Le chacun pour soi, c’est l’anarchie finalement. À mon avis, certains créateurs doivent aller au bout de cela. Mais lorsqu’on est dans des organisations de type public, politique, social ou autre, quand on est à la tête d’institutions ou d’organismes et qu’on assume des responsabilités au nom de quelqu’un d’autre, je pense que ça prend un minimum de retenue.

Au sujet de la sincérité

J’ai la conviction profonde qu’il faut que notre société améliore le sort des plus mal pris d’entre nous. Je pense qu’on doit toujours, comme gouvernement, avoir en tête la recherche de la justice, de l’équité, et aussi la recherche d’une plus grande solidarité entre les gens. On doit pouvoir soutenir, aider ceux qui sont marginalisés, ceux qui sont sur le bord de la route. Il y a toutes sortes de façons de le faire; mon gouvernement a parfois fait des gestes avec lesquels je n’étais pas d’accord, j’aurais probablement agi autrement. Mais à partir du moment où on est franc avec la population, je peux vivre avec cela, tant que les valeurs fondamentales auxquelles je crois sont respectées.

Au sujet de l’action politique

En politique, quand on prend des engagements, c’est parce qu’on veut les réaliser. Je crois que les politiciens sont plutôt de bonne foi, mais souvent leurs rêves se heurtent aux contraintes, à la réalité, à des difficultés bien concrètes et, à partir de là, ils doivent faire des compromis.

Que faire pour revaloriser l’action politique aux yeux de la population québécoise? Il faut peut-être aller davantage chercher le point de vue de la population. On appelle ça la démocratie participative.

Au sujet de la vie, et de nos rêves

J’aime la vie et j’aime ce que je fais. Même si parfois je trouve ça dur et que je suis obligée de me bousculer, il reste que j’ai choisi de changer le monde, et s’il y a un métier ou s’il y a un lieu où c’est possible de le faire, c’est bien là où l’on prend des décisions, en politique. Je réalise donc mon rêve de jeunesse.

Et finalement, la réponse qu’elle donne à la question suivante — et qui me semble éclairer de façon particulièrement intéressante certains des choix qu’elle a faits au cours des derniers mois.

À un jeune qui viendrait vous voir et qui vous dirait «Madame Marois, moi, je veux changer le monde», que répondriez-vous?

Je lui dirais: «Allez-y! Rêvez! Imaginez! Provoquez-nous! Choquez-nous!» S’ils ne nous choquent pas à vingt ans, ils ne nous choqueront pas à cinquante, hein! J’aime ça que des jeunes pensent comme ça, qu’ils n’acceptent pas les faits. Des fois, mes jeunes à la maison se fâchent. Je ne suis pas d’accord avec leur point de vue, mais j’aime qu’ils en aient un, même s’il n’est pas le mien. Même s’ils me choquent un peu de penser comme ça, ça me stimule. Ils voient la vie autrement que je ne la vois, leur façon de juger des événements est différente de la mienne. Je trouve qu’ils ont des idées, des projets, des rêves et il faut en avoir à vingt ans si on veut avoir une influence à un moment donné dans la vie et que la vie soit meilleure dans vingt, trente, quarante ans.

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Paroles de femmes
Entretiens sur l’existence

Auteure: Anne-Marie Villeneuve
Éditeur: Québec Amérique
Date de parution: Octobre 2003

Pour acheter le livre sur le site
Rue des libraires, cliquer ici.

Ça fait bien de dire que les débats sont plates, mais…

C’est de bon ton depuis dimanche soir de déplorer qu’on n’apprend rien dans les débats. Et de tourner en dérision le fait que ce sont les mots-clics #costco, #démoclès et je ne sais quoi d’autre qui « trendent » au lieu de #culture, #éducation et #excellence. Ben oui.

Ça révèle surtout, à mon avis, la pauvre vision que nous avons de notre démocratie et de son fonctionnement. Attendre d’une campagne électorale de trente jours qu’elle nous apprenne qui sont vraiment les chefs, leur vision du monde et les nuances de leur programme — alors qu’on s’est trop souvent désintéressé du débat public et, oui, aussi, des débats partisans qui précèdent la définition des programmes des partis, c’est une illusion.

Ça fait bien de dire « voilà des chefs qui font de la vieille politique » — la vieille politique, ils la font parce qu’on n’a pas contribué à faire naître la nouvelle politique dans les années précédentes. La vieille politique, c’est ce qu’il reste quand on a regardé ailleurs pendant quatre ans.

On dit souvent que les politiciens savent très bien patiner … ben justement, un débat télévisé, ce n’est pas autre chose qu’un programme de danse imposée: on a déjà vu toutes les figures, il n’y a pas de surprise… il faut juste réussir à faire la démonstration qu’on peut toutes les enchaîner sans tomber. Si on veut comprendre les fondements des partis politiques, il faut les lire, ou en lire des analyses, pas regarder une émission de télévision spectacle le lundi soir.

Et quand on choisit de faire écho aux bêtises du débat sur twitter et qu’on participe à faire « trender » les mots-clics les plus ridicules, c’est nous qui tirons le débat vers la caricature, pas les chefs.

Nous sommes souvent complices de ce qui nous désole.

La démocratie, ça ne se regarde pas à la télévision une fois par année. Ça se vit, chaque jour, en s’intéressant à la politique plutôt qu’en la dénigrant.