Forum Xn

Je participe cette semaine à la deuxième édition du Forum Xn, un événement destiné aux acteurs du monde de la culture et du numérique. La première édition, il y a 18 mois, avait été très inspirante, j’espère évidemment la même chose pour aujourd’hui et demain.

On a commencé hier soir par un cocktail (aussi appelé «activité de réseautage») — auquel je souligne la présence de la nouvelle ministre de la Culture et des Communication — qui a été suivi par un entretien avec Dominique Wolton, directeur de recherche au CNRS.

Ça a été un moment étonnant, avec un personnage lâché lousse, qui tournait parfois les coins très ronds et qui ne fuyait surtout pas la provocation. Ça en a déboussolé plus d’un… Mais si on accepte qu’il faut toujours en prendre et en laisser — même (surtout?) d’un exubérant érudit! — ça pouvait aussi avoir un côté rafraîchissant. Je pense que son message était, en gros, le suivant: arrêtons de parler des tuyaux et de la technique quand on parle de numérique, parlons des relations entre les humains. Ce à quoi j’avais envie de répondre: oui, bon, ok, bien sûr, mais une fois qu’on a dit ça, concrètement, on fait quoi? Et là, pas de réponse… dommage.

J’ai donc plutôt pris cet échange comme une invitation à la liberté de parole. En effet, si tous les participant.e.s pouvaient ajouter ne serait-ce que 10% de la liberté de parole de Dominique Wolton dans leurs interventions des deux prochains jours on pourrait probablement faire beaucoup plus de chemin qu’en mettant toujours des gants blancs.

Ce matin on entreprend les ateliers de travail… avec comme toile de fond la puissance des géants d’Internet et les défis à la fois techniques et politiques que cela pose à tout le monde. Je participerai pour ma part à la série d’atelier qui s’articulent autour de la question suivante: Comment assurer la découvrabilité du contenu sur les différentes plateformes numériques?

À ce sujet, je ne peux pas terminer ce texte sans souligner la publication d’un excellent texte sur le blogue de Josée Plamondon au sujet des métadonnées dans le domaine culturel:

Projets de données: quel impact sur la transformation numérique en culture

C’est un texte qui décrit très bien le contexte dans lequel s’inscrit mon travail de coordonateur de la mesure 111 du Plan culturel numérique du Québec depuis quelques mois (voir le bilan de juin — un nouveau bilan sera publié bientôt).

Nous serons probablement quelques-un.e.s à partager quelques notes et réflexions sur Twitter au cours de l’événement. Le mot-clic à utiliser est #ForumXn.

La polémique comme stratégie politique

Trump n’a pas gagné ses élections malgré ses propos outranciers. Il les a gagnées grâce à ses propos outranciers. Il va falloir finir par le comprendre!

Même chose pour Bolsonaro au Brésil, Doug Ford en Ontario et peut-être bientôt Maxime Bernier, qui a très bien compris ça.

Certains animateurs de radio de Québec utilisent la même stratégie depuis des années et ça marche aussi, encore et encore!

Aucun de ces hommes ne croit tout ce qu’il dit. Ils ne sont pas cons, ils ont juste trouvé un moyen redoutablement efficace pour neutraliser leurs adversaires: en les distrayant, tout simplement!

Pendant que les polémiques enflamment les médias et les réseaux sociaux, leurs opposants n’ont plus d’espace pour présenter leur vision de la société et le projet politique qui l’accompagnent… et c’est ainsi qu’ils deviennent lentement mais sûrement de moins en moins pertinents, jusqu’à l’asphyxie.

N’est-il pas normal de reconnaître plus de leadership à ceux qui maîtrisent aussi bien les ressorts de la communication à l’ère des médias sociaux qu’à ceux qui tombent systématiquement dans le panneau en réagissant chaque fois avec la même indignation sans réaliser qu’ils s’enfoncent dans un lent suicide politique?

Chaque fois que des progressistes s’indignent des propos d’un polémiste de droite il faudrait leur rappeler qu’ils sont encore en train de tomber dans le panneau et qu’ils sont en train de réunir les conditions de leur propre perte. Dont feed the troll!

La plus indispensable compétence d’un.e. leader aujourd’hui c’est d’être capable de désamorcer une polémique et de reprendre le contrôle de la conversation et de l’espace médiatique. Pour être capable de présenter un autre projet de société.

Si on n’apprend pas ça rapidement il va falloir se faire à l’idée de voir de plus en plus souvent des trolliticiens remporter les élections.

C’est une perspective bien peu réjouissante… dont on aura été complices si on se laisse trop souvent porter par une vaine indignation.

Qu’est-ce que le nationalisme?

La section Duel politique de La Presse+ d’hier nous proposait de réfléchir à ce que ça signifie d’être nationaliste aujourd’hui.

Je trouve que les points de vue proposés ne sortaient pas tellement des sentiers battus. Les résultats des dernières élections nous démontrent pourtant clairement le besoin de renouveler notre façon d’aborder cette question.

Je ne me résigne pas à devoir choisir entre le multiculturalisme postnational de Justin Trudeau et la défense du modèle québécois.

Je suis las de ces conceptions désincarnées du nationalisme qui ont en commun de croire que ce sont les gouvernements qui déterminent les rapports que les peuples entretiennent avec le monde. Je n’y crois pas.

Je crois que le nationalisme, c’est d’abord et avant tout faire confiance au monde. Faire confiance au peuple — faire confiance aux citoyens et travailler à organiser l’espace politique de manière à favoriser leur expression et l’efficacité de leurs actions.

Être nationaliste, c’est utiliser l’État dans une perspective émancipatrice — aux plans individuels et collectifs.

Être nationaliste, c’est éviter autant que possible les lois et les règlements qui briment les initiatives ou qui contraignent l’innovation.

C’est avoir confiance dans l’avenir plutôt que de se réfugier dans le statu quo ou la nostalgie.

Dans cette perspective, un gouvernement nationaliste est un gouvernement qui consacre prioritairement ses ressources à l’éducation: pour aider les citoyens à réfléchir de façon autonome, à cultiver leur esprit critique et à développer leur goût d’entreprendre.

C’est aussi un gouvernement qui aborde spontanément les enjeux identitaires sous l’angle de la culture, en misant sur les artistes et des personnalités inspirantes dans tous les domaines (scientifiques, historiens, gens d’affaires, etc.) pour développer la fierté nationale.

J’aimerais qu’on revienne à la base: être nationaliste, c’est reconnaître son appartenance à un peuple qui partage une histoire, dont on est fier, et à qui ont fait confiance pour inventer des façons d’assurer sa survivance.

Être nationaliste, c’est avoir confiance en nous.

Être un gouvernement nationaliste, c’est agir de façon positive, comme un catalyseur des forces vives de la nation, dans tous les domaines, plutôt que multiplier les contraintes et de cultiver les peurs.

C’est à cette forme de nationalisme là que j’ai envie de m’associer en tout cas.

Ne plus attendre

J’ai eu le privilège d’être invité à titre de conférencier à la soirée Ciné-psy du 10 octobre dernier. Je devais commenter le film Qu’est-ce qu’on attend? J’avais choisi de le faire en traçant des liens avec le contexte québécois, dix jours après l’élection. Une conversation a évidemment suivi la présentation.

Le film raconte l’engagement des citoyens dans la transformation du village alsacien d’Ungersheim en réponse aux défis écologiques auxquels l’humanité est confrontée. C’est un village dit «en transition», du nom d’un mouvement qui a pris forme en Grande-Bretagne, et qui regroupe aujourd’hui plus de 400 villes et villages partout dans le monde.

J’ai évidemment commencé ma présentation en décrivant rapidement mon parcours, pour aider les soixante-dix, ou à peu près, participants à mieux comprendre le point de vue que j’allais leur présenter.

J’ai conclu cette première partie en énonçant deux phrases qui se sont avérées très importantes pour moi au cours de ce parcours:

  • Je préfère faire avancer 100 personnes d’un pas, qu’une seule personne de 100 pas.
  • Tout seul on va plus vite, ensemble on va plus loin.

Et je suis passé rapidement au coeur de la présentation.

Je reprends ici l’essentiel des notes que je m’étais préparées pour la soirée.

***

QU’EST-CE QU’ON ATTEND?

Revenons sur un certain nombres d’éléments qui me semblent importants pour alimenter la conversation.

D’abord une limite évidente du film: il décrit une situation très particulière : une très petite ville (2000 habitants), qui a le même maire depuis vingt-quatre ans (le précédent a été maire trente-quatre ans!). Qui plus est, le film met la lumière sur l’implication d’une partie très limitée de la population: à peine une cinquantaine de personnes. Il faut donc mettre les choses en perspective.

Le film pourrait donc avoir l’air anecdotique, mais malgré cela, ce qui nous est raconté est loin d’être banal parce que cela permet d’illustrer très efficacement plusieurs dimensions de la dynamique sociale que je trouve qu’on oublie trop souvent — et qui sont tout à fait applicables, transposables, dans de plus grandes villes, comme Québec.

J’en retenu cinq éléments qui me semblent particulièrement importants.

C’est le maire d’Ungersheim qui présente lui-même le premier, dès le début du film:

«La première étape [de la transition] c’est d’être libre dans notre tête.»

Ça peut avoir l’air simple de prime abord, mais ça suppose bien des choses! Des conditions socio-économiques favorables, une certaine éducation, une relation saine aux médias, à la publicité et à la partisanerie, etc.

Il ne sera pas possible de faire face aux défis environnementaux et au réchauffement climatique sans accorder une grande importance à la réduction des inégalités sociales, à l’éducation et au développement d’une meilleure hygiène intellectuelle.

Le deuxième élément est évoqué par l’adjointe du maire:

«…j’y ai participé, ça m’a permis d’ouvrir un peu mes horizons.»

Son témoignage doit nous rappeler que c’est généralement en mettant la main à la pâte qu’on s’ouvre l’esprit. Pas l’inverse.

C’est une erreur de vouloir d’abord convaincre les gens. C’est beaucoup plus efficace de rendre l’engagement agréable — de donner le goût aux gens de participer à quelque chose parce qu’ils y trouveront du plaisir.

C’est dans le plaisir de l’action, en côtoyant des gens convaincus et inspirants, que les convictions peuvent prendre forme et que l’importance et le sens de tout ça peut se manifester.

Le troisième élément est révélé par le dialogue entre le maire et le producteur de porc du village, à l’occasion d’une fête foraine:

«On fait partie de la diversité tous les deux: toi tu es un mangeur de viande et moi non, mais on se respecte.»

C’est une scène qui nous rappelle que le leadership peut s’exprimer sans dogmatisme. Il se révèle aussi dans la fraternité et l’acceptation des désaccords.

On peut être en désaccord et travailler ensemble. C’est quelque chose que la joute partisane (et sa couverture médiatique) nous a malheureusement fait perdre de vue depuis quelques années.

Le quatrième élément est apparu dans la scène du repas familial chez le maire, quand lui et sa conjointe disent:

« Un maire végétarien et ne boit pas d’alcool, ça ne se voit pas souvent… Il y a peu de familles qui vivent comme nous… il faut donner l’exemple…

Il faut sortir de cette politique qui consiste à prôner des actions qu’on n’applique pas soi même…

… il faut se rappeler de Ghandi qui nous a dit que l’exemple n’est pas le meilleur moyen de convaincre, c’est le seul. »

Le maire nous rappelle de cette façon à quel point la légitimité de l’action politique est liée à la cohérence de ses principaux acteurs.

Il me semble probable qu’un manque de cohérence perçu entre le discours et l’action des vieux partis politiques soit la principale cause du résultat des élections du 1er octobre.

«Il faut se méfier de l’écart grandissant entre le discours professé et le discours pratiqué», me disait un ancien professeur. Ça devra certainement faire partie de la réflexion du Parti Québécois et du Parti Libéral.

Le cinquième et dernier élément que j’ai choisi de retenir a été soulevé par l’agriculteur conseiller municipal:

«[Le maire] a une idée à la seconde. On a parfois de la difficulté à le suivre. Il faut parfois freiner un peu, sinon il peut un peu déraper quand même… (rire), mais on le soutient et on est fier de notre village.»

On peut exprimer des doutes, voire des désaccords, avec quelqu’un et continuer à l’appuyer dans son travail en faveur du bien commun.

J’ai envie d’ajouter un sixième élément, qui se dégage de façon plus implicite des échanges avec les citoyens:

Le rythme auquel on fait les choses n’est pas sans importance.

La modification de notre rapport au temps est peut-être aussi une étape essentielle de toute véritable prise de conscience environnementale (tant au plan individuel que collectif).

Je pense qu’une des grande leçons du film, c’est qu’on peut se réapproprier le temps. Le temps n’est pas une contrainte, c’est quelque chose qu’on peut modeler par nos choix.

Plusieurs de ces éléments sont d’ailleurs regroupés dans le petit guide auquel le maire fait référence dans le film. Le guide est facilement accessible sur le site Web du village.

Le guide regroupe 21 actions qui se déclinent en trois sections:

  • Autonomie intellectuelle
  • Autonomie énergétique
  • Souveraineté alimentaire

Je trouve que c’est un remarquable résumé de ce qui devrait inspirer les partis politiques québécois dans leur façon d’aborder les enjeux liés aux changements climatiques.

Je ne peux pas finir mes commentaires sur le film sans souligner ce qui est pour moi la plus belle scène du film (et la plus forte symboliquement): la jeune boulangère qui joue du piano dans son atelier pendant que le pain cuit, et son sourire en décrivant son mode de vie à Ungersheim:

«Être boulangère ici, c’est juste extraordinaire».

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LE MOUVEMENT DES VILLES EN TRANSITION

Je propose de s’éloigner maintenant du film pour approfondir un peu ce qui caractérise le mouvement des villes en transition.

Je souligne que Écosociété a publié quelques livres sur le sujet, mais pour les besoins de ce soir, je me suis plutôt inspiré à la page que Wikipedia consacre au mouvement — et à laquelle vous aurez facilement accès dans les prochains jours.

Le concept clé du mouvement des villes en transition est la résilience.

Dans ce contexte, la résilience est entendu comme la capacité d’un milieu de vie, d’une ville ou d’un village à traverser une crise économique ou écologique.

Le mouvement tente de répondre en particulier aux risques associés à une crise énergétique liée au pic pétrolier et aux changements climatiques.

Concrètement, pour les adeptes de la transition, la résilience est la capacité d’une ville ou d’un village à ne pas s’effondrer aux premiers signes d’une pénurie de pétrole ou de nourriture.

Un enfant le dit avec candeur dans le film: «Je suis fier de vivre à Ungersheim, parce que quand il n’y aura plus de pétrole, nous on sera plus avancé.»

Il est important de comprendre que les notions de transition et de résilience sont, dans cette perspective, profondément différente, voire contradictoire, avec celle de développement durable, qui est généralement celle qu’on met de l’avant au Québec.

Par exemple, une communauté qui récupère massivement ses déchets (de plus en plus de déchets) pour les expédier en vrac dans un centre de tri réduit peut-être sa pression sur l’environnement, mais ne devient pas plus résiliente pour autant.

Pour travailler sur sa résilience, elle ferait mieux de transformer localement ces matières recyclable en matériaux d’isolation, par exemple.

En ce sens, l’originalité du mouvement des villes et villages en transition, par rapport plusieurs autres mouvements écologistes tient en quelques points, qu’il me semble important de nommer.

C’est un mouvement qui s’appuie sur une vision optimiste de l’avenir.

Pour le mouvement des villes en transition, les crises annoncées sont vues comme des opportunités pour changer de façon positive la société actuelle.

C’est une vision qui diffère d’autres courants écologistes qui adoptent plutôt un point de vue pessimiste, décrivant un avenir sombre qui aura pour conséquence de réduire notre qualité de vie actuelle — et qui a souvent pour conséquence de déprimer les gens et de leur faire croire qu’ils sont impuissants devant l’avenir.

C’est un mouvement qui concerne l’ensemble de la communauté.

Pour les transitionnistes, le changement ne peut pas venir seulement d’une somme de gestes individuels. Et pas seulement non plus des autorités politiques, par l’entremise de législations. Il ne peut être le fait que d’un engagement collectif, d’une rencontre des citoyens, dans l’action.

C’est un mouvement qui adopte un point de vue psychologique.

C’est un des éléments particulièrement original du mouvement, qui plaide qu’il faut s’attaquer à notre usage déraisonné du pétrole comme on aborde les dépendances toxicologiques et qu’il est fondamental de tenir compte des craintes, du désespoir et du déni devant les défis environnementaux avant d’espérer susciter l’engagement des gens.

Le mouvement s’appuie sur la conviction que le principal frein au passage à l’action est le sentiment d’impuissance et d’accablement que provoquent les catastrophes écologiques annoncées. C’est quelque chose pour lequel les médias pourraient manifestement faire preuve d’un peu d’autocritique…

Le modèle des villes en transition fait appel à la psychologie en adoptant une vision positive et en offrant, dans l’action, des espaces où les personnes peuvent exprimer leurs craintes, tout valorisant leurs actions et en célébrant autant que possible les avancées collectives, même modestes.

Pour faire face aux changements climatiques on a besoin de citoyens qui ont confiance à l’avenir, malgré les défis importants, qui savent qu’ils peuvent avoir une influence sur la suite des choses et qui, de ce fait, n’hésitent pas à se mettre à l’action.

Parce que c’est généralement en marchant qu’on trouve son chemin… et que quand on cherche activement des solutions on finit toujours par en trouver.

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CONSIDÉRATIONS MÉDIATIQUES ET POLITIQUES

Je crois que les médias devraient s’inspirer des grandes principes de la transition. Ils devraient être plus conscients de leur influence sur la mise en marche des citoyens. En adoptant une approche fataliste et présentant les défis climatiques comme des menaces pour notre qualité de vie, je pense qu’ils compliquent le problème plus qu’ils n’aident à le résoudre.

Chaque fois qu’on suscite la peur ou qu’on déresponsabilise les gens on s’éloigne d’une solution aux changements climatiques.

Comme Cyril Dion le décrit bien dans son Petit manuel de résistance contemporaine, notre façon de raconter les histoires, et de présenter les défis auxquels nous sommes confrontés ne sont pas neutres.

Les partis politiques gagneraient aussi à s’inspirer des principes de la transition. Ils devraient consacrer leurs énergies à créer des conditions favorables à l’action citoyenne plutôt qu’à revendiquer la supériorité de leurs propres solutions.

Ils faut tout faire pour que les gens sentent qu’ils peuvent faire quelque chose, que c’est en se retroussant les manches, ensemble, à l’échelle locale, qu’on va pouvoir relever les défis des changements climatiques. Pas en attendant l’impossible de la part de nos politiciens ou d’insaisissables autorités internationales.

Les citoyens doivent évidemment pouvoir compter sur l’intervention de l’état devant les changements climatiques, mais le rôle de l’État doit être de soutenir et d’accompagner pas d’entretenir l’illusion qu’il pourra régler le problème à la place des citoyens.

Pour que la transition fonctionne, il faut simplifier l’administration de l’État pour la rapprocher des gens, éliminer les réglementations inutiles ou désuètes qui découragent la prise d’initiative, stimuler l’entrepreneuriat, offrir de meilleures protections aux gens vulnérables, assurer la solidarité des uns et des autres, redonner sa place à la culture.

Il faut créer des conditions pour permettre aux gens d’oser faire autrement, de prendre des risques, ou pour reprendre les mots de l’initiateur du mouvement des villes en transition, Rob Hopkins: «créer un lieu des possibles».

On serait bien mieux de parler de Québec comme une ville de rêves que comme une ville de rêve. Le pluriel fait toute la différence. Québec, ville des possibles.

Je suis profondément convaincu que c’est en redonnant du pouvoir aux citoyens qu’on va créer des conditions favorables à la transition. Pas en les infantilisant. Il faut favoriser tout ce qui stimule l’initiative, qui développe la confiance en soi (individuelle et collective) et qui démontre qu’on a un pouvoir sur notre destin.

C’est d’ailleurs aussi en valorisant la résilience, l’autonomie, l’estime de soi et la confiance dans l’avenir qu’on redonnera éventuellement le goût aux québécois et aux québécoises de se donner un pays. Bien plus que par une surenchère de discours  aussi passionnés que déconnectés de l’état d’esprit d’une grande partie de la population.

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Quand je lis la conclusion de l’éditorial du Devoir du 10 octobre 2018, je m’interroge:

«…le cri d’alarme répété ad nauseam par le GIEC se cherche plus que jamais des porte-parole politiques crédibles, populaires et résolus aux quatre coins de la planète.»

Est-ce qu’il faut attendre l’apparition de leaders politiques crédibles pour que le mouvement se mette en marche ou est-ce que c’est dans le mouvement et dans l’action que vont pouvoir apparaître ces leaders?

Est-ce que les partis politiques initient les mouvements ou s’ils les accompagnent.

Devant ces questions, certains annoncent la fin des partis politiques.

Je crois plutôt dans l’apparition de nouvelles formes de partis politiques, qui comprendront mieux que leur rôle est de stimuler l’action des citoyens et non pas de se substituer à eux.

Je m’intéresse particulièrement aux expériences de ce type qui sont actuellement menées dans certains pays scandinaves.

Je crois qu’il y aurait bien plus à gagner pour le Parti Québécois de s’inspirer de ce genre d’initiative qu’à passer son temps à se colletailler avec Québec Solidaire.

L’élection municipale de 2021 sera aussi une belle occasion de réinventer cet espace politique et de démontrer la force de l’action citoyenne quand on lui offre des conditions favorables.

Photo: Untitled, oeuvre de l’artiste Sud-Coréen Kang Seok Young, vue au Brooklyn Museum en octobre 2018.

Messages aux députés

Je viens de regarder le discours que François Legault vient de prononcer au terme de l’assermentation des 74 député.e.s de la CAQ. Je dis discours, mais je devrais probablement parler d’allocution tellement c’était simple et bref. Pas de triomphalisme, pas de prétentions inutiles, pas de flafla. J’ai aimé ce que j’ai entendu.

Surtout, le message qu’il a adressé à ses député.e.s était clair:

Je vous demande de rester proche des gens, parler avec eux, s’exprimer pour être compris, d’écouter ce qui les préoccupent et de le faire entendre à l’Assemblée nationale.

Cliché? Non, je n’ai pas trouvé. Ça m’a semblé sincère. Je veux le croire. Et ça m’a fait réfléchir.

Je me suis demandé ce que j’espérais que Pascal Bérubé communique comme message aux neuf député.e.s qui seront assermentés vendredi après-midi.

Je comprends évidemment que le parti n’a pas encore de plan de match pour les prochains mois. C’est normal. Il n’est toutefois sûrement pas trop tôt pour exprimer des attentes, quand à l’attitude à adopter, une ambition, une façon d’aborder les prochains mois.

Après mûre réflexion, j’aimerais que le message qu’il adressera à ses collègues soit aussi pragmatique que celui du Premier Ministre Legault (va falloir s’habituer!). Quelque chose comme:

Je vous demande de lever un peu les yeux des réseaux sociaux, de sortir de la bulle péquiste et d’aller dès maintenant à la rencontre des gens qui ont délaissé notre parti au fil des ans. Il faut les écouter, sans essayer de convaincre ou d’expliquer, juste pour mieux comprendre.

Il faut qu’on se laisse déranger un peu. Si on ne fait pas ça, et qu’on passe les prochains mois à gratter le bobo entre nous, notre analyse ne donnera rien d’autres que quand on a fait la même chose par le passé. Et si on mise sur le fait que le temps va finir par arranger les choses, on va juste continuer à mourir à petit feu. Il est urgent de s’élever un peu et d’accueillir les points de vue divergents.

Je serais très déçu que le discours de vendredi se limite à des généralités, à une forme d’optimisme convenu ou qu’il vise simplement à nous faire patienter jusqu’à la reprise des travaux parlementaires. Je souhaite y voir message clair: une invitation à sortir des sentiers battus.

Je sais qu’il y a beaucoup de monde profondément déçus par le résultat de l’élection mais qui sont encore prêts à se retrousser les manches pour le Parti québécois. Sauf que plusieurs craignent que le parti ne retombe très vite dans ses vieux réflexes et reproduisent les erreurs du passé.

Si on ne dissipe pas rapidement cette crainte, on risque de voir ces personnes se désintéresser définitivement de notre sort.

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On m’a demandé cette semaine pourquoi j’écrivais ce genre de réflexions publiquement, plutôt que de simplement écrire des courriels à qui de droit. La raison est assez simple.

C’est parce que j’ai appris au cours des années qu’en faisant ça, je contribue aussi à nourrir la réflexion d’autres militant.e.s qui tentent, comme moi, de garder leur (fragile) motivation à poursuivre un engagement avec le Parti Québécois — et d’autres citoyens et citoyennes qui envisageraient de se joindre à nous si le parti changeait un peu, beaucoup, ou passionnément!

Aussi parce que je souhaite illustrer qu’il existe d’autres façons de réfléchir à l’avenir du PQ que de rédiger des chroniques polémiques ou de tomber dans la surenchère partisane comme on le voit trop souvent sur les réseaux sociaux.

Pour le moment, réfléchir à voix haute sur mon blogue est la meilleure façon que j’ai trouvée pour me retrousser les manches et apporter ma contribution dans l’étape difficile que doit traverser pour un parti dans lequel j’ai investi tellement de temps au cours des dix dernières années.

 

 

 

Reprendre l’initiative

J’ai pris le temps dans les derniers jours de mettre par écrit quelques réflexions post-électorales. Je sentais le besoin de le faire et tant mieux si ça a pu intéresser d’autres personnes.

C’est probablement le temps de passer en mode proposition, pour commencer à imaginer la suite — en mode remue-méninge, pour susciter la discussion.

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Au moment d’essayer d’imaginer ce que doit être la suite pour le Parti Québécois, je pars de quelques hypothèses:

  1. Une grande partie de la population est consciente que les enjeux les plus déterminants pour le Québec ont une forte dimension internationale.
  2. Malgré cela, la dynamique politique québécoise s’est progressivement enlisée dans une perspective de plus en plus provinciale.
  3. Au point où les partis politiques passent maintenant l’essentiel de leur temps à se définir les uns par rapport aux autres — à se trouver une place sur l’échiquier — plutôt qu’à agir de façon cohérente, en fonction d’une vision claire de l’avenir du Québec.
  4. Cette absence de cohérence est bien sentie par la population, qui se désintéresse de plus en plus de la joute partisane, abandonnant particulièrement les partis qui leurs semblent les plus incohérents — même si leur programme est, en théorie, très bon.

Je pense que c’est largement ce qui explique les résultats obtenus par le Parti Québécois le 1er octobre. On s’est un peu fait dire: «très bon programme, mais vos actions et vos stratégies ne sont pas cohérentes avec ce que vous dites: trop d’opportunisme, pas assez de courage».

Un exemple, polémique, peut-être? La présence du crucifix à l’Assemblée nationale. La cohérence avec les principes qui guident notre programme amènerait indéniablement à le retirer du Salon bleu pour le placer ailleurs, dans une perspective patrimoniale, comme le suggérait d’ailleurs la Commission Bouchard-Taylor. Mais plutôt que de miser sur la cohérence, nous avons adopté une perspective clientéliste, en sous-estimant l’impact que cela aurait sur la perception que les électeurs ont de notre parti.

C’est la raison pour laquelle je crois que pour la suite, il nous faudra plus de cohérence et moins de calculs politiques. Ce qui veut dire arrêter de se définir par rapport à Québec Solidaire et aux autres partis politiques. Il faudra mieux définir notre vision, définir un plan d’action pour l’incarner et agir en conséquence.

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Parmi les éléments de vision les plus essentiels, il y a la reconnaissance de la dimension internationale des enjeux auxquels nous faisons face et de leur complexité. Il faut vraiment arrêter de proposer des solutions simplistes à des problèmes complexes.

Parmi les valeurs fondamentales du plan d’action qui doit accompagner cette vision, une place centrale doit être faite à la coopération — entre les citoyens, les forces vives de la société, mais aussi entre les partis politiques. Il faut rompre avec la dynamique d’opposition.

Et pour agir de façon plus cohérente je crois qu’on doit adopter un nouveau mode de fonctionnement pour le parti, qui sera fondé sur la transparence et l’ouverture — en s’appuyant sur les pratiques de la culture numérique.

Je pense que les façons de fonctionner des partis politiques, la manière dont ils s’assurent de la cohérence (ou pas!) entre leurs visions et leurs actions, est de plus en plus déterminante dans le choix des électeurs.

Je pense même que cette façon de fonctionner devrait être l’objet de l’article 1 du programme du Parti Québécois. Oui, même devant l’indépendance.

Illusoire? Avant d’en juger, je crois qu’on doit explorer et s’inspirer des nouvelles formes de partis politiques qui émergent ailleurs dans le monde depuis quelques années.

Comme l’Initiative, en Suède, auquel j’ai brièvement fait référence il y a quelques mois, et sur lequel je reviendrai de façon plus détaillée dans les prochains jours.

Je pense que ces prochains textes contribueront à illustrer ma proposition de façon plus concrète.

Renouvellement?

Jean-Marc Salvet consacre une bonne partie de son texte d’aujourd’hui dans Le Soleil à énumérer les innombrables exercices de renouvellement auquel s’est livré le Parti Québécois au fil des ans. Il a raison de le faire, parce qu’il ne faut certainement pas qu’on les perde de vue.

Et c’est bien pour ça qu’on ne peut pas juste faire pareil cette fois-ci. On ne peut pas faire un simple exercice d’introspection entre nous. Il n’y a aucune raison de penser que ça donnerait quelque chose de bien différent.

L’exercice doit être d’une toute autre nature. Il est absolument nécessaire d’aller jusqu’au bout et de se demander à quoi sert le Parti Québécois aujourd’hui. Et s’il est encore utile.

Robert Dutrisac suggère dans Le Devoir de ce matin que la mission du Parti Québécois est de créer les conditions qui permettent de rallier les forces vives de la société québécoise. Je le pense aussi.

Mais qu’est-ce que cela pose comme défi aujourd’hui? Quelles questions ça soulève?

Par exemple:

  1. Est-ce que le problème est surtout dans le programme?
  2. Est-ce que c’est notre manière d’exercer la politique?
  3. Est-ce que le nom du parti est devenu un problème?

Ce que j’en pense personnellement?

  1. Je ne pense pas.
  2. Ça me semble évident.
  3. C’est probable.

Deux ans…

Ironie du sort, mes notes personnelles me rappellent aujourd’hui que la soirée Faut qu’on se parle de Québec, avait lieu ce jour, il y a deux ans, au Musée de la civilisation. J’en parlais dans mon texte de mardi, mais je ne me souvenais pas d’en avoir fait un compte rendu. Sa relecture prend une toute autre perspective aujourd’hui.

Cela me fait aussi réaliser à quel point deux ans ça peut parfois être une éternité. Et à quel point on peut faire des choses et transformer une situation en deux ans… quand on a les idées claires sur ce qu’on veut accomplir et qu’on se dote d’un plan pour le faire.

Je ne peux toutefois pas m’empêcher de m’interroger: est-ce que les structures complexes d’un parti politique permettent de se r’virer de bord dans ce type d’échéancier et d’adopter une nouvelle vision, qui tient compte d’un contexte radicalement différent, puis bâtir, et faire adopter, un plan d’action en conséquence?

Est-ce qu’au moment où le Parti Québécois doit se réinventer, on peut s’attendre à ce que les fondements de cette transformation émergent des instances du parti, ou s’il est plus probable qu’ils prennent forme à l’extérieur du parti, à partir d’une démarche plus légère et plus souple, dont pourront par la suite se saisir les instances?

Est-ce que l’efficacité d’un parti politique se mesure aujourd’hui par sa capacité à adopter un programme et à convaincre la population d’y adhérer? Ou plutôt à sa capacité de comprendre les aspirations des forces vives de la société et de trouver les moyens d’en être le meilleur porteur?

Parler plus? Écouter plus?

C’est une question qui hante le mouvement souverainiste depuis très (trop!) longtemps.

Et tant qu’à être dans la relecture de vieux textes, je pense que ça vaut la peine de relire aussi l’éditorial de Bernard Descôteaux dans Le Devoir à la suite de la cuisante défaite subit par le Bloc Québécois en 2011. Extrait:

«…l’électorat au Québec est éminemment volatil. (…) Selon l’humeur du moment, on vote à droite ou à gauche, ce qui traduit une fatigue envers les vieux partis et leurs discours déphasés.

«Cette volatilité, Gilles Duceppe ne l’a pas sentie. On ne le lui reprochera pas, parce que ses adversaires non plus ne l’ont pas pressentie. Mais il aurait dû aborder cette élection avec moins d’assurance, erreur que ne doit pas répéter le PQ.»

Hum hum…

***

Parler moins. Écouter plus. Écouter mieux surtout!

J’y croyais en 2011, j’y crois encore plus aujourd’hui. Et je serais terriblement déçu que mon parti n’ait pas encore compris que c’est le principal défi auquel il fait face. Je pense que sa survie en dépend.

Faut qu’on se parle

Il y a un facteur que je m’étonne de ne pas entendre davantage pour expliquer les résultats de la dernière élection: la tournée Faut qu’on se parle, qui a eu lieu en 2016.

Je fais l’hypothèse que c’est dans cette tournée que Québec Solidaire a trouvé son élan vers l’élection. Pourtant, ce n’est pas le parti politique qui organisait la tournée — qui permettait néanmoins, à l’évidence, de rejoindre des électeurs potentiels.

Il faut prendre le temps de regarder à nouveau le site de Faut qu’on se parle: les gens qui l’ont porté à bout de bras — et les thèmes de discussion, présentés sous forme de constats et de questions. Très efficace.

Je me souviens encore de la soirée à laquelle j’ai participé, au Musée de la civilisation. La forme était dépaysante, voire inconfortable, pour des gens (très/trop) habitués aux assemblées partisanes. Catherine Dorion n’était pas sur scène, mais elle était partout ailleurs — organisatrice hyperactive. Elle est aujourd’hui députée.

Je pense que quelque chose s’est passé au cours de cette tournée, qui a été suivi d’un livre — et du ralliement de Gabriel Nadeau-Dubois à Québec Solidaire.

Pendant ce temps, le Parti Québécois n’a pas osé sortir aussi franchement des sentiers battus. On est resté dans la zone partisane en mettant en place la tournée Oser repenser le PQ, qui a été confiée à Paul Saint-Pierre-Plamondon — et dont nous avons même eu peur des premières conclusions.

Et ce n’était pas la première fois qu’on faisait ce genre de tournée avec une intention clairement partisane. La lecture du rapport des trois mousquetaires, publié en 2006, pourra nous rafraîchir la mémoire à ce sujet (référence ici dans Le Devoir, et le rapport complet). Alexandre Bourdeau, Stéphan Tremblay et Jonathan Valois avaient même fait à l’époque la recommandation de lier plus étroitement la souveraineté à la cause environnementale — ce qu’aura fait avec succès Québec Solidaire… Douze ans plus tard!

Même la CAQ a commencé par une démarche non-partisane, c’est dire…

Je pense que c’est à notre tour maintenant de trouver une façon d’aller chercher de l’inspiration pour se renouveler hors des sentiers battus — en évitant de se badrer de considération partisanes.

Ouvrir la porte

Un commentaire reçu par courriel hier en fin de journée m’a beaucoup fait réfléchir. Formulé par une personne que j’estime profondément, il me suggérait gentiment d’éviter de commenter, comme je l’ai fait hier matin, la situation du Parti Québécois étant donné que j’avais choisi «de quitter le bateau».

C’est un point de vue que je suis prêt à entendre.

Sauf que plus j’y pense plus cela me trouble. Parce que si j’ai effectivement choisi il y a un an de ne pas renouveler mes engagements dans les instances du parti et de ne pas être candidat (pour une troisième fois en cinq ans), je n’ai jamais quitté le bateau.

Si je me suis imposé la discipline de commenter avec beaucoup de pudeur la campagne électorale sur mon blogue au cours des derniers mois, c’est pour ne pas faire le gérant d’estrade, et parce que je savais que celles et ceux qui étaient aux commandes, et qui étaient candidat.e.s, faisaient de leur mieux dans un contexte très difficile.

Mais une fois la campagne terminée et le résultat connu, il me semble sain (et nécessaire) de recommencer à réfléchir à la suite. Parce que je crois encore à ce parti — si on arrive à le réinventer.

Ce serait un grand danger pour le Parti Québécois de se priver des réflexions de celles et ceux qui ont ont choisi de prendre quelques pas de recul (quelle que soit leurs raisons) au cours des derniers mois et des dernières années.

Ce n’est pas tant ce que moi j’ai à dire, que je souhaite être entendu dans le parti. C’est ce qu’ont à dire plusieurs personnes que j’ai côtoyées au cours des dernières années, qui se sont impliquées de différentes façons dans le parti mais qui ont tour à tour cessé de le faire. Il faut comprendre pourquoi. Il faut leur donner la parole. Accueillir ce qu’ils ont à nous dire, même (surtout) si ça ne fait pas notre affaire. C’est cette conversation-là qu’il me semble indispensable d’initier sans tarder.

Je soumets l’idée que c’est peut-être même en interrogeant nos sympathisants, ex-membres et non-membres, qu’on arrivera à trouver certaines des réponses les plus déterminantes aux questions auquel nous sommes confrontés.

Parce qu’un parti dont la porte ne fonctionne que pour sortir peut difficilement se renouveler.

Ouvrons toute grande la porte. Dès maintenant.

À qui donner la parole à l’heure du bilan?

J’ai lu dans Le Devoir de ce matin que le Parti Québécois fera son bilan de l’élection dans un mois. Je m’en réjouis, c’est sage.

J’ai lu aussi Boucar Diouf qui croit que le Parti Québécois va devoir recommencer à zéro. Je suis pas mal d’accord avec lui.

Je ne serai pas présent à la réunion où sera fait le bilan — ayant choisi de n’être ni candidat ni engagé dans les différentes instances du parti au cours de la dernière année — mais j’aimerais quand même formuler deux souhaits et une suggestion en prévision de cette rencontre.

Les deux souhaits:

  • D’ici la rencontre (et après), il faut laisser les militants s’exprimer librement — sans tabous. Il faut même les encourager à le faire. Il faudrait éviter d’intervenir en coulisse pour dire des choses comme «il serait mieux de ne pas dire ça, pas publiquement en tout cas».
  • Le bilan ne devrait pas porter seulement sur la période électorale (et pré-électorale). Il faut faire ça, mais ça ne nous mènera pas à grand chose pour la suite. Le contexte politique vient de changer en profondeur et vraisemblablement de façon durable. Je pense que ce n’est pas tant de l’échec technique de cette campagne dont il faut tirer des leçon, mais bien de notre incapacité à avoir vu venir ce basculement. Ce n’est pas la faute des rameurs, si nous avons perdus l’élection, et ce n’est pas la faute du timonier non plus. On n’avait tout simplement pas les bonnes cartes de navigation. Pourquoi?

La suggestion:

  • On devrait inviter les présidents régionaux à partager d’ici la rencontre leur analyse personnelle de l’élection à partir d’une question générale, ouverte. Par exemple: quel est le facteur le plus déterminant de notre défaite: notre programme? Le fonctionnement du parti? L’image du parti? La division du vote? Les réponses à ces questions devraient faire l’objet d’une synthèse, qui pourrait être présentée au début de rencontre par la vice-chef, dans le but de guider les échanges qui vont suivre.

Je ne présume pas que cette approche n’est pas déjà prévue. Mais je pense qu’il peut quand même être utile de le formuler comme un souhait — pour insister un peu.

Parce que les habitués de ce genre de rencontre savent très bien qu’à défaut de faire ça, on aura droit à une énième séance de linge sale en famille, dans laquelle les mêmes vétérans (et les déçus) occuperont encore une fois le rôle central.

On doit tout faire lors de cette rencontre pour donner la parole à celles et ceux, qu’on n’a pas su écouter suffisamment au cours des dernières années.

De toute façon, les autres trouvent toujours le moyen de se faire entendre — avec le succès qu’on connaît.

Savoir tourner la page…

Je lis dans Le Devoir de ce matin que la bisbille a repris au Bloc Québécois. Encore.

Comme je l’ai dit spontanément sur Twitter, s’il n’en tenais qu’à moi, j’en profiterais pour tirer la plogue sur le Bloc Québécois et j’inviterais tous les indépendantistes à consacrer leurs énergies à réinventer le Parti Québécois et/ou à développer Québec Solidaire.

Tout cela me rappelle que les résultats de l’élection de lundi doivent nous amener à remettre en question nos façons de faire et (plus encore) nos réflexes politiques. Il faut enfin se donner le droit (le devoir!) d’aborder les choses autrement. De tout remettre en question, s’il le faut.

Le Bloc Québécois a été créé en 1991 — dans un contexte bien différent. Je pense que cela a marqué le début d’un cycle politique qui est finalement arrivé à sa fin lundi dernier (j’ai d’ailleurs exploré tout ça récemment dans mon Histoire personnelle du Québec de 1989 à 2019).

Il faut de toute évidence trouver le moyen d’entreprendre (enfin) un nouveau cycle. Et ce n’est pas en tenant pour acquis et en défendant tous notre attirail passé qu’on va y arriver. Le statu quo est un piège.

Je pense qu’il faut plutôt identifier les gestes forts qui devront être posés à moyen terme pour pouvoir reprendre la main — avec une perspective d’au moins quatre ans, mais plus probablement d’une dizaine d’années.

Je plaidais avanthier que la question qu’il faut maintenant se poser n’est pas «comment sauver le Parti Québécois?», mais bien «à quoi sert le Parti Québécois?» (et à plus forte raison, le Bloc Québécois!). Il ne faut toutefois pas perdre de vue qu’il y a quelques questions préalables auxquelles il faudra aussi répondre:

  • Qu’est-ce qui définit la situation politique du Québec aujourd’hui?
  • Quelles sont les forces qui influenceront le plus l’évolution de notre société au cours des prochaines années?
  • Quels sont les principaux défis auxquels nos sommes confrontés, comme nation?
  • Dans quel contexte se dérouleront les prochaines élections, en 2022?

Je soumets humblement que c’est peut-être parce que nous n’avons pas les idées claires sur ces questions que nous avons essuyé l’échec retentissant de lundi soir.

Plusieurs partis politiques semblent avoir découvert dans les dernières semaines à quel point l’environnement était devenu quelque chose d’essentiel dans la dynamique politique québécoise. Je suis sûr qu’il y a bien d’autres thèmes comme celui-là qui se cachent dans l’angle mort des programmes des partis politiques — et dans celui, beaucoup trop touffu, du Parti Québécois. Je pense à l’éducation (avec un angle beaucoup plus innovateur), à la culture (qui offrirait une perspective beaucoup plus stimulante sur les enjeux d’identité et de cohésion sociale), aux impacts du numériques…

C’est seulement en répondant d’abord à ce genre de questions que nous pourrons ensuite répondre à la question «à quoi sert le Parti Québécois aujourd’hui?» — et qu’on pourra ensuite se demander la forme qu’il devrait prendre, le fonctionnement qu’il devrait adopter, etc.

De mon point de vue, la réinvention du Parti Québécois est plus que jamais prioritaire sur la sauvegarde le Bloc Québécois.

D’autant que ça a bien plus de chance de réussir!

Quel avenir pour le PQ?

Il faut éviter les gestes précipités. Laisser retomber la poussière. Mais à la lecture des journaux ce matin, je me fais quelques réflexions, très spontanées.

C’est vrai qu’il y a quelque chose qui dépasse le seul contexte québécois dans les mouvements de l’électorat — chez les jeunes, notamment. On a constaté des choses semblables ailleurs en occident. Mais ce n’est pas comme si on le découvrait aujourd’hui…

Les résultats obtenus par le Parti Québécois ne sont pas plus la faute de Québec Solidaire que les déboires du Parti démocrates aux États-Unis étaient la faute de Bernie Sanders. Il va falloir admettre qu’on n’a pas su apprendre des erreurs de nos voisins.

C’est très tentant pour le PQ de consacrer ses prochaines énergies à un rapprochement avec QS. C’est un raccourci évident pour retrouver un peu d’importance à l’Assemblée nationale. Je pense que ce serait une grave erreur de suivre cette voie.

Il ne faut pas essayer d’éviter la profonde réflexion qui s’impose à nous. Et, surtout, ne pas se tromper de question de départ. Il ne s’agit pas de savoir comment sauver le Parti Québécois, mais bien de comprendre à quoi sert le Parti Québécois aujourd’hui. Je suis personnellement convaincu qu’il peut encore servir à quelque chose.

Je pense finalement que c’est seulement une fois qu’on aura répondu à cette question — dans un an, deux ans, voire un peu plus — qu’il sera pertinent d’identifier le ou la meilleure personne pour être chef de ce nouveau Parti Québécois.

C’est là où j’en suis ce matin.

#visionnumérique

Au terme d’une semaine surchargée, et à deux jours du vote, il est important que je prenne le temps de souligner ici la publication, sur Medium, tel qu’annoncé, des réponses des partis politiques à nos questions.

La Coalition Avenir Québec;

Québec Solidaire;

et le Parti Québécois;

ont répondu à nos questions. Nous n’avons malheureusement pas reçu de réponses du Parti Libéral du Québec.

D’autres citoyens ont pris le temps de répondre aussi aux questions. La liste est au bas de la page de présentation des réponses.

Je remercie chaleureusement les candidats et le personnel des trois partis d’avoir pris le temps de le faire — à un moment où le temps est particulièrement précieux pour elles/eux.

C’est une contribution importante pour la suite, quel que soit le résultat de l’élection de lundi. Ça nous offre un meilleur portrait de la compréhension des enjeux numérique par les partis politiques à ce moment de notre histoire.

Cela pourra aussi nous aider à aider celles et ceux qui auront la responsabilité de guider le prochain gouvernement à travers ces enjeux.

Interdiction de publier!

Le 24 août, j’ai publié ici un texte pour dire qu’il est essentiel que les partis politiques nous expriment leur vision du rôle du numérique dans la transformation de la société québécoise.

En effet, le numérique est en train de bouleverser des pans entiers de notre organisation sociale: commerce, éducation, culture, santé, transport, etc. — et même les rouages de notre démocratie — sans qu’on sache trop ce qui les guides quand vient le temps d’aborder ces enjeux.

De ce texte est né, grâce à la collaboration de deux autres blogueurs (Yves et Martine), une liste de huit questions qui ont été adressées à un porte-parole de chacun quatres principaux partis politiques. Nous avons publiées ces questions mardi et nous avons promis de publier les réponses reçues, telles quelles, sur nos blogues respectifs, à mesure que nous les recevrons.

Et voilà qu’on a apprend que nous n’avons pas le droit de faire cette publication. Le Directeur général des élections nous l’interdit! (Références: ici et ).

Je tiens ce blogue depuis 2002, guidé par le souhait de participer de façon constructive à la vie démocratique. J’y ai investi des milliers d’heures pour réfléchir, écrire, nuancer, répondre aux questions des lecteurs. J’ai choisi de payer 5$ par mois pour pouvoir le faire dans un espace que je maîtrise, exempt de publicité.

J’aurais le droit de publier aujourd’hui des opinions sans nuance, de prendre position pour un parti politique, de faire de la polémiques, et même de publier des faussetés avérées, mais je n’aurais pas le droit de partager des informations qui m’ont été soumises volontairement par les partis politiques, avec transparence, de façon objective, au moment d’une élection? C’est absolument ridicule.

Des organisations ont le droit de mettre en place, à grands frais, des débats électoraux thématiques (en n’invitant même pas tous les partis politiques) sans contrevenir à la loi et je n’aurais pas le droit de partager simplement les réponses aux questions qui nous préoccupent?

Où est la volonté d’engager les citoyens dans la démocratie? De stimuler la participation électorale? Est-ce que le DGEQ a perdu de vue que la démocratie ce n’est pas seulement voter une fois tous les quatre ans?

Alors, est-ce que nous publierons les réponses reçues des partis politiques? Bien sûr que nous le ferons! Dès demain, pour les premières réponses reçues.

Mais nous le ferons sur Medium, un site gratuit. En n’engageant aucun frais, nous respecterons l’interprétation anachronique que le DGEQ fait de la loi. Et on s’évitera probablement une bien inutile mise en demeure.

Mise à jour du 22 septembre: les réponses sont ici.

Le 2 octobre, je pourrai rapatrier en toute tranquillité le texte sur mon blogue pour l’archiver de façon adéquate, comme les 1834 autres que j’ai publiés dans les 16 dernières années. C’est fou d’même.

Yves aborde aussi le sujet sur son blogue ce matin.

Et il faudra bien se reparler de tout ça après l’élection, parce qu’on a ici encore un remarquable exemple que nos institutions ont besoin de mieux comprendre le monde numérique dans lequel elles évoluent maintenant.