Pause

Depuis plusieurs semaines je me dis qu’il faut me remette à écrire un peu plus fréquemment (et plus spontanément!) sur mon blogue. Eh bien voilà: je profite d’une accalmie de fin d’après-midi pour mettre par écrit une décision que j’ai déjà partagée avec plusieurs collègues et amis.

Je prendrai bientôt une petite pause de la politique.

En effet, j’ai décidé de ne pas solliciter de nouveau mandat comme président du Parti Québécois de Jean-Talon (en janvier prochain), ni comme président régional (au mois de mars). Je ne serai pas non plus candidat en 2018, comme je l’ai été à l’élection générale de 2014 et à l’élection partielle de 2015.

Je poursuis néanmoins mes mandats jusqu’à leur échéance et je resterai toujours disponible pour apporter mon soutien.

Je prends cette décision très sereinement, essentiellement parce que mes contraintes professionnelles font en sorte que j’ai de moins en moins de temps à consacrer aux instances que je préside… alors que l’année électorale qui s’amorce exigerait que j’en consacre de plus en plus.

Je me dis que parfois, faire preuve de leadership c’est aussi savoir laisser sa place. Surtout quand on peut partir l’esprit tranquille et laisser la suite des choses entre les mains d’équipes de confiance.

C’est donc ce que je m’apprête à faire.

Entrevue (imaginaire) avec Denis Gravel


La liberté d’expression, ce n’est pas quelque chose qu’il faut défendre juste quand ça fait notre affaire. Même CHOI RadioX semble parfois l’oublier.

Désirant réagir à un segment de son émission d’hier, j’ai proposé d’aller en parler en studio, cet après-midi, avec Denis Gravel. Malheureusement, on m’a fait savoir que ça ne l’intéressait pas de me recevoir.

Alors, à défaut, je transcris ici la conversation telle que je l’avais imaginée.

***

— On reçoit maintenant Clément Laberge, qui est président du Parti Québécois pour la région de Québec. Salut!

— Salut, merci de me recevoir en studio!

— Je pense qu’on s’était déjà parlé il y a quelques années, ça s’peux-tu?

— Oui, j’ai été candidat pour le PQ deux fois et on avait fait une entrevue ensemble, probablement en 2015. On avait fini l’entrevue en se tutoyant, on peut reprendre ça tout de suite…

— Ok, Ça l’air que tu n’as pas apprécié le montage de Rich hier sur le congrès du PQ? On l’a pourtant trouvé très drôle ici! (rires en studio) (on entend un extrait du montage) (rires en studio)

— Tsé, c’est pas que vous vous moquez du PQ qui m’a ben ben dérangé… je suis pas mal habitué. Faut avoir la couenne pas mal épaisse, pis les convictions pas mal fortes pour militer pour le PQ à Québec. C’est parce que je crois à la liberté d’expression, comme vous, que ça m’a choqué. C’était cheap…

Vous avez retenu cinq ou six interventions un peu plus spéciales, caricaturales, parmi des centaines. Pis là, vous riez gras et vous terminez en disant quasiment qu’on aurait pas dû donner la parole à ce monde là. C’est quoi ça?

— C’est pas vraiment ça qu’on a dit… on est pas une émission d’analyse politique… on fait du divertissement, on a juste trouvé ça très drôle!

— Au congrès du PQ, il y a avait 2000 personnes, on a travaillé dans sept ateliers de six heures chacun, avec des centaines d’interventions au micro. Après ça, il y avait six heures en plénière, que le PQ a eu la transparence de diffuser entièrement sur le Web, en direct et sans censure. Il y a eu des interventions pour et contre presque tous les sujets. Tous ceux qui le souhaitaient ont pu aller s’exprimer au micro. Êtes-vous en train de nous reprocher qu’on laisse le monde parler?

— Pas du tout!

— Tu vas sûrement être d’accord avec moi que si on ouvre les micros à un groupe de 2000 personnes, il y aura forcément toutes sortes d’interventions. Parce qu’il y a là des gens de tous les âges, niveaux d’éducation, de richesse, du monde des régions, du monde de Montréal et même du monde de Québec… même au PQ! Ce serait vrai dans un groupe de 2000 de tes auditeurs, des auditeurs de Radio-Canada ou d’ailleurs. Vous le savez, il se passe toutes sortes de choses quand on part les lignes ouvertes.

— C’est sûr! (rire en studio)

— Le montage était malhonnête. Il ne représentait pas du tout le déroulement du congrès…

C’est pas parce que vous avez un ou deux animateurs dont les propos sont parfois maladroits, excessifs, ou dépassent leur pensée, que CHOI devrait perdre son permis de radiodiffusion. Right?

— Right!

— Me semble que je vous ai même déjà entendu plaider ça devant le CRTC… Right?

— Right!

— Moi ce que je défends aujourd’hui c’est que la liberté d’expression, c’est d’accepter que tout le monde ait le droit de parole, pas juste les gens qui pensent comme nous.

Pis le monde qui ont des convictions, même s’ils ont peut-être plus de mal à s’exprimer… pis qui osent quand même se lever pour aller s’exprimer au micro d’un congrès et de voir leur face en format géant sur les écran pour dire ce qu’ils pensent, moi j’admire ça. Je n’accepte pas qu’on les traite de façon méprisante comme vous n’accepteriez pas qu’on le fasse avec vos auditeurs.

Je veux qu’ils aient le droit de s’exprimer, même s’ils le font maladroitement et même quand je ne suis pas d’accord avec eux.

Pis hier vous défendiez le contraire. Vous vous moquiez du PQ parce qu’il a donné la parole à ces personnes.

À CHOI FM, la radio Liberté!

C’est ça qui m’a choqué, Denis. Surtout que Jeff a fait la même chose avant vous hier matin.

— (silence)

— Ça fait des années que je dis qu’il faut arrêter de parler du «Mystère Québec», je te l’avais dit la dernière fois qu’on s’est vus. Je dis aussi à tout le monde qu’il ne faut pas parler de radio-poubelle… mais hier, ce montage là, c’était de la radio-poubelle. C’était tout le contraire de ce que vous défendez constamment.

— J’vois pas ça d’même.

— Je ne suis pas venu ici pour faire de la politique partisane. Je n’essaierai pas convaincre les auditeurs de voter pour le PQ, mais je trouvais important de vous donner une bine… Te dire que c’est plus important de défendre la liberté d’expression, que de taper sur le PQ. Même si ça donne l’occasion de rire un bon coup.

— On rit aussi des autres tsé…

— Je m’en fous un peu. C’est pas mon point. Ce que je dis c’est que vous ne pouvez pas demander aux partis politiques d’être ouverts à tous les points de vue et les ridiculiser quand quelqu’un parle maladroitement ou dit quelque chose de façon caricaturale.

Vous ne pouvez pas demander aux partis politiques de ne pas tout gérer en coulisses, dans le secret, et les ridiculiser quand ils tiennent leur débat publiquement, en direct sur le Web. C’est trop facile.

— Faut pas capoter non plus, c’est juste du divertissement. On fait un peu comme Infoman… c’est notre façon d’intéresser les gens à la politique.

— (rire aux éclats) Franchement! Je ne te demande pas de dire du bien du PQ. T’as le droit de penser tout ce que tu veux de notre programme. Mais défendre la liberté d’expression, ça, franchement, je pense que vous n’avez pas le choix…

— On l’a toujours fait. Je pense que tu donnes trop d’importance au montage d’hier. 

On n’est pas d’accord, mais c’est quand même tout à ton honneur d’être venu en parler en studio. J’aime ça.

— Merci de m’avoir reçu, autrement j’aurais été obligé de me contenter d’écrire tout ça sur mon blogue.

— On aime autant pas! (rire en studio)

— Merci en tout cas! Ça été courageux de me recevoir. C’est tout à votre honneur.

(…)

— À la circulation, sur Henri IV… la 40 direction ouest… la Capitale… bouchée… les ponts… c’est compliqué…

***

Pendant que j’écris ce texte, Denis Gravel rediffuse, rediffuse et rediffuse le montage, reconnaissant maintenant du bout des lèvres que «c’était bien sûr le pire de ce que le PQ avait à offrir au cours de la fin de semaine», évoquant au passage «l’appel d’un haut-gradé du PQ qui trouvait que le montage n’était pas drôle…» 

— On lui a expliqué que c’était notre façon de parler de politique en riant, parce que c’est l’après-midi…» 

Heureusement à 17h10 le chroniqueur Jonathan Trudeau a pu exprimer, in extremis, et très brièvement, certaines des nuances dont j’avais souhaité débattre avec l’animateur. 

Oser repenser l’identité


Je reviens de vacances avec la conviction qu’il faut réapprendre à parler d’identité au futur, plutôt qu’au présent, ou au passé. 

Et le texte de Fabrice Vil, dans Le Devoir d’aujourd’hui, me donne l’occasion de formuler quelques réflexions, encore incomplètes, qui me trottent dans la tête depuis quelques semaines. 

Il faut d’abord dire que je ne suis de retour de vacances que depuis hier soir — après trois semaines à l’étranger. C’est donc à distance, et de façon intermittente, selon les accès au réseau, que j’ai suivi le dossier des demandeurs d’asile à la frontière canadienne. Et les déclarations des politiciens québécois à leur sujet. Et que je m’en suis désolé.

C’est dans les mêmes conditions que j’ai suivi les événements raciaux aux États-Unis (avec leurs débordements au Québec).

Également dans ces conditions que j’ai soupiré en constatant que la rentrée politique québécoise semble encore vouloir se faire dans la polémique autour des questions de langue, de religion et d’immigration — rassemblées de façon commode sous le thème de l’identité.

Mais parlant d’identité, justement, de quoi parle-t-on? Il me semble que ça fait dix ans qu’on en parle avec un inconfort croissant.

Le problème réside peut-être dans notre façon d’aborder la question. Trop statique, comme si l’identité était quelque chose qui existait en dehors du temps et des mutations de la société et du monde. 

On perd peut-être trop souvent de vue que l’identité est quelque chose de dynamique. Quelque chose qui évolue. L’identité collective, comme l’identité personnelle. Ce n’est pas un repère immuable, c’est un projet — c’est une trajectoire, entre ce que je suis et ce que j’aspire à devenir.

J’ai l’impression que depuis dix ans (voire plus) on a laissé s’installer (consciemment, inconsciemment ou par maladresse) le débat autour de l’identité québécoise autour du «nous et du eux». Alors qu’il serait préférable de l’articuler autour d’un projet: ce que nous souhaitons que soit l’identité québécoise dans dix, vingt, cinquante ans. Et la place et le rôle de chacun dans cette identité.

L’identité, ce n’est pas quelque chose à laquelle on se fond. C’est quelque chose qu’on devient en adhérant à un projet de société, à un idéal. C’est quelque chose dans laquelle on se reconnaît parce qu’on sait qu’on peut aider à le réaliser; voire qu’il ne pourra pas se réaliser sans nous.

On ne devient pas Québécois comme on embarque dans un autobus. On le devient en contribuant à concrétiser un projet national fort et inspirant — en prenant part à un chantier, dont la réalisation sera aussi le fruit de nos efforts.

Aujourd’hui, je me dis que si on parle autant, et si maladroitement, d’identité (d’immigration, de religion, et de langue) depuis dix ans, c’est peut-être surtout parce que ce projet, et ses déclinaisons, ne sont pas clairement définies. Et c’est peut-être surtout à ça qu’on devrait consacrer nos efforts plutôt que de laisser le débat dégénérer, malgré des bonnes intentions de chacun.

En d’autres mots, je m’intéresse de moins en moins à savoir de quoi est faite l’identité québécoise aujourd’hui (ce qu’il faudrait défendre) qu’à savoir de quelle façon on souhaite qu’elle prenne forme dans le futur — et quels sont les projets qui nous permettront d’arriver à concrétiser cette vision.

C’est à ça que j’ai envie de travailler dans les prochains mois.

Fabrice Vil conclut son texte en disant que «la lutte contre la haine est une question transpartisane qui doit dépasser l’électoralisme.»

De la même façon, si on n’arrive pas à dépasser l’électoralisme sur les questions identitaires, il faudra peut-être en arriver au constat que la dynamique partisane actuelle est dans une impasse et cesser d’entretenir l’espoir que les solutions viendront de ce côté.

L’union fait la force


Je lis dans La Presse qu’en France, Le Monde et Le Figaro feront finalement alliance pour commercialiser plus efficacement leurs espaces publicitaires. Ils espérent retrouver ainsi un peu de force devant Google, Facebook, etc. qui avalent progressivement leurs revenus depuis des années.

Ça leur en aura pris du temps à comprendre! Il aura fallu être à genoux pour finir par unir leur force… parce que l’habitude de la concurrence était plus forte que la réalité émergente.

Dans combien d’autres domaines comme celui-là on résiste encore, on réclame à hauts cris l’aide de l’État pour soutenir des modèles d’affaire devenus désuets — parce qu’on s’entête à ne pas voir la vraie nature de la menace? 

Va bien falloir s’ouvrir les yeux: le plus souvent, les concurrents d’hier sont devenus d’indispensables alliés pour faire face à la concurrence, la vraie, celle des nouveaux géants internationaux qui échappent à nos lois et réglements (parce qu’on tarde aussi à les adapter à la nouvelle réalité).

Le rôle de l’État aujourd’hui, ça devrait être d’encourager et de soutenir de nouvelles formes d’alliances entre les entreprises. D’offrir un offrir un appui à celles qui posent des gestes audacieux pour transformer leurs modèles d’affaire dans le but d’affronter à un contexte concurrentiel radicalement différent. Ça ne devrait pas être de compenser des pertes de revenus devenus inévitables.

Il faut apprendre à innover dans l’utilisation des ressources et des pouvoirs de l’État: financiers, légaux, technologiques, etc. 

Ça exige plus de courage, je sais. Mais ce n’est plus une option.  

Je pense que les partis politiques qui n’auront pas été en mesure de faire la démonstration qu’ils ont compris ça d’ici octobre 2018 auront beaucoup de mal à établir leur crédibilité sur un grand nombre de questions économiques et sociales. Et ça deviendra impossible pour eux d’espérer former le gouvernement.

Parce que parler encore du numérique au futur aujourd’hui, c’est faire la démonstration qu’on est dépassé.

Parce que c’est maintenant que ça se passe.

Paralysie


Lu dans Le Soleil, ce matin:

«Nous sommes dans une ère politique marquée par la paralysie partisane» — Michael Bloomberg

Ça résume bien mon état d’esprit par les temps qui courent. Et mon inquiétude. Parce qu’il reste peu de temps pour trouver une issue à cette impasse d’ici les élections de 2018.

Une chose m’apparaît évidente: ce n’est pas dans une surenchère de partisanerie, ou en polarisant inutilement les défis auxquels le Québec est confronté, que nous allons pouvoir changer la dynamique politique actuelle. C’est aussi une des raisons qui m’a amené à quitter Facebook pour l’été — pour m’éloigner des excès partisans et essayer de réfléchir autrement.

Les partis politiques servent bien sûr à quelque chose — ils sont peut-être même plus indispensables que jamais si on veut échapper aux écueils du chacun pour soi. Sauf que pour rester pertinents, ils vont devoir se renouveler — ou à renouveler leurs façons d’agir.

Il est fort probable que les partis qui ne le réaliseront pas à temps subiront le même sort que le Parti socialiste et Les Républicains, en France. 

Je crois encore que le changement d’approche est possible. Et je continue d’y travailler… mais le temps presse!

Aussi, à ce sujet:

Et je m’arrête là dans la remontée des archives pour aujourd’hui, mais j’ai retrouvé dans les derniers jours des textes dans le même esprit aussi loin qu’en 2004… 

J’ai fait le pari depuis dix ans de me retrousser les manches et de plonger au coeur du système pour essayer de contribuer à le changer un peu. Je ne regrette pas et je continue… mais le moment est probablement venu de m’interroger: est-ce que  mes efforts ont porté fruit? À la hauteur de l’énergie que j’y ai consacré? Et est-ce qu’il est réaliste d’espérer faire davantage? 

Un sandwich à la fois

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La réflexion continue, des textes en cours de rédaction… et peut-être un projet en gestation!

Le retour du beau temps rend les rendez-vous sandwich du vendredi encore plus agréable. Trente minutes chaque semaine pour réfléchir sur l’état de notre démocratie et sur les pistes pour l’améliorer, ce n’est certainement pas trop — surtout quand il fait beau!

Le vendredi 5 mai, comme hier (28e rencontre, je crois), nous avons pu échanger des réflexions sur l’élection présidentielle française et l’illustration qu’elle offre de comment le contexte politique peut parfois changer très rapidement. Nous avons aussi discuté de la réflexion de Jacques Chagnon au sujet de la surpartisanerie à l’Assemblée nationale. Une intervention dont nous nous sommes évidemment réjouis.

Le texte de Jean-Marc Salvet dans Le Soleil de ce matin aurait aussi bien pu alimenter nos échanges.

***

Les participants poursuivent chacun de leur côté la rédaction d’un texte qui exprime, de façon très personnelle, leur motivation à participer à notre rendez-vous hebdomadaire. Nous les regrouperons éventuellement dans une publication dont la forme reste à définir.

Nous envisageons aussi un texte collectif appelant les «partis d’opposition» à délaisser un peu le rôle de critique de l’action du gouvernement et à consacrer plus de temps à formuler et expliquer leur proposition pour améliorer le Québec. L’angle précis reste à trouver, mais l’idée est là.

***

Autre idée qui est apparue la semaine dernière, inspirée de cette initiative française: mettre en place dans les prochains mois un site Web qui permettrait aux citoyens québécois d’expliquer leur choix lors de la prochaine élection.

On part de l’hypothèse que de nombreux citoyens risque de faire le choix d’un vote stratégique en octobre 2018, mais qu’ils aimeraient que la personne qu’ils vont contribuer à élire, sache qu’ils n’ont pas voté pour son programme, mais plutôt contre le programme de celui de la personne qu’ils désiraient voir perdre l’élection.

Le principe serait assez simple:

La personne va s’inscrire sur le site, indique qu’elle est une électrice de la circonscription XYZ, qu’elle a voté pour Untel, mais qu’elle souhaite lui faire savoir qu’elle l’a fait de façon stratégique et qu’il doit savoir qu’elle n’appuie pas certains aspects de son programme. Elle peut ajouter un mot sur ce qui est important pour elle et qu’elle souhaite qu’il garde à l’esprit tout au cours de son mandat.

Le système enverrait automatiquement une synthèse de ces commentaires à chaque élu après l’élection (avec ou sans les noms de chacun des électeurs participants — à leur choix).

Un document synthèse serait aussi produit, publiquement, indiquant les circonscriptions où un député aura été élu avec une majorité inférieure aux nombres de votes enregistrés par le système — et où, par conséquent, les élus devraient être particulièrement humbles/prudents dans leur façon de se comporter de façon partisane au cours de leur mandat.

Est-ce que c’est une idée à laquelle certains de mes lecteurs pourraient être intéressés à collaborer?

À suivre…

Un enjeu prioritaire

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Une alliance circonstancielle du PQ, de la CAQ et de QS? Certainement! Pourquoi pas?

Je serai bref, parce que je suis particulièrement occupé par les temps qui courent. Mais je ne peux pas m’empêcher de souligner une amusante coïncidence.

Premier élément de la coïncidence: Facebook me rappelait ce matin que je publiais l’année dernière à pareille date un texte intitulé Se définir par l’audace dans lequel j’abordais certains défis auxquels le Parti Québécois est confronté.

J’y citais notamment un ami qui m’avait dit:

«Ce n’est pas la question nationale qui renouvellera la façon de faire de la politique, c’est une nouvelle façon de faire de la politique qui va renouveler la question nationale.»

Trois jours plus tard, je précisais d’ailleurs certaines idées dans un autre texte. Extrait:

«Le parti devrait s’engager formellement à ce que le système uninominal à un tour soit abandonné dès un premier mandat. Que l’élection de 2018 soit la dernière dans ce système. Et pour être crédible, il faut proposer sans tarder une démarche limpide en ce sens.»

Deuxième élément de la coïncidence, je lis ce matin dans Le Journal de Montréal, sous la plume de Joseph Facal, un texte qui va dans le même sens, mais de façon encore plus concrète: Sortie de secours. Extrait:

«Une seule chose les unit réellement [le PQ, la CAQ et QS]: leur désir commun de changer le mode de scrutin, authentique verrou qui empêche le désir de changement de se matérialiser.

C’est leur seul dénominateur commun, mais c’est l’essentiel si on veut faire sauter ce verrou. […]

Mais si les trois s’unissent, le temps d’une seule campagne électorale, avec l’unique engagement de changer le mode de scrutin, et qu’ils obtiennent une majorité de sièges, ça devient possible: le verrou peut sauter.»

Troisième élément de la coïncidence: l’exécutif du Parti Québécois de La Prairie va dans le même sens, ce matin même, sur sa page Facebook.

***

Voilà une idée très intéressante à mon avis. Je pense qu’on doit s’y pencher sérieusement. Et y voir un scénario plausible.

Ça va dans le sens de mes souhaits d’il y a un an en tout cas: il faut sortir des sentiers battus. Plus qu’on l’a fait jusqu’à présent. Parce que c’est plus que jamais nécessaire.

Qu’en pensez-vous?

La loi 101 au cégep?

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Je me réjouis que les congrès régionaux du Parti Québécois s’amorcent et que le débat s’anime enfin — même si j’aimerais mieux qu’il commence sur d’autres bases que ce que nous rapporte le Journal de Montréal ce matin:

Plaidoyer pour la loi 101 au cégep

Je m’oppose personnellement à cette proposition. Et ce n’est pas parce qu’elle serait trop controversée, comme le suggère l’article. C’est parce qu’elle incarne deux choses que je souhaite depuis longtemps voir disparaître des réflexes du Parti Québécois:

  • La tentation des solutions mur à mur;
  • Offrir l’apparence d’une revanche sur le passé.

Est-ce qu’on peut reconnaître une fois pour toutes que la situation linguistique est radicalement différente à Montréal qu’ailleurs au Québec? Et imaginer, en conséquence, des réponses adaptées à la réalité de chaque région? Je pense que notre action serait beaucoup plus efficace.

Je suis en faveur d’une distribution accrue des pouvoirs vers les régions. Et quand ce n’est pas possible, je pense que le gouvernement du Québec doit privilégier des solutions asymétriques, qui tiennent compte des spécificités de chaque région. Le dossier linguistique n’en est qu’un exemple.

Je plaide pour que le Parti Québécois ait le programme le plus décentralisateur de tous ceux qui seront offerts aux Québécois lors de la prochaine élection.

Telle que présentée, la proposition d’appliquer de la loi 101 au cégep ne va pas dans cette direction.

Je pense qu’il faut aussi éviter de définir notre projet politique dans des termes qui donnent l’impression que nous souhaitons prendre une revanche sur le passé.

Évidemment pas parce qu’il faut renoncer aux batailles entreprises dans le passé, mais bien parce qu’il est indispensable de faire la démonstration que nous sommes capables d’actualiser notre lecture des défis auxquels la société québécoise est confrontée et de proposer des façons innovatrices pour y répondre.

Si on se présente à l’élection en s’exposant à la perception que nous sommes un parti qui puise dans les solutions du passé pour aborder les défis du Québec d’aujourd’hui et de demain, nous n’aurons pas les résultats espérés. Il faut sortir des sentiers battus.

Telle que présentée, la proposition d’appliquer de la loi 101 au cégep ne va pas dans cette direction.

 

 

PSPP président du PQ

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Raymond Archambault a annoncé hier qu’il ne se représenterait pas à la présidence du Parti Québécois à l’automne 2017.

Je crois que pour qu’un nouveau Parti Québécois émerge à temps pour l’élection de 2018, il faut que Paul St-Pierre-Plamondon soit le prochain président.

Le Parti Québécois a déjà entrepris de se renouveler mais la transformation reste, à ce jour, très incomplète. Il faut aller beaucoup plus loin si on aspire à rejoindre plus de jeunes, de néo-québécois et d’indécis. C’est 500 000 personnes de plus qu’il faut convaincre d’ici un an pour espérer former le prochain gouvernement!

Par l’approche positive, innovatrice et toujours respectueuse qu’il a adoptée depuis la course à la chefferie, Paul incarne mieux que quiconque l’attitude que le Parti Québécois doit adopter pour redonner aux gens le goût de voter pour lui.

Par son travail constant et les propositions qu’il a formulées depuis un an, Paul a aussi fait la démonstration que miser sur l’intelligence des citoyens peut donner des résultats et susciter l’adhésion.

— Paul, je sais que tu mets actuellement la dernière main au rapport final d’Oser repenser le PQ. Je t’exhorte d’ajouter un ultime chapitre à cette démarche en présentant ta candidature à la présidence. Ce sera la meilleure façon d’assurer la mise en œuvre de tes conclusions.

Et si tu souhaites former une équipe autour de ta candidature, composée de militantes et de militants aussi déterminés que toi à faire naître un nouveau Parti Québécois, je suis prêt à répondre à l’appel — comme plusieurs personnes m’ont invité à le faire au cours des dernières heures.

***

Si vous souhaitez, comme moi, que Paul St-Pierre-Plamondon présente sa candidature à la présidence du Parti Québécois, je vous invite à partager ce texte.

Macron et la politique québécoise

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J’ai fait référence il y a quelques jours au texte d’Alec Castonguay sur la fin des partis politiques. Il continue de me trotter dans la tête. Et il me semble prendre une importance renouvelée au regard des résultats du premier tour de l’élection présidentielle française.

La victoire spectaculaire d’Emmanuel Macron, à la tête d’un mouvement inexistant il y a à peine plus d’un an nous force à réfléchir. C’est en rejetant les familles politiques qui ont monopolisé la politique française que Macron a réussi à s’imposer… et à être le plus efficace pour bloquer la montée de l’extrême-droite (du moins jusqu’à présent). Qu’on apprécie ou pas Macron, il faut constater le succès de sa démarche iconoclaste (qu’elle soit réelle, ou simplement perçue comme telle).

Est-ce que cela valide l’hypothèse de la fin des partis politiques, comme je l’ai lu à quelques endroits plus tôt aujourd’hui? J’ai de gros doutes. Mais je pense que les partis politiques ont néanmoins intérêt à tirer rapidement des leçons de cette journée qui aura vu s’écrouler en même temps les véhicules historiques de la gauche et de la droite.

Partout en occident les exemples se multiplient à l’effet que les citoyens sont tannés d’être pris en otage de duels partisans dont ils se sentent exclus. Avec pour effet que les résultats des élections deviennent de plus en plus imprévisibles. Et je pense que c’est tant mieux. On aura d’ailleurs probablement besoin de quelque chose de ce type ici aussi pour ouvrir enfin un nouveau cycle.

Partout, les rapports de force politiques semblent être en train de se redéfinir en dehors des paramètres traditionnels: de l’axe démocrates-républicains, de l’axe gauche-droite et, plus près de nous, de l’axe souveraineté-fédéralisme. Non pas parce que ces points de repère sont désuets, ou même moins importants, mais parce que les gens revendiquent de nouvelles trajectoires pour sortir de l’impasse et cela suppose qu’ils adoptent un regard différent sur les enjeux les plus urgents (quitte à en délaisser temporairement quelques autres).

Qu’est-ce que le Parti Québécois devrait retenir de ça?

Probablement que ce n’est pas seulement en resserrant quelques boulons et en posant quelques gestes stratégiques ponctuels qu’il sera possible de gagner la prochaine élection. Ni même en adoptant un nouveau programme — à moins qu’il comporte des de changements importants qui seront aisément perceptibles par la population. Du nouveau à la marge ou des nuances ne suffiront pas à faire bouger les lignes.

Il va falloir se retrousser les manches et oser des changements peut-être encore plus rapides et plus profonds que ceux qu’on a évoqués jusqu’à présent. Il va falloir identifier quelques sujets particulièrement déterminants (mes suggestions) et, exercer un leadership fort et innovateur à leur sujet — en évitant de se laisser distraire par la joute parlementaire (à laquelle les gens ne croient plus) ainsi que les pièges médiatiques qui l’accompagnent.

La convergence avec Québec Solidaire peut bien sûr être un élément transformateur important de l’espace politique, mais on ne pourra certainement pas non plus se limiter à ça, ni même conditionner trop fortement notre plan d’action aux décisions des militants d’un autre parti politique.

De mon point de vue, à partir de maintenant la question clé qui devrait nous occuper est  la suivante:

Est-ce que le Parti Québécois offre  actuellement une perspective de changement en profondeur de l’espace politique à partir de 2018?

Si oui, de quelle façon, très concrètement?  Et comment nous assurer que ce changement soit clair pour tout le monde? 

Si non, que doit-on faire pour que ce soit le cas, rapidement? Parce que le temps presse…

À défaut de pouvoir répondre clairement à cette question, je crains que l’élection de 2018 ressemble beaucoup à celle de 2014 —  alors que je rejette cette idée de toutes mes forces.

J’espère que le rapport final de Paul Saint-Pierre-Plamondon pourra alimenter la réflexion en ce sens…

…et que ceux et celles qui croient aussi qu’il faut accélérer le pas dans cette direction se manifesteront dans les prochaines semaines.

PhotoOeuvre de Hans Tan, vue au Cooper-Hewitt Museum, en mai 2016.

L’heure des priorités

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Je l’ai évoqué dans le compte rendu du rendez-vous sandwich… j’ai trouvé la semaine difficile pour le moral politique.

Surtout parce que j’ai l’impression qu’on s’enlise trop souvent dans des débats très secondaires par rapport aux enjeux qui m’apparaissent les plus déterminants pour l’avenir de notre société.

La prochaine élection arrive à grands pas… et je commence à avoir peur qu’on n’ait pas le temps de poser clairement les enjeux qui devraient être au cœur de ce rendez-vous important de notre vie démocratique. Parce qu’on se laisse distraire par l’actualité, par la joute parlementaire et par des stratégies qui sont trop souvent motivées par des intérêts strictement partisans.

Je pense qu’il va falloir trouver le moyen de rehausser rapidement le niveau et le rythme du débat politique de plusieurs crans. Notamment en clarifiant ce qui nous apparaît essentiel à ce moment clé de l’histoire de notre société.

Je pense que tous les partis politiques devraient faire l’exercice de clarifier publiquement les deux ou trois idées phares qui sont au cœur de leurs propositions et qui guident leurs actions. Pas dix choses! Trois, quatre, peut-être cinq. Pas plus! Et pas une énumération de mesures même ambitieuses: de véritables priorités, autour desquelles tout le reste devrait prendre forme.

Alors, question de donner l’exemple et de favoriser un échange dans les prochains jours, je me lance en proposant ce qui me semble constituer les trois priorités absolues aujourd’hui pour le Québec. Ce sont des priorités que je souhaiterais évidemment voir portées avec plus de clarté et de vigueur par le parti dans lequel je milite.

La réforme du système électoral: c’est à mon avis l’engagement le plus essentiel qu’on doit prendre aujourd’hui. Parce que le système actuel ne permet plus de rendre compte adéquatement de la réalité démocratique et que cela corrompt l’ensemble des débats sociaux.

Le système électoral uninominal à un tour ne fonctionne bien que dans un contexte de bipartisme… ce qui n’est pas le cas au Québec depuis de nombreuses années et qui a bien peu de chance de changer dans un horizon prévisible. Il faut prendre acte, et adapter le système pour qu’il puisse rendre compte de la diversité accrue des opinions dans la population.

Une transformation active et rapide de notre économie en faveur de l’économie circulaireCela qui implique un préjugé favorable aux énergies renouvelables, une décentralisation de nombreux pouvoirs vers les régions et une gestion beaucoup plus équitable de l’aide financière accordée par l’État (2600 prêts, subventions ou investissements de 500 000$, dans autant d’entreprises, seront toujours préférables à une intervention, de 1,3 milliard, dans une seule entreprise, par exemple).

Cela créerait du même coup un contexte beaucoup plus favorable à la prise en compte des enjeux associés à l’automatisation et la robotisation des processus industriels, notamment.

L’éducation, zone prioritaire d’innovation et d’investissement. Il ne s’agit pas seulement de mieux financer le réseau scolaire, il faut aussi le transformer, en profondeur, de manière à tenir compte du contexte qui a beaucoup changé depuis le Rapport Parent, qui lui a donné forme dans les années 1960.

Il faut augmenter les investissements publics dans toutes les formes d’éducation (pas seulement dans le système scolaire!) et le faire sur la base d’un principe essentiel: il faut rendre le système beaucoup plus souple pour s’adapter aux besoins des citoyens, à tous les âges.

Au vingt et unième siècle, une société en santé c’est une société où tout le monde profite de conditions favorables pour apprendre quelque chose tous les jours. C’est cette idée qui devrait guider l’utilisation de l’argent public en éducation.

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Ce sont les trois principes qui sont, pour moi, absolument fondamentaux. Sur tout le reste, je suis prêt à faire beaucoup de compromis. Et même de gros compromis. Parce que je sens l’urgence de sortir de l’impasse démocratique dans laquelle nous sommes embourbés depuis plusieurs années — et dont je redoute de plus en plus les conséquences si on ne s’en sort pas très rapidement.

Et vous, quels sont les éléments auxquels il faudrait consacrer nos énergies de façon prioritaire d’ici l’élection de 2018?

Vingt-quatrième sandwich

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Il faisait très beau hier midi pour le rendez-vous sandwich du vendredi midi. Heureusement! — parce que j’avais trouvé la semaine très difficile pour le moral… on me l’a d’ailleurs gentiment fait remarquer:

«Tu étais particulièrement négatif sur Facebook cette semaine… ce serait mieux de revenir à la recherche de solutions pour favoriser l’engagement.»

J’en conviens. Et les vendredis midi sont aussi pour s’entraider à garder le moral. Parce qu’on a plus besoin de trouver des manières de souffler sur les braises de l’engagement que de mettre en relief les innombrables raisons d’être contrarié, découragé, ou pire de se laisser aller au cynisme. Surtout quand on a l’impression que le nombre de personnes qui sont sur cette pente dans notre entourage est à la hausse.

Alors en mangeant quelques oeufs de Pâques, on s’est dit qu’avec le retour de la belle température, le temps était probablement venu de faire appel à des renforts.

Nous sommes quelques-uns à nous être relayé pour traverser l’hiver sans manquer un seul de nos rendez-vous de réflexion citoyenne. C’est pas mal! Et nous allons continuer! Mais nous avons maintenant besoin d’aide pour alimenter la réflexion et pour identifier des façons d’agir ensemble, de façon positive, sur le climat politique, plutôt que de se contenter d’encaisser l’actualité tous les jours.

Vendredi midi, 30 minutes au soleil devant l’Assemblée nationale, avec un sandwich et un groupe de personnes motivées à chercher ensemble des moyens de se sentir un peu moins désemparé devant l’actualité politique: vous devriez mettre ça à votre agenda.

On a besoin de vous.

L’économie circulaire

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J’ai assisté ce midi à une conférence de Vincent Aurez qui avait pour titre L’économie circulaire, un désir ardent des territoires. L’événement était organisé par le Club économique de Québec, en collaboration avec le Réseau de l’économie circulaire (VRIc).

L’idée de base de l’économie circulaire, c’est que les déchets d’une entreprise devraient systématiquement être vus comme des ressources premières pour d’autres entreprises (contrairement à la perspective de l’économie linéaire, pour laquelle les déchets sont essentiellement des résidus de production dont il faut se débarrasser).

Ainsi guidé par un objectif de zéro déchet, et en regroupant des entreprises qui seront en symbiose sur un même territoire (utilisant tour à tour les déchets les unes des autres pour leurs activités respectives), on peut arriver à créer des conditions particulièrement favorables à leur développement.

Dans une perspective d’économie circulaire, une ville devient une sorte de mine. On y trouve des gisements de matières premières qui sont susceptibles d’être réutilisés, recyclés, transformés — et qui sont souvent beaucoup plus faciles et moins coûteuses à prélever que les ressources naturelles auxquelles elles peuvent se substituer. Le défi est de permettre aux entreprises de s’y approvisionner de façon efficace.

L’économie circulaire est une conception de l’économie qui n’est pas nouvelle. Elle se développe depuis depuis déjà plus quarante ans. Elle répond non seulement à des impératifs écologiques, mais aussi (surtout?) à stimuler la création d’emplois innovateurs qui seront intimement liés à un territoire et à un tissus d’entreprises — et donc plus difficilement délocalisables.

De tous les exemples, très variés, que Vincent Aurez nous a donnés, c’est celui de Bouygues, grand constructeur français du  le domaine immobilier, qui m’a le plus surpris.

L’entreprise a introduit depuis quelques années dans ses contrats des clauses qui prévoient que les matériaux qui sont utilisés dans les immeubles qu’elle construit ne cesseront jamais de lui appartenir… et qu’elle aura donc le droit de les récupérer lorsqu’ils seront éventuellement démolis.

De cette façon, l’entreprise constitue progressivement une banque de matériaux de construction au coeur des plus grandes villes — des matériaux qu’elle peut d’or et déjà valoriser, et dont elle a apparemment déjà commencé à planifier la réutilisation pour de futurs bâtiments, dans un horizon de trente, quarante ou cinquante ans.

«Des clauses de ce type sont discrètement intégrées dans les contrats de constructions et de vente des immeubles depuis quelques années. Les impacts de ces clauses seront majeurs dans l’avenir pour le développement des villes et les relations entre les entreprises de constructions», nous a dit M. Aurez.

Il est aussi important de comprendre que les entreprises n’adhèrent pas à l’économie circulaire seulement en réaction à une soudaine préoccupation écologique. Elles le font le plus souvent au terme d’une analyse approfondie des menaces qui pèsent, à plus ou moins long terme, sur leurs activités, leur plan d’affaires, et leur profitabilité.

L’exemple de Michelin qui commence à intégrer les principes de l’économie circulaire à ses activités parce qu’elle constate qu’elle vendra forcément de moins en moins de pneus dans le futur était intéressant.

L’exemple d’IKEA, qui prévoit expérimenter bientôt à Nice un nouveau modèle de magasins situé directement dans le centre-ville était aussi très inspirant. Le détaillant prévoit y associer un ensemble d’entreprises spécialisées dans la récupération, le recyclage ou la transformation des matériaux issus de ses produits.

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Je m’arrête ici pour ce soir (j’avais promis un compte rendu à une amie — voilà c’est fait, je peux donc aller dormir) mais je reviendrai certainement bientôt sur le thème de l’économie circulaire parce que c’est une façon d’aborder le développement économique qui m’apparaît particulièrement prometteuse pour le Québec.

Parce qu’elle respecte mieux l’environnement que l’économie linéaire, bien sûr, mais aussi parce qu’elle pourrait nous amener à adopter une stratégie de développement régional beaucoup plus vigoureuse, avec l’importante décentralisation des pouvoirs que cela suppose évidemment (et dont le Québec a besoin depuis très longtemps!).

Susciter l’adhésion

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J’ai lu avec intérêt le texte d’Alec Castonguay sur la fin des partis politiques. J’en retiens particulièrement trois choses — qui s’appliquent d’ailleurs presque aussi bien, je pense, pour obtenir des votes dans une élection que pour recruter des militants.

1. Pour mobiliser, il faut être inspirant

«Les formations politiques ne doivent pas oublier un ingrédient essentiel pour retrouver leur élan: l’inspiration. « Les gens veulent participer à un projet collectif, pas à une structure politique. Mais ils vont adhérer à la structure, au mouvement, si on leur offre quelque chose de différent »»

2. Pour garder mobilisé, il faut accepter les divergences d’opinions

«Les gens s’attendent à ce que tu sois d’accord avec tout ce qui émane du parti. Non merci.»

«Si un parti ne reflète pas parfaitement l’image que la personne veut projeter, elle va s’en éloigner. « Être membre d’un parti, ça vient avec des compromis, mais ça, ce n’est pas à la mode ».»

3. Les discours les plus fervents ne sont pas toujours les plus rassembleurs

«Or, moins tu as de militants, plus ceux qui demeurent sont fervents. Il ne reste que les plus motivés, mais aussi, parfois, les plus radicaux. Il y a un risque de déconnexion avec la population.

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Si je tente de les appliquer à la réalité du Parti Québécois, et aux défis que nous avons à relever dans les prochaines semaines et les prochains mois, je me dis que:

1. On devrait passer moins de temps à réagir aux actions (et aux inactions) du gouvernement et beaucoup plus de temps à expliquer nos idées, nos propositions.

Il faut qu’on explique plus et mieux ce qui se mettra en place une fois qu’on formera le prochain gouvernement. Il faut que ce soit inspirant, donc audacieux, ambitieux, et concret. Il faut que ça donne envie au monde de se retrousser les manches et nous aider pour que ça arrive. Il faut que ce soit positif.

Il faut que ce soit clair qu’on est un parti POUR quelque chose, pas juste un parti CONTRE ce que le gouvernement fait — parce que même en étant les meilleurs pour s’opposer, ça ne sera jamais assez pour gagner.

Je trouve, par exemple, qu’on ne devrait pas trop passer de temps à s’opposer à la commission sur le racisme systémique. De mon point de vue, c’est un piège, on va y perdre notre focus. On devrait plutôt consacrer nos énergies à expliquer ce qu’on va faire, une fois au pouvoir, pour s’assurer que les nouveaux arrivants aient les mêmes droits et les mêmes opportunités que tous les Québécois.

2. Il faut miser davantage sur la diversité d’opinions

Il faut dire haut et fort, le plus souvent, et le plus clairement possible, qu’il est possible de militer au Parti Québécois et d’exprimer des divergences d’opinions.

Il faut que ce soit clair qu’on est pas obligé d’être d’accord avec la totalité du programme, ou avec tout ce le chef dit pour faire équipe — du moment qu’on sait qu’on partage une vision d’ensemble et les grandes lignes du plan d’action (et qu’on exprime nos divergences d’opinion de façon constructive).

Plus les figures auxquelles les gens pourront s’associer au sein du Parti Québécois seront fortes et diversifiées, plus il sera facile d’attirer de nouvelles personnes à se joindre à notre mouvement — et à voter pour nous en 2018.

3. Il faut tendre plus souvent le micro à ceux qui ne le prennent pas spontanément

Le micro au sens propre, dans nos assemblées, mais aussi sur les réseaux sociaux, dans nos consultations. Il faut réhabiliter les positions nuancées. Ne pas céder à la tentation de la politique de la division (wedge politic).

Vaut mieux consacrer nos énergies à porter des positions nuancées, avec courage, force et pédagogie, que de les consacrer à gérer les débordements de débats qui déraperont inévitablement et pour lesquels nous ne serons guère plus que de la chaire à média.

Ça m’apparaît d’autant plus important qu’il est de plus en plus évident qu’il n’y aura pas de victoire décisive possible en 2018 sans une certaine forme de collaboration entre les trois partis d’opposition (ou, à tout le moins, une efficace complicité entre eux).

Dans ce contexte, il me semble préférable de miser dès maintenant sur les terrains d’entente potentiels que sur les zones de désaccords les plus vifs.

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Être inspirants,
Proposer plutôt que réagir,
Adopter un discours positif,
Accepter les opinions divergentes,
Chercher à rassembler plutôt que diviser.

Je trouve que c’est ça qui devrait être notre obsession, tous les jours, à partir de maintenant, et jusqu’à la prochaine élection.

Le système est cassé

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Ça va bientôt faire six mois qu’on se relaie pour le rendez-vous sandwich du vendredi midi devant l’Assemblée nationale. On est pas mal fier d’avoir réussi à passer à travers la saison froide… et on espère que de nouveaux participants se joindront à nous avec le retour du beau temps.

Parce que s’il y a une chose qui est claire, c’est qu’on n’arrêtera pas. Parce que depuis six mois, les sources de cynisme n’ont pas diminué. Au contraire. Il s’en est ajouté toutes les semaines.

Pire: les démonstrations que le système est cassé se multiplient elles aussi. La frustration qui a été à la source de nos rendez-vous est en train de se transformer en perte de confiance dans nos institutions. C’est grave.

Dernier exemple en lice: l’invraisemblable histoire d’un accusé de meurtre qui est libéré parce que l’État n’est pas arrivé à organiser un procès dans des délais raisonnables. C’est énorme!

Devant pareil raté de l’État, les élus devraient tout mettre en oeuvre pour protéger la confiance des citoyens envers le système de justice. Tout.

Au lieu de ça, le premier ministre a choisi de faire une déclaration-choc:

«[on ne peut pas] retirer volontairement et délibérément des droits aux gens (…) la clause dérogatoire c’est l’équivalent de l’arme nucléaire en matière constitutionnelle»

On est loin de l’empathie. Loin du monde. Loin de la réalité.

Surtout quand on sait que le gouvernement, dirigé par le même premier ministre, n’a pas hésité à reconduire l’utilisation de la clause dérogatoire dans la loi sur les régimes de retraite qu’il a fait adopter en 2014.

La déclaration apparaît encore plus abusive quand on sait que des clauses dérogatoires sont présentes dans 41 lois qui ont été adoptées par l’Assemblée nationale — et dont plus d’une dizaine sont toujours en vigueur. Arme atomique? Sérieusement?

***

Il est de plus en plus urgent que ceux et celles qui nous dirigent — tous les élus de l’Assemblée nationale, de tous les partis — renoncent aux déclarations-chocs et réduisent au minimum les tiraillages inutilement partisans. La priorité est de remettre en ordre les affaires de l’État. Il est urgent de faire le nécessaire pour que les citoyens retrouvent la confiance dans leurs institutions… sans laquelle tout ira forcément de plus en plus mal.

Quand on est même plus capable d’organiser de procès pour les personnes qui sont accusées de meurtres, ça devient indécent de se chicaner pour des peccadilles (ou même pour des sujets d’importance secondaire) dans le seul but de passer devant l’autre aux nouvelles de 22h, ou pour obtenir 1 pourcent de plus dans le prochain sondage.

La population sent bien que l’heure est grave. Ce serait bien qu’on sente que les politiciens le sentent aussi. Et qu’ils agissent en conséquence.

Je garde confiance, par choix.

Je veux croire que le réveil politique aura bientôt lieu et que l’Intérêt commun va finir primer sur les intérêts partisans.

Ça pourrait par exemple commencer par une meilleure coordination / complicité des partis d’opposition, qui ont trop souvent l’air de se battre les uns contre les autres au lieu de travailler ensemble pour forcer le gouvernement à faire mieux.

Je reste malgré tout optimiste. Par choix. Je croise les doigts… et je mange des sandwichs le vendredi midi. Ça aide. Essayez, vous verrez!