L’optimisme, par choix

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S’il y a un passage qui m’a particulièrement marqué dans le remarquable discours que Barack Obama a prononcé hier soir, c’est celui-ci:

«I leave this stage tonight even more optimistic about this country than I was when we started. (…) This generation coming up — unselfish, altruistic, creative, patriotic — I’ve seen you in every corner of the country. You believe in a fair, just, inclusive America; you know that constant change has been America’s hallmark, something not to fear but to embrace, and you are willing to carry this hard work of democracy forward. You’ll soon outnumber any of us, and I believe as a result that the future is in good hands.»

Dans le contexte actuel, je pense qu’on peut dire sans risque de se tromper que l’optimisme dont il témoigne est un choix — beaucoup plus qu’un constat objectif. Obama a choisi d’être optimiste.

Il a choisi de faire dorénavant porter ses espoirs sur la génération suivante, de l’encourager et d’inviter ses concitoyens à faire de même. Il lance dans ce discours un appel pour aider, accompagner, et soutenir la jeunesse dans les prochaines années.

Il nous dit que notre devoir le plus essentiel sera dorénavant de leur ouvrir la voie. Parce que la tâche est colossale et qu’elle demandera du temps et des façons de voir radicalement différentes.

Il va falloir pour ça que nous choisissions, nous aussi, l’optimisme. Il va falloir que nous consacrions plus de temps à encourager des initiatives positives qu’à dénoncer ce qui va moins bien ou carrément mal. Partout, et peut-être encore plus sur les réseaux sociaux.

Parce que s’indigner en cliquant sur le l’émoji «en colère», ou en cliquant simplement sur «partager», ça ne fait pas beaucoup avancer les choses. Ça contribue même, au contraire, à alimenter une ambiance de plus en plus déprimante.

Pour cette raison, je pense que chaque fois que nous aurons le réflexe de partager une réaction sur une décision absurde de Donald Trump ou au sujet de son plus récent tweet excessif, nous devrions plutôt partager un lien vers un texte qui témoigne d’une initiative positive pour la société. 

De cette façon, nous contribuerons à faire mieux connaître des projets qui (re)donnent espoir dans l’avenir et nous encouragerons, concrètement, celles et ceux qui travaillent à les rendre possibles, le plus souvent dans l’ombre. C’est important, parce que l’activisme sur les réseaux sociaux c’est bien, mais c’est insuffisant pour faire réellement changer les choses.

Je pense que c’est en replaçant tout ce qui est source de cynisme par autant de sources d’espoir que notre lutte contre la bêtise a le plus de chance d’être efficace.

 

 

Véhicule autonome: le Québec a déjà un avantage

J’ai publié hier un texte dans lequel je déplorais notre attitude, comme société, devant l’innovation technologique. Je l’ai fait à partir de l’exemple de l’arrivée des voitures autonomes. Et voilà que je découvre que le Québec aurait déjà une longueur d’avance au plan juridique! — une avance imprévue qui ne demanderait qu’à être exploitée.

En effet, en réaction à mon texte, Pascal Girard m’a formulé le commentaire suivant sur Facebook:

«…la plus importante et la plus épineuse des questions touchant les véhicules autonomes est celle de la responsabilité du conducteur: qui commet la faute? Au Québec, je pense qu’on peut dire qu’on a réglé ça il y a presque 40 ans, avec le « no-fault ». D’une certaine manière, nous sommes en avance et les principaux changements législatifs que peinent à mettre en place les autres entités étatiques…»

Quelques recherches plus tard, il a attiré mon attention sur deux articles qui tendent effectivement à confirmer son hypothèse.

Le premier s’intitule Assurer le conducteur, la voiture et l’algorithme et vient du site de Axa, une des plus grandes compagnie d’assurance. On peut y lire:

«Aussi, beaucoup d’assureurs plaident-ils pour l’instauration d’un système dit de « responsabilité sans faute » (« no-fault liability »).»

Le deuxième, vient d’un média belge et on peut y lire les propos du pdg du groupe Belfius Insurance.

«L’arrivée de voitures autonomes ne fera pas davantage disparaître l’assurance automobile, mais celle-ci « changera de nature » et pourrait évoluer vers une assurance « no fault »»

Tout ça a suffisamment piqué ma curiosité pour que je poursuive la recherche de mon côté pendant la soirée. Et j’ai trouvé un document absolument remarquable qui fait un portrait exhaustif de la situation des véhicules autonomes en rapport avec la Loi sur l’assurance automobile du Québec (LAAQ).

Le document s’intitule: S’arrêter à l’intersection de la Loi sur l’assurance automobile du Québec et de la voiture autonome (format .doc). Il n’est pas signé, mais les propriétés du fichier, me portent à croire qu’il est le fruit du travail d’Alexis Hudon (je tenterai de lui faire confirmer). Le document n’est pas daté non plus, mais quelques indices me font croire qu’il a été rédigé au début de l’année 2016 dans le cadre d’une activité de l’Université McGill.

En voici quelques extraits:

«L’engouement des fabricants pour la VA se comprend par la radicalité des bénéfices qu’on en attend aux plans social, économique et environnemental. (…) [Pour toutes ces raisons, il faudrait] aborder l’analyse de l’interaction entre la VA et le droit positif avec un préjugé favorable à son introduction. (…)»

«L’enjeu de la responsabilité extracontractuelle rend l’arrivée des voitures autonomes (VA) aux États-Unis problématique. Le régime québécois, dans sa forme actuelle, évite ces problèmes… (…)»

Pour la victime, l’arrivée des VA ne change pas grand-chose au fonctionnement de la LAAQ. (…) Il serait juste que le fabricant soit considéré être le conducteur de la VA. Le fabricant et le propriétaire seraient alors solidairement responsables (…) Pour le fabricant, le régime de la LAAQ est légèrement bénéfique. (…)»

«Le régime de la LAAQ rencontre toutefois deux obstacles mineurs dans le contexte de la VA (: l’immunité du fabricant s’il constitue une personne qui réside au Québec et l’identité du conducteur (…) Un amendement à la LAAQ répondrait à ces deux problèmes… (…)»

«Le régime québécois a longtemps fait office de modèle en matière de no-fault . Peu de régimes vont aussi loin. (…)»

«Conclusion: Le régime de responsabilité mis en place par la LAAQ en 1977 répond à la plupart des problèmes posés par les VA.»

Ces quarante pages d’analyse, manifestement très bien documentée, confirment donc que le Québec peut représenter un espace juridiquement attrayant pour les fabricants de véhicules autonomes — sous réserve d’amendements mineurs à la loi de l’assurance automobile. On serait fou de ne pas en profiter… pendant que la très grande majorité des autres gouvernements se casseront la tête pour adapter leur réglementation de façon beaucoup plus importante!

J’y vois une raison de plus pour construire rapidement sur cet avantage en mettant en place rapidement certains des autres avantages que j’évoquais hier — pour prendre de l’avance…

Parce qu’il restera évidemment ensuite de nombreuses autres questions à régler autour des véhicules autonomes, comme le souligne Alexis Hudon dans la conclusion de son document:

«La question de la responsabilité et de l’indemnisation des victimes est loin d’être le seul obstacle juridique qui se dresse sur la route de la VA. De nombreuses questions se posent. Quels standards utiliser pour garantir leur fiabilité et leur sécurité? Quels pouvoirs donner à la police sur ces véhicules ? Puisqu’ils devront être connectés à internet, dans quelle mesure et de quelle façon la vie privée de leurs utilisateurs devrait être protégée? Comment prévenir leur piratage? Comment empêcher leur utilisation à des fins criminelles ou terroristes, pour livrer de la drogue ou porter une charge explosive, par exemple ? Ultimement, tous ces enjeux devront être considérés ensemble afin de déterminer comment encadrer cette innovation pour en minimiser les risques et en maximiser les bénéfices.»

C’est un très beau défi… pour lequel j’aimerais vraiment que le Québec soit aux premières loges.

Mise à jour du 11 janvier 2017: message reçu de Alexis Hudon sur LinkedIn:

Bonjour Clément,

Merci pour le message.

C’est bien moi qui en suis l’auteur. Le texte a été rédigé dans le cadre d’un cours de recherche de 3 crédits sous la supervision de la professeure Lara Khoury, à l’automne 2015, dans le cadre du bac en droit à McGill. J’ai le sentiment d’avoir bien fait la recherche – et j’en ai tiré un bon résultat! -, mais le texte n’ayant pas été publié, les sources n’ont pas été contre-vérifiées. C’est un écueil à garder en tête.

Par ailleurs, j’abonde dans le sens de votre analyse. À ce stade, il va donc de soi que les premières exceptions législatives ont lieu là où sont installés les manufacturiers / ceux qui développent la technologie. Au Canada, c’est l’Ontario. On approche rapidement de la commercialisation de masse de cette technologie et c’est alors que le Québec a, selon moi, un avantage important.

C’est également une cause qui me tient à coeur! N’hésitez pas à me contacter si vous voulez approfondir la question ou discuter de moyens pour faire avancer cet enjeu au Québec.

Bien à vous,

Alexis

 

 

Voiture autonome: une opportunité pour le Québec (si…)

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Je m’intéresse de plus en plus aux enjeux associés au développement des voitures autonomes. Enjeux technologiques, bien sûr, enjeux éthiques, aussi — et en particulier à tous les impacts sur l’aménagement des milieux de vie.
L’article que Florence Sara G. Ferraris signe à ce sujet dans Le Devoir d’aujourd’hui est intéressant à plusieurs égards.

Intitulé Une révolution qui pourrait sauver des vies, le texte adopte un ton positif sur la voiture autonome:

«Dans cette logique, retirer l’être humain de derrière le volant pour le remplacer par une technologie de pointe pourrait faire chuter drastiquement le nombre d’accidents répertoriés.»

«…une commercialisation massive des véhicules autonomes pourrait, à terme, faire économiser très gros aux gouvernements du monde entier.»

«Surtout, note-t-il, le programme se perfectionne à mesure qu’on l’utilise. Plus encore, parce qu’il est connecté par Internet aux autres Tesla qui circulent dans le monde, il bénéficie des expériences de conduite des autres.»

C’est toutefois la conclusion du texte qui m’interpelle le plus, parce qu’elle témoigne d’une façon d’aborder les changements technologiques qui est beaucoup trop répandue au Québec: observer, attendre et s’adapter quand il ne sera plus possible de faire autrement.

«Au Québec, des changements majeurs devront encore être apportés au Code de la sécurité routière et à la Loi sur l’assurance automobile avant que des véhicules autonomes puissent circuler sur nos routes. Interrogée sur la question, la Société de l’assurance automobile du Québec (SAAQ) précise toutefois qu’aucun changement n’est prévu dans un avenir rapproché. « Nous sommes vigilants, assure le porte-parole de la SAAQ Mario Vaillancourt, mais rien ne nous indique, pour le moment, que des modifications, seront, ou devront, être apportées rapidement. »»

Il faut rapidement changer cet état d’esprit: être vigilant, ça veut aussi dire de porter attention aux opportunités qui accompagnent le développement d’une nouvelle technologie. On doit apprendre à voir l’évolution des technologies d’abord et avant tout comme des opportunités; plus que comme des menaces.

Dans le cas des véhicules autonomes, par exemple, il me semble qu’on devrait faire du Québec un lieu privilégié d’expérimentation. On devrait accueillir à bras ouverts les fabricants — pour qui l’hiver représente un défi évident. Un défi qu’il faudra bien qu’ils relèvent si nous souhaitons pouvoir, nous aussi, profiter pleinement des véhicules autonomes.

On pourrait évidemment mettre en place des incitatifs financiers, comme on l’a fait avec plusieurs autres industries dans le passé. Mais on pourrait surtout créer un environnement politique, législatif et réglementaire particulièrement favorable.

  • On pourrait donner accès aux voies réservées aux véhicules autonomes;
  • On pourrait annoncer notre intention de rendre les moyens de transports collectifs autonomes sur une période de dix ou quinze ans;
  • On pourrait équiper le mobilier urbain de tous les équipements utiles pour que les véhicules se coordonnent plus efficacement entre eux — et avec la réalité urbaine;
  • On pourrait s’engager à ce que toute nouvelle infrastructure routière soit spécialement conçue de manière à favoriser le passage des véhicules autonomes;
  • On pourrait rassembler des conditions particulièrement attirantes pour les entrepreneurs de cette nouvelle ruée vers l’or;
  • etc.

Il faut que le Québec fasse rapidement la démonstration qu’il est non seulement ouvert aux véhicules autonomes, mais qu’il est intéressé à jouer un rôle de premier plan dans leur développement — en particulier pour ce qui concerne les conditions hivernales.

Il faut évidemment aussi, en parallèle, trouver des moyens pour que l’automatisation n’ait pas pour effet d’ajouter encore des véhicules sur les routes.

Il faudra être ingénieux pour explorer les possibilités de partage des véhicules autonomes, de manière à optimiser l’utilisation des automobiles — qui restent très polluantes (même quand elles sont électriques) et très coûteuses. C’est d’ailleurs la principale source d’appauvrissement de la population en Amérique du Nord, comme nous le rappelle fréquemment, avec raison, Alexandre Taillefer.

C’est un des défis importants auquel nous aurons à faire face dans les prochaines années

Si on ne joue pas un rôle actif dans le processus d’innovation, il ne faudra pas se surprendre que les technologies soient ultimement conçues en fonction des réalités et des intérêts des autres…

Je pense qu’on peut faire mieux. Qu’on doit faire mieux.

En complément: un texte précédent, en écho à une entrevue avec Michel Dallaire, dans laquelle il est abondamment question de voiture autonome: Ville, technologie, démocratie.

Si j’étais ministre de l’Éducation

J’ai retrouvé, grâce à Mario, le texte d’une présentation que j’ai faite il y a plus de dix ans sous le thème «si j’étais ministre de l’Éducation…». Je le racontais hier, en complément à ce court texte que j’avais écrit sur mon blogue en 2004 . L’exercice avait pour but d’alimenter la réflexion des membres des différentes commissions du Conseil Supérieur de l’Éducation.

Le texte fait 10 pages (en version pdf) et il est complété par une fausse page couverture de La Presse — qui m’a bien fait rire (voir la fin du document).

Je reprends ci-dessous quelques extraits du document qui me parlent encore particulièrement, pour toutes sortes de raisons, presque treize ans plus tard.

Je reprends aussi des extraits de quelques commentaires qui m’avaient été formulés à l’époque et que je trouve encore très justes aujourd’hui (peut-être même plus importants encore).

Je dois dire que je ressors de cette relecture un peu perplexe, parce que je suis incertain des avancées réelles du système scolaire depuis 2004 — au regard des enjeux que je soulevais dans ce texte, du moins.

D’un côté je me dis qu’il faut absolument réinvestir dans l’école (en faire une priorité, consacrer des efforts, de l’argent, choisir la beauté), et d’un autre côté je me dis que tout cela est vraiment très lourd, et qu’on n’arrivera pas à accorder à l’éducation toute la place qui lui revient dans la société si on mise tout sur l’école (amusant, d’ailleurs, que Mario publie, aujourd’hui même, un texte dans lequel il interpelle directement le ministre actuel).

Tout ça me donne vraiment envie de replonger aussi dans tout ce qui entoure le concept de cité éducative. Je me dis que j’ai peut-être laissé ça en plan un peu trop longtemps.

***

EXTRAITS DU TEXTE

Au sujet de l’éducation, de la politique, du sens…

…parmi tous les sujets qui m’intéressent, ce qui me préoccupe le plus actuellement, «dans tous les ordres d’enseignement, c’est le moral des troupes. (…)»

«…ce qui m’inquiète c’est de voir que plusieurs de ces personnes sont fatiguées ou démotivées. Si c’est parfois la lourdeur et la rigidité du système scolaire qui les accablent, je pense que ce qui a l’effet le plus néfaste sur leur « goût de l’école » c’est la perte de sens. (…)»

«…le système scolaire subit indûment les influences des grandes entreprises, de puissants lobbys et du monde politique et qu’ils en sont réduits à préparer les enfants pour un monde qui se définit hors de l’école et de leur contrôle (…)»

«… on a [parfois] l’impression que l’école est à la remorque de la société, on se laisse tirer, sans grande motivation. (…)»

«Le milieu éducatif est (…) très exigeant pour ses acteurs, et cela ne risque pas d’aller en diminuant, comme me l’a déjà rappelé amicalement hier le ministre des Finances (…) [c’est] d’abord et avant tout sur la motivation des gens qu’il faut miser pour aider les principaux acteurs de l’école à développer ou à retrouver le goût de s’engager, le goût du changement et un intérêt pour l’innovation. (…)»

«…il est urgent de redonner un sens aux gestes pédagogiques. (…)»

«Ça nous amène à reconsidérer la dimension politique de l’éducation. Parce que même si c’est un peu tabou, il n’y a pas d’éducation, sans projet politique. Tous les grands pédagogues l’ont bien montré: on enseigne avec des valeurs, avec des projets, à partir d’une conception de l’être humain et des rapports sociaux. (…)»

«Les profs n’ont pas à accepter le monde tel qu’il est, ils peuvent contribuer, modestement, à le changer.»

«[Je fais l’hypothèse que] une école dont le vécu quotidien, les pratiques pédagogiques et les choix administratifs sont cohérents avec des valeurs affirmées et partagées par ses principaux acteurs est un endroit où on a « le goût de l’école » parce qu’on sait que ce qu’on y fait est important, pour soi, pour la communauté et pour la société dans son ensemble.»

«Je vous demande un avis très vivant (…) Un avis qui emprunterait à la fois au Rapport Parent, au magnifique Être et avoir, de Nicolas Philibert, et à Comme un roman, de Daniel Pennac. (…)»

Au sujet des technologies à l’école:

«La logique qui préside au développement des logiciels libres est assez simple: vous pouvez utiliser le fruit de mon travail si vous rendez le fruit du vôtre accessible aux autres aux mêmes conditions. (…)»

«[Ils sont à l’origine] de ce qu’on appelle aujourd’hui la « culture de réseau » (…) c’est une culture qui est en train de bouleverser le monde, de l’industrie musicale (…) au processus démocratique, en passant par les rapports entre l’école et son milieu (d’où le projet de faire de Québec une cité éducative) et jusqu’à la manière dont est produit le matériel didactique dont se serve les enseignants. (…)»

«La question est de savoir si on souhaite investir dans une infrastructure qui permet au système scolaire québécois de se bâtir une expertise pour être en mesure d’adapter des logiciels libres à ses besoins ou de maintenir les écoles dans un état de vulnérabilité où quelques entreprises privées (…)»

«Une fois dans le domaine des valeurs et de l’éthique (et de la pédagogie!), ce genre de question trouve réponse rapidement et suscite le consensus de la majorité des enseignants. Mais encore faut-il poser la question de la bonne manière (…)»

En référence aux risques que de manipulation système électoral des États-Unis devant l’évolution des technologies (un écho particulièrement douloureux à 12 jours de l’investiture de Donald Trump):

«Si on souhaite que la population du Québec soit moins dupe que la population américaine sur ce genre de sujet, nous avons intérêt à remettre à l’ordre du jour la dimension politique de l’éducation… et nous assurer que les enseignants et les élèves comprennent les dimensions morales de ce genre de questions. C’est la démocratie qui en dépend.»

 

EXTRAIT DES COMMENTAIRES REÇUS

De Mario Asselin:

«Vous allez me permettre de vous suggérer une reformulation plus en lien avec le petit côté subversif que je vous connais; il en est encore temps, M. le ministre (…) [il faut organiser le travail en fonction (…) des besoins des élèves dans le système scolaire (…) [plutôt que] des droits et prérogatives des travailleurs. (…)

«Je sais que je n’occupe pas votre fonction et, que de ce fait, je n’ai pas à être politiquement correct, mais si vous m’écoutiez, vous iriez jusqu’à demander de dire s’il est pensable et souhaitable d’imposer dans nos écoles des valeurs comme le respect et l’amour du vrai du beau et du bien?»

De René Audet:

«…il ne me paraît pas utile, voire pertinent de remonter aussi haut (le Conseil supérieur de l’éducation) pour traiter des moyens à mettre en place pour « reconnecter les principaux acteurs de monde scolaire avec les valeurs et les finalités de l’école » (c’est communautairement qu’il faut agir, à hauteur humaine, et non à coups d’avis et de discours pleins de bonne volonté).»

De François Guité:

«…il ne faut pas se contenter que de la finalité de la politique ministérielle. Il faut aussi garder en tête la finalité du développement humain, laquelle doit toujours avoir préséance sur la première. Je fais bien sûr aux grandes dimensions de l’être humain : cognitif, affectif, social, physique et spirituel. Dans l’ensemble de ton propos, on sent une préoccupation pour le développement harmonieux de toutes ces dimensions, sauf un : la santé physique. Et pourtant, les besoins sont criants. (…)

«…je regrette [par ailleurs] que tu n’aies pas manifesté une intention de décentraliser l’organisation scolaire. Pourtant, n’es-tu pas l’ardent défenseur des communautés en tant que creuset d’apprentissage ? Bien sûr que oui. Alors, pourquoi ce silence?»

L’architecture des écoles

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Le premier texte que j’ai lu en me levant ce matin m’a fait du bien. C’était l’éditorial de François Cardinal dans La Presse+: Pourquoi pas du beau pour nos enfants? Un texte positif, qui propose quelque chose de concret pour changer radicalement notre rapport avec l’école. Enfin.

L’idée centrale de François Cardinal: « Comme les bibliothèques, les écoles mériteraient d’être construites à l’issue de concours d’architecture. »

Je suis d’accord! Et je pense qu’il suffit pour s’en convaincre de voir comment les nouvelles bibliothèques suscitent l’enthousiasme, partout au Québec, à quel point elles sont instantanément adoptées par la population et deviennent, presque à coup sûr, un immeuble emblématique des communautés qu’elles desservent.

Ça apparaît de plus en plus comme une évidence: ce qui a de l’importance pour la société doit être beau. Les écoles doivent être belles.

***

Question d’approfondir un peu le sujet, je suis retourné dans le livre Demain — que j’ai acheté après avoir adoré le film. Je me souvenais qu’on y faisait référence à une école finlandaise à l’architecture particulièrement réussie. Il s’agit de l’école de Kirkkojärvi.

J’ai fait quelques recherches sur le Web pour en savoir plus, j’ai trouvé ça, ça et ça (vidéo). J’ai aussi trouvé de l’information au sujet de l’école Saunalahti, une autre bâtiment conçu par le même cabinet d’architecture. Deux écoles construites dans des climats semblables au nôtre. Ça fait rêver.

J’ai aussi pris le temps de regarder les vingt minutes d’une capsule vidéo produite l’année dernière par La Fabrique culturelle: L’atelier Pierre Thibault | L’école de demain.

J’ai bien ri quand, à 8 minutes 50 secondes, Jean-René Dufort dit que «s’il était ministre de l’Éducation…» l’architecture des écoles serait sa priorité prioritaire.

J’ai bien ri, parce que c’est en évoquant cette phrase que j’ai conclu mon texte d’hier… en référence à un exercice que j’avais fait en 2003 — sur lequel je m’apprête à revenir.

Mise à jour / complément: je découvre aussi l’organisme Kumulus, qui a pour mission «de sensibiliser le jeune et le grand public à l’importance du design et de l’architecture pour favoriser le développement et l’apprentissage.» Et je suivrai la publication de cette revue française, dont le numéro de février portera sur l’architecture des écoles.

La revue des blogues

Je pense que plusieurs forces convergent, en ce début 2017, pour que les blogues redeviennent les espaces vigoureux où se publient des textes d’une écriture spontanée et vivante, comme ils l’ont déjà été. Et je m’en réjouis.

J’ai aimé de voir renaître plusieurs blogues au cours des derniers jours (Martin Lessard a même appelé ça le défi Rémolino — voir ci-dessous!). Mais ce que j’ai vraiment apprécié le plus, c’est de voir des liens se faire d’un texte à l’autre, d’un blogue à l’autre. Parce que c’est surtout ça, pour moi, l’esprit des blogues: croiser nos réflexions, simplement, au quotidien, sans prétention, parce que c’est enrichissant… et que c’est l’fun.

Et comme on le faisait dans l’bon vieux temps, voici une sélection de quelques-uns des textes de blogues qui ont particulièrement retenu mon attention au cours de la semaine. Sans ordre particulier.

Des bilans et des résolutions. | Carl-Frédéric De Celles

«Le goût d’éliminer certains stress également, en s’organisant différemment. Etre un peu extrême dans certains choix même. Et toujours ce goût de partager plus de choses. Je ne vous fait pas de promesse d’écrire plus, mais j’ai trois billets en attente déjà pour cette semaine. Ne me reste qu’à les relire et les publier.»

NOTE: Les trois textes ont été publiés: ici, , et .

Quoi de neuf chez-vous? | Marie-José Reid

«Bon. Maintenant que Clément l’a annoncé et que plusieurs blogues ont été réanimés (coucou CFD et Martine!), il me faudra bien revenir à une discipline d’écriture. Ce qui pourrait s’avérer plus facile à dire (ou plutôt à écrire!) qu’à faire… (…) Bref, on parle de quoi, en 2017, quand on veut bloguer?»

Notes de chantiers | Martin Lessard

«2017. Je vais prendre au bond le «défi Rémolino» (…) — 2016, c’est l’année où j’ai eu plus de billets qui sont restés en brouillon, plutôt que d’être publiés. Ma résolution, dans mon cas, est de me réserver quelques minutes par semaine pour publier des billets, certes plus courts, beaucoup plus courts, mais qui verront au moins le jour.»

2016 –> 2017 | Ana-Laura Baz

«2017 sera l’année des blogues. C’est Clément qui le dit. Et il a déjà réussi à convaincre plusieurs personnes que c’est vrai. Alors voilà, j’aurai au moins un billet pour 2017!»

L’école du futur, ça part de 2007 | Mario Asselin

«2017 apporte déjà une bonne nouvelle (…) En quelques jours seulement, j’ai pu lire les billets de quelques vieux routiers du blogue qui profitent de ce début d’année pour se remettre avec entrain à la pratique carnetière. (…) Imitant Clément, je suis donc retourné dans mes archives de janvier 2007 pour y découvrir des choses fascinantes.»

Idée #94 | Alex Lauzon

«Bon. En 2017, la tendance semble être de publier du contenu intelligent comme nos téléphones et des sujets qui engagent la conversation. (…) Dernier jour de congé avant la dernière fin de semaine avant le retour dans la tanière de renards. Aussi bien en profiter pour publier une idée. Celle-ci me semble géniale et tellement porteuse: la gratuité de tous les transport en commun du grand métropolitain.»

Ralentir en 2017? | Martine Rioux

«Déjà, en 2016, j’ai recommencé à écrire plus souvent pour moi, à mettre mes idées en place sur différents sujets et à les publier sur mon blogue. Ça fait du bien! Je pense que ça me manquait. Le retour des blogues, hein, Clément?»

Lire | Maxime Tremblay

«Avez-vous souvenir du livre qui a déclenché chez vous la passion de la lecture? Moi, je me souviens de « Papillon » d’Henri Charrière qui a certainement été une révélation (et que j’ai probablement lu trop jeune). Une première histoire pour adulte, qui était présenté comme une « histoire vraie », avec un volet exotique, de l’aventure, de la souffrance, de l’injustice, écrit d’une façon magistrale par ce formidable raconteur. Je me souviens aussi de découvrir Pagnol, des Piliers de la terre de Follett, de la folie de Folco… et d’avoir enfilé les 4 premiers tomes d’Harry Potter en 10 jours.»

***

Le premier texte que j’ai publié sur sur mon blogue en 2017, se concluait ainsi:

«J’aimerais aussi de rebâtir quelques dialogues avec d’autres blogueurs, en s’interpellant d’un texte à l’autre, comme on le faisait si bien avant l’arrivée de Facebook.»

Je suis enchanté de constater qu’une semaine plus tard, ce voeu semble en bonne voie d’être exaucé.

Les blogues comme des bouteilles à la mer

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Ce matin, Jean Provencher reprend sur son blogue un texte publié sur le site de Radio-Canada. On y apprend qu’une bouteille lancée à la mer à Terre-Neuve, il y a douze ans, vient d’être retrouvée en Irlande.

L’historien raconte à cette occasion qu’il a lui-même lancé plus de 400 bouteilles à la mer, dans le Saint-Laurent, de 1974 à 1976. Quelques-unes ont déjà été retrouvées, mais aucune de l’autre côté de l’océan. Saint-Pierre-et-Miquelon, c’était quand même bien parti.

Tout ça m’a fait penser qu’écrire un texte sur un blogue c’est aussi un peu jeter une bouteille à la mer. On dépose le texte dans le Web, on signale son existence dans les réseaux sociaux, on le voit flotter quelques jours… avant qu’il ne soit inévitablement submergé par l’invraisemblable quantité d’autres textes, statuts, gazouillis qui se déversent chaque jour sur la plage.

Puis, au moment où on s’y attend le moins, un de ces textes refait parfois surface. Parce que quelqu’un est retombé dessus au hasard d’une recherche sur Google, par exemple.

Parce que ce qui est bien avec les archives des blogues, c’est qu’elles restent accessibles longtemps. En comparaison, publier ses idées seulement sur Facebook, c’est comme tirer ses bouteilles à la mer directement sur les rochers. Aussitôt lancée, aussitôt cassée — perdue à jamais. C’est quasiment impossible que quelqu’un retrouve nos idées, encore plus improbable qu’il les remette en circulation quelques années plus tard.

Je m’émerveille toujours quand je constate que des textes publiés il y a plusieurs années sont toujours consultés sur mon blogue. Ils ne sont plus consultés que quelques fois par années, certes, mais ils plusieurs textes continuent à faire leur chemin: ils flottent. Un commentaire vient parfois même s’ajouter à un texte publié il y a plus de dix ans. C’est, chaque fois, un très grand plaisir — un petit voyage dans le temps.

À d’autres moment, c’est le blogueur lui-même qui retrouve une de ses propres bouteille. En explorant les archives de son propre blogue. Ça m’est arrivé quelques fois dans les dernières semaines — et de façon particulièrement spectaculaire au cours des deux derniers jours.

Joé Bussière, président de Libéo, venait de publier un court texte sur Facebook au sujet de cet article de Wired, dans lequel l’auteur fait l’hypothèse que Mark Zuckerberg, président de Facebook, se préparait à être candidat à l’élection présidentielle aux États-Unis en 2021.

Au cours des échanges qui ont suivi, je me suis fait la réflexion qu’il serait intéressant que Zuck publie un texte dans lequel il expliquerait ce qu’il ferait comme président — et particulièrement quelles sont les motivations l’amèneraient à faire un saut pareil.

Ça m’a ramené à l’esprit que j’avais eu à faire un exercice semblable il y a longtemps, à l’invitation du Conseil supérieur de l’éducation. Une présentation d’une trentaine de minutes sur le thème «Si j’étais ministre de l’Éducation…», si je me souvenais bien.

Recherche dans mes archives: je trouve bel et bien une référence à l’exercice. C’était le 30 mai 2004. Sauf que le lien qui devait me permettre de télécharger la version pdf du texte mon allocution ne fonctionne plus, à ma grande déception. Mais, heureusement, ce lien brisé me permettait tout de même de savoir le nom que portait le fichier à cette époque.

J’ai pris une chance en demandant à deux amis s’il était possible qu’ils aient encore un fichier portant ce nom sur le disque dur de leur ordinateur. Et, miracle!, Mario Asselin avait encore une copie du fichier… 13 ans plus tard. Merci Mario!

J’ai donc pu récupérer la bouteille, retirer le bouchon de liège, extraire le rouleau de texte avec précaution, détacher la petite ficelle, et me relire. Et, franchement, j’ai trouvé que ce n’était pas mal!

Ce sera le sujet d’un prochain texte.


Je fais un clin d’oeil, en terminant, au texte que j’ai publié ici le 28 décembre — et dont l’illustration était, justement… a message in a bottle!

Photo: montage à partir d’une oeuvre de Jackie Bassett.

Déjà le dixième sandwich!

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Depuis dix semaines, nous sommes quelques-uns à nous rendre manger un sandwich devant l’Assemblée nationale, le vendredi midi, entre 12h et 12h30.

Pourquoi nous faisons ça? Parce qu’on ne pouvait tout simplement plus rester les bras croisés devant la montée du cynisme — parce que nous voulions explorer, ensemble, une nouvelle manière de rompre avec la colère dans laquelle l’actualité politique nous plongeait un peu plus tous les jours.

Pour plusieurs d’entre nous, c’est le scandale de la SIQ et les propos de Monique Jérôme-Forget qui ont été la goutte qui a fait déborder le vase. L’élection de Donald Trump, et tout ce à quoi ça a donné lieu comme commentaires près de nous, a fini de nous convaincre qu’il fallait vraiment faire quelque chose si on voulait commencer 2017 du bon pied.

C’est pour ça que nous nous relayons devant l’Assemblée nationale, chaque semaine, depuis le début du mois de novembre. Pour faire sentir la présence des citoyens devant le lieu le plus emblématique de notre démocratie, bien sûr, mais aussi (surtout) et pour échanger réflexions et des idées afin de rester optimistes… malgré tout! Ce sont des rencontres sans discours ni afffiches — hors de toute forme de partisanerie. C’est simple et convivial. Tout le monde est bienvenu.

Certains midis nous avons été près d’une quinzaine de personnes, d’autres fois seulement trois ou quatre (ce midi, par exemple, nous étions cinq). Au total, une trentaine de personnes ont participé à l’une ou l’autre des rencontres.L’important, ce n’est pas le nombre, c’est la constance: c’est que nous soyons là, quelques-uns, toutes les semaines. Et s’ajoute à cela les participants virtuels qui, pour toutes sortes de raisons, ne peuvent se joindre à nous et qui publient une photo de leur sandwich sur Facebook le vendredi midi.

Cette demi-heure de plein air nous sert donc à jaser un peu de l’actualité de la semaine, à échanger quelques nouvelles et à rire un peu aussi (parce que pour que la résistance soit efficace, il faut qu’elle soit optimiste — et heureuse!). On a créé un groupe Facebook privé qui regroupe les participants et qui nous permet de poursuivre les échanges entre les #sandwichdredi.

C’est comme ça que l’idée de rédiger et de publier éventuellement une lettre commune a progressivement fait son chemin au cours de l’automne. Le projet avance. Nous en sommes à la deuxième version et nous espérons la publier dans les premiers jours de février.

Ce sera notre façon à nous de participer à la rentrée parlementaire.

Note: Pour voir les autres textes en lien avec les rendez-vous sandwich, on peut cliquer ici.

Crédit photo: Étienne Ferron-Forget

 

Idée: Le Devoir en 2017

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Ana m’a suggéré dans les derniers jours de suivre l’exemple de mon cousin, qui a récemment publié sur son blogue des suggestions, simples et concrètes pour améliorer quelque chose (idée 1, idée 2 — d’autres à suivre?).

C’est justement ce que je vais faire ce matin, à la suite de la lecture d’un texte de Serge Truffaut, dans Le Devoir.

Dans ce texte, intitulé Amazon et le jazz, le journaliste décrit l’évolution de la stratégie du super commerçant. Partant de l’étonnante ouverture de magasins avec pignon sur rue (il pourrait y en avoir jusqu’à 250 en Amérique du Nord d’ici cinq ans), il décrit plusieurs effets indirects de cette stratégie — dont le résultat, pour l’amateur de jazz, serait un prix réduit de 6 à 7$ sur plusieurs albums.

Le survol que Serge Truffaut nous présente est très intéressant, mais il m’a parfois laissé sur ma faim — avec l’impression qu’il tourne parfois quelques coins ronds. J’aurais aimé pouvoir approfondir plusieurs aspects en prenant connaissance des articles que le journaliste a pu lire pour préparer son article.

Ce qui m’amène à l’idée, à ma suggestion.

Le Devoir (et les journaux québécois, en général) devraient (enfin!) prendre le tournant du Web, en ajoutant aux articles un lien pointant vers des références complémentaires, notamment celles qui ont été utilisées par les journalistes et chroniqueurs? Quelque chose de simple, comme un petit encadré, systématique, à la fin de chaque article, avec un lien qui pointe vers une liste de documents complémentaires sur le site du Devoir.

Évidemment, la version Web des articles devrait les présenter comme des hyperliens, à même le texte. Même chose dans l’application.

Ça peut paraître simple, voire simpliste… et pourtant!

Non seulement ça ajouterait du contenu au journal, mais ça contribuerait aussi à renforcer la crédibilité des médias… qui en ont bien besoin après cette année 2016 marquée par les erreurs et les fausses nouvelles.

On en parlait déjà en 1997 — et vingt ans plus tard, presque rien n’a changé de ce côté. Les journaux québécois ont leur site Web et leur application, mais ils n’ont pas encore intégré (ou trop timidement) la richesse primordiale du Web: les liens, qui sont au coeur de l’intelligence collective.

Il me semble que ça devrait même être le chantier prioritaire du Devoir dans les prochains mois: devenir le quotidien qui offre la meilleure porte d’entrée sur l’intelligence collective telle qu’elle se manifeste sur le Web québécois… et international.

Clin d’oeil: une lectrice du Devoir, Marie-Claude Delisle, rappelait justement, dans le temps des Fêtes, toute la richesse qui se cache dans les liens entre les textes. Le Devoir s’est même donné la peine d’intégrer des liens dans la version web de son texte, qui s’intitule: Faire des liens en lisant son «Devoir», ça crée du sens. Ça ne s’invente pas!

Mise à jour du 8 janvier 2017: En complément, cette entrevue avec Flaurent Daudens, qui explique Comment le quotidien Le Devoir s’organise pour effectuer son basculement numérique.

Ville, technologie, démocratie

J’ai été fasciné par l’entrevue que Jean-Nicolas Blanchet a réalisée avec Michel Dallaire et que le Journal de Québec a publiée il y a quelques jours. Le président du groupe Cominar y partage certaines des convictions qui guident ses choix comme entrepreneur dans le domaine de l’immobilier: sa vision de l’avenir de la ville.

Le titre de l’article donne déjà le ton: La vie de tout le monde va changer.

Michel Dallaire est notamment convaincu que la circulation va bientôt changer complètement:

«La journée où les autos se conduisent toutes seules, ça roulera plus vite et plus proche. (…) Avez-vous une idée à quel point on augmentera la capacité des autoroutes? (…) Nos voitures vont aller nous porter au travail et retourneront ensuite à la maison.

on en est rendu là. Nous n’aurons plus besoin de stationnements. (…) On s’en va là, c’est la réalité, ça existe et ça s’en vient vite.»

Je partage son enthousiasme pour les automobiles autonomes (même si l’hiver reste un obstacle majeur pour les technologies existantes) et je suis, moi aussi, convaincu que l’organisation des villes va en être bouleversée à très court terme (une génération). Je suis plus perplexe devant l’idée que des véhicules personnels nous déposeront au boulot pour retourner à la maison, mais qu’importe.

Ce qui m’a le plus fasciné en lisant cette entrevue, c’est de constater l’écart qui semble s’être créé entre la vision du plus important promoteur immobilier de Québec (et d’une partie de ses collègues, réunis dans l’Institut de développement urbain du Québec) et celle que nous avons, collectivement, de l’avenir de notre ville (de nos villes).

Est-ce que les élus ont aussi une vision claire de comment évoluera la ville en réaction aux changements technologiques qui se présentent à nous? Quelle est-elle? Comment comptent-ils susciter l’adhésion de la population à cette vision?

Pendant que les promoteurs immobiliers réfléchissent à l’impact des bouleversements technologiques et planifient leurs projets en conséquence, les pouvoirs publics n’assument pas la responsabilité du leadership d’une réflexion collective sur ces questions — pourtant de plus en plus fondamentales. Les médias ne semblent pas pressés non plus de s’engager dans cette voie.

Comment peut-on évoquer la construction d’un troisième lien interrives à Québec, par exemple, sans évoquer l’impact de l’avènement des automobiles autonomes? Surtout quand on sait que plus de temps nous sépare de l’inauguration d’un tel lien (quel qu’il soit), qu’il s’en est passé depuis le début des projets de Tesla (autour de 2010).

Est-ce que les ingénieurs du ministère des Transports qui repensent la circulation à la tête des ponts (entre autres dans la perspective de la construction du projet Le Phare, un projet de Cominar), ont intégré ces technologies à leurs divers scénarios? J’en doute. Bravo si tel est le cas, mais cela ne pourra pas toujours se faire derrière des portes closes, ou dans le cadre de négociation avec des promoteurs immobiliers.

Un débat public s’impose au sujet de la vision de la ville qui nous anime (et qui guidera les investissements publics). Les changements technologiques qui s’en viennent seront sans précédent, tant par leur ampleur que par la vitesse avec laquelle ils s’imposeront à nous. Dans un tel contexte, l’engagement et l’adhésion des citoyens est un impératif démocratique.

Il me semble que Michel Dallaire devrait pouvoir convaincre le maire Labeaume de ça — et exercer ensuite un rôle de leadership dans cette réflexion.

Sondage, confiance, défiance

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Je retrouve avec plaisir la magie qui accompagne une écriture (encore plus) assidue — à plus forte raison quand elle est publiée sur un blogue dans un réseau de gens qui écrivent. Ça aide à focaliser l’attention… et ça donne lieu à toutes sortes de choses imprévues.

Comme ce contact de la sociologue Sophie Hamel-Dufour, ce matin, sur LinkedIn, qui m’a permis de découvrir SocioZone et son blogue — que je me suis empressé d’ajouter à la liste de ceux que je suivrai assidument.

On y trouve là quelques brefs coups d’oeil (comme celui-ci, sur l’entrée des émoticônes au musée), mais surtout des réflexions sociologiques un peu plus longues qui sont à la fois stimulantes et nuancées.

J’ai particulièrement apprécié le texte qu’elle consacre aux limites des sondages: Pour en finir avec la suprématie des chiffres: oser le sens des mots. Extraits:

«…en proposant des choix de réponse, les sondages passent à côté de la signification réelle d’une opinion. Comprendre le sens d’une opinion exige de s’intéresser au pourquoi qui la précède : pourquoi les gens pensent ce qu’ils pensent, veulent ce qu’ils veulent, font ce qu’ils font? (…)»

«Les idées, les opinions, les décisions sont plus complexes qu’un « oui, non, je ne sais pas’. À force de réduire l’interprétation de la pensée à des choix de réponse, on réduit sa propre capacité à anticiper les événements.»

C’est un texte qui me semble spécialement intéressant dans le contexte où on apprenait dans Le Devoir d’hier matin qu’un premier quotidien français avait décidé de ne plus commander de sondages: Le Parisien renonce aux sondages.

« C’est une réflexion qu’on a menée depuis quelque temps déjà, notamment après le Brexit et l’élection de Donald Trump (…) Nous allons privilégier le terrain.»

«Ce n’est pas une question de défiance envers les sondeurs, mais une façon de travailler différemment que nous voulons tester…»

— Stéphane Albouy, directeur des rédactions du Parisien, cité par l’AFP.

Et parlant de défiance, Sophie Hamel-Dufour propose également un texte intitulé La défiance plutôt que la confiance? Je trouve qu’il décrit très bien l’état d’esprit qui nous a presque tous contaminé à la fin de 2016 et dont il me semble indispensable de se défaire le plus tôt possible.

«En l’absence de confiance, on devient méfiant. La méfiance entraîne un repli sur soi, elle nous « met en garde contre quelque chose », sans que l’on sache toujours très bien quelle est cette chose.

Quand la méfiance nous amène à nous méfier de tout, c’est qu’elle glisse vers la défiance, vers une suspicion généralisée (…)

Mettre sa confiance dans des gestes de défiance n’est pas sans risques. À la longue, cela devient même invivable. (…)

La confiance est un pari. Celui de s’appuyer sur les autres. Celui d’être avec les autres.»

J’ai hâte de lire les prochains textes qu’elle publiera.

Photo: Une oeuvre de Geneviève De Celles.

Orlando

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Nous n’avions pas de très longues vacances familiales l’an dernier. J’avais déjà utilisé le temps auquel j’avais droit pour faire une deuxième campagne électorale en deux ans, un peu plus tôt au printemps.

Nous avons donc décidé d’aller une semaine à Disney en famille + Luis, Nathalie, les nièces, et la mère d’Ana. Une très belle aventure: épuisante, mais tellement rafraîchissante (pour l’esprit — parce que pour le corps, ouf! il a fait chaud!).

Dès l’arrivée, j’ai été fasciné par le Magic Band. On met ce gadget à notre poignet dès notre inscription et hop! le monde de Disney est à nous! On peut accéder à tout ce à quoi notre forfait nous donne droit en posant le bracelet sur de petits détecteurs à l’allure sympathique, on paie tout de la même façon (l’argent disparaît pratiquement de nos préoccupations — pour le meilleur et pour le pire!) et le monde semble se transformer en fonction de notre présence. Les gens savent qui nous sommes quand nous arrivons à un comptoir, ce sont des photos de nous qui défilent sur les écrans lorsque nous nous arrêtons devant le mur d’images à la sortie des manèges, etc. Disney prépare même au cours de la semaine un ensemble de photos (prises à notre insu — puisqu’ils savent en tout temps où nous nous trouvons!) qui nous sera offert au moment de notre départ.

Et les avantages pour Disney sont évidemment incroyables: gestions des foules sur le site, déplacer le personnel en fonction des besoins, offrir des promotions flash ici et là pour influencer le parcours des visiteurs (qui en sont informés sur leur téléphone cellulaire), etc. Tout ça en plus d’avoir un portrait extrêmement précis de tous les faits et gestes de chacun des visiteurs (incluant achats, habitudes alimentaires, heures de repas, lever, coucher, etc.).

C’est à la fois fascinant et terriblement effrayant.

Ça suppose une capacité de surveillance totale qui, dans le cas de Disney, est évidemment limitée à son site… mais qui pourrait très bien être étendue à toute une ville, voire à un pays entier. Il n’y a plus vraiment d’obstacles pour ça — pas de nature technologique, en tout cas.

En relisant mes notes de voyage, je réalise que j’avais prévu écrire au retour un texte plus élaboré sur le sujet qui devait s’intituler «Entre fascination et méfiance». Je ne l’ai malheureusement pas fait, mais j’ai gardé les références à ces deux textes,  que je me souviens d’avoir lus dans l’avion du retour d’Orlando:

At Disney Parks, a Bracelet Meant to Build Loyalty (and Sales) | New York Times

Disney’s $1 Billion Bet on a Magical Wristband | Wired

Mon Magic band est dans ma table de nuit, à travers le petit change et toutes sortes de babioles.

Il est là pour me rappeler l’expérience d’un futur dont il faut d’autant plus se méfier qu’il sera vraisemblablement accepté (voire souhaité!) par une grande partie de la population.

NOTE: Ce texte est le dixième de la série Le tour du monde (sans sortir de chez moi)

Facebook: de la critique à l’action

J’ai éprouvé un malaise en lisant le texte de Paul Journet dans La Presse de ce matin. Le procès de Facebook que l’éditorialiste souhaite faire me semble manquer de nuances parce qu’il occulte la dynamique qui lient les médias à Facebook.

Je comprends évidemment très bien la frustration de Paul Journet devant cette «machine à profit devenue si obèse et tentaculaire qu’on ignore comment la dompter» (mieux, je la partage!). Mais il est inutile de se moquer des vidéos de chats qu’on y trouve, c’est tout à fait anecdotique. C’est aussi contre-productif de prétendre que Facebook «s’est alliée aux mensonges et à la haine pour faire élire Donald Trump», c’est une affirmation trompeuse.

Facebook est une machine pour laquelle l’argent n’a pas d’odeur. Elle transforme tout simplement nos statuts, les partages qu’on en fait, nos commentaires et tous nos clics en argent sonnant et trébuchant — en vendant notre attention (de la publicité) et nos données personnelles (à toutes sortes d’entreprises).

Chaque fois qu’on clique sur «j’aime» on aide Facebook à nous connaître un peu mieux et on fait cadeau à la machine d’une foule d’informations qu’elle pourra revendre à notre insu (et pas toujours dans notre intérêt).

C’est pour ça que Facebook nous présente seulement des contenus qui sont susceptibles de nous intéresser — mieux de nous faire cliquer, encore et toujours. C’est pour ça que les fake news sont de l’or en barre pour Facebook: on clique pour voir si c’est vrai, on clique pour dire qu’on aime, ou pas, on commente pour dire que ça n’a pas d’allure… et pendant tout ce temps, Facebook s’enrichit.

Alors que si l’algorithme nous dirigeait vers des textes nuancés, qui demandent de longues minutes à lire et qui ne soulèvent pas autant de passion… eh ben, ce serait beaucoup moins payant… en clics, en commentaires… et donc en argent! Il n’y a pas de grand complot, c’est simple comme ça. Facebook fait son argent en nous faisant réagir, pas en nous rendant intelligents.

Paul Journet a certes raison de s’offusquer en constatant  que «le capitalisme techno [de Facebook] pille les médias traditionnels (…) les saigne puis les noie, en redonnant des miettes à la société.» Sauf que je trouve que les médias traditionnels ne sont pas des victimes innocentes de ce pillage, ils en sont aussi responsables quand ils choisissent d’appuyer une partie de leur modèle d’affaires sur celui de Facebook.

N’y a-t-il pas des boutons «partager sur Facebook» à côté de tous les articles de La Presse? Bien sûr, parce que sans Facebook pour ramener des lecteurs, La Presse n’aurait pas autant de revenus publicitaires. Est-ce que le parcours des lecteurs de La Presse+ (et même du site de La Presse) n’est pas analysé en détail, afin de guider la production éditoriale, comme le fait Facebook avec son algorithme? Est-ce que le choix de la gratuité pour La Presse+ n’est pas motivé par le même type de raisonnement que celui qui inspire Mark Zuckerberg avec son modèle Free Basics?

Je ne dis pas que tout cela est mal, je dis seulement qu’il faut en être conscient et que Paul Journet aurait dû en tenir compte.

Pour toutes ces raisons, je trouve que la conclusion de l’éditorial est malheureusement incomplète:

«Certes, le réseau social a de nombreux aspects positifs. Mais plus il se transforme en monopole, plus ces avantages s’effritent. Il n’est pas obligatoire de cliquer sur « j’aime ».»

Je pense qu’il est nécessaire de préciser que les médias doivent aussi interroger leur dépendance à Facebook. Il aurait peut-être même été utile d’ajouter, à l’intention des éditeurs de La Presse, qu’il n’est pas obligatoire, non plus, d’ajouter des boutons «partager sur Facebook» partout dans un média, surtout si on souhaite contribuer à dompter la machine Facebook.

Critiquer Facebook n’est pas suffisant, il faut surtout agir, lentement mais sûrement, en participant, par exemple, au développement d’espaces alternatifs pour accueillir des conversations de qualités, auxquels les gens auront envie de consacrer du temps plutôt que de passer de plus en plus de temps sur Facebook. Ou en explorant des modèles alternatifs à la publicité telle qu’on la connaît aujourd’hui.

Ce n’est pas simple, je sais, mais pour paraphraser Paul Journet, à mesure que Facebook se transforme en monopole, plus ça devient important — voire essentiel pour l’avenir de la démocratie.

Faire confiance aux images?

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La manipulation de l’information est un enjeu de plus en plus important pour la démocratie. Ce n’est pas banal quand on se met à parler fréquemment d’ère post-factuelle et de l’apparition des démocratures. On n’est pas sorti du bois: c’est le moins que l’on puisse dire!

Comment réagirons-nous quand nous ne pourrons plus croire aucune photo ni aucune vidéo? Parce que la fin de la prétendue objectivité de l’image est sur le point de sonner — elle qui ne tenait, au fond, qu’à la difficulté de modifier des images sans que cela soit évident.

Dans le texte L’avenir de la désinformation, Hubert Guillaud illustre très bien à quel point il est devenu facile de créer l’illusion du vrai. Ce n’est pas encore parfait, mais ce n’est qu’une question de temps… de très peu de temps.

Prenez Smile Vector, un robot qui transforme automatiquement des photos pour rendre les gens souriants (et pourquoi pas d’autres changements?).

Et Face2Face, qui permet de modifier l’expression faciale de quelqu’un dans une vidéo, en temps réel — pour lui faire dire autre chose, par exemple.

Tout ça pose des défis inédits pour l’esprit critique. Cela soulève évidemment aussi des enjeux éducatifs essentiels — auxquels l’école n’est vraisemblablement pas adéquatement préparée.

Et il faut réaliser à quel point ce sont des bouleversements rapides!

Ces technologies de modifications d’image, qui s’appuient sur le développement de l’intelligence artificielle, ont déjà commencé à faire discrètement leur apparition dans les iPod, iPad et iPhone que les enfants utilisent.

C’est comme ça qu’il faut voir les filtres que SnapChat a popularisés, qui permettent d’ajouter automatiquement des chapeaux fantaisistes ou d’autres masques à des selfies: ce sont de puissants outils de modification d’images et de vidéos en temps réel. Dans ce cas, ils n’ont pas pour objectif de tromper, mais ce n’est pas parce qu’ils ne seraient pas en mesure de le faire.

Je pense que ce serait d’ailleurs un très bon point de départ pour sensibiliser les enfants (et les adultes!) à l’importance de l’esprit critique, et à ses nouvelles exigences, notamment à l’égard des images (même de celles que des amis nous envoient… voire celles que nous prenons nous-mêmes!).

Une réflexion à mettre en parallèle avec celle de Bruno Devauchelle, que j’évoquais hier: Quand la photo arrête le temps…

Je pense que je devrais proposer à l’École branchée un texte un peu plus concret sur tout ça…

Mise à jour: pour plonger encore plus loin dans l’inconfort / la perplexité, il faut poursuivre la lecture avec cet autre texte d’Hubert Guillaud: L’ère des images invisibles.

« Nous ne regardons plus les images : les images nous regardent. Elles ne représentent plus simplement des choses, mais interviennent activement dans la vie quotidienne. »

Israël

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Ce petit bol contient généralement de l’humus, des olives ou d’autres bonnes choses à manger avec les doigts. C’est un habitué de l’apéro sur la petite table du salon.

C’est Sophie qui nous l’a rapporté d’un voyage en Israël… il y a une vingtaine d’années, je crois. Aucune inscription au verso, aucun indice qui me permettrait d’en chercher une origine plus précise (à moins que Sophie s’en souvienne! Mise à jour: réponse ci-dessous dans les commentaires). Chose certaine, il attire l’attention chaque fois qu’on le pose sur une table.

Il semble fait à la main… et manifestement de façon très résistante! Parti de la Méditerranée, il a traversé l’Atlantique une première fois en avion, avec Sophie, puis l’a retraversé en bateau, dans un conteneur avec toutes nos affaires — quand la famille a déménagé à Paris — avant de nous suivre à nouveau lors de notre retour à Québec. Il a survécu aux mains d’enfants de tous les âges, aux nombreux partys et à toutes les piles de vaisselle chambranlantes qui les accompagnent.

Quand je le porte à mon oreille, comme on le fait avec les coquillages, j’ai parfois l’impression d’entendre le doux écho de toutes les conversations et de tous les rires qu’il a pu entendre au fil des ans.

NOTE: Ce texte est le neuvième de la série Le tour du monde (sans sortir de chez moi)