Retour à la discrétion partisane (mais…)

Le 18 juillet j’écrivais un texte pour dire qu’à la veille d’élections probables, j’allais sortir de mon habituelle discrétion partisane.

Le 1er août des élections étaient déclenchées, et on connaît maintenant la suite.

Hier, le Parti québécois a gagné l’élection — même si ce n’est que par une bien faible avance. C’est une équipe de députés dirigée par Pauline Marois qui formera le prochain gouvernement. Je m’en réjouis. Enfin!

Il faudra maintenant soutenir les efforts de ce gouvernement. Il faudra aussi, à l’évidence, continuer à nous interroger sur les raisons qui font que le Parti québécois n’est pas encore arrivé à faire les gains attendus dans la région de la Capitale-nationale. Il faudra le faire avec rigueur — et rapidement.

Il y aura bien sûr un débriefing à faire de tout ça avec l’exécutif de la circonscription, mais plus largement aussi — et sans se limiter aux espaces partisans. Je souhaite pouvoir exercer un certain leadership dans cette réflexion, qui devra forcément porter sur le discours social-démocrate dans son ensemble.

J’ai beaucoup appris au cours des dernières semaines : sur la démocratie, sur le déroulement d’une élection ; sur la place des enjeux locaux et des enjeux nationaux dans une campagne ; sur les discours, les promesses et les programmes. Sur la petite politique et sur la grande politique. Sur le choc parfois brutal entre les utopies et la réalité du terrain. Mais, plus encore, j’ai rencontré tous les jours des personnes extraordinaires, engagées et généreuses — de tous les âges. Ce sont ces personnes qui rendent la démocratie possible, et c’est ce qui donne un sens à tous les autres efforts qu’elle rend nécessaires entre les élections — et qui me motivent à poursuivre mon engagement.

L’élection étant terminée, je ne m’empêcherai évidemment pas de parler ici de politique à l’occasion, mais je reprendrai tout de même mes habitudes de discrétion partisane. De même sur les réseaux sociaux.

La cité éducative dans la plateforme régionale du Parti québécois

« En matière d’éducation, le Parti Québécois fera de la lutte au décrochage une priorité. Nous ferons de Québec une cité éducative et créatrice, en mettant en commun les ressources des universités, des cégeps et des écoles pour combattre le décrochage scolaire et l’analphabétisme. »

J’ai publié ce court texte sur Facebook, la semaine dernière, afin d’attirer l’attention sur un communiqué annonçant la plateforme électorale du Parti québécois pour la région de la Capitale-nationale.

Des amis m’ont demandé s’il existait un document plus complet décrivant cette plateforme. Je l’ai demandé, j’en ai obtenu une copie: le voici en format pdf.

Il y a beaucoup de choses dans ce document: plusieurs engagements audacieux et quelques rappels importants sur l’origine de plusieurs des projets qui font aujourd’hui la fierté des gens de Québec (qui ont été initiés par un gouvernement du Parti québécois). Il n’y a toutefois que peu de précisions sur chacun des projets — ce qui me semble normal dans un document de cette nature.

* * *

Je prends par ailleurs le temps de souligner le plaisir que j’ai eu en constatant que l’idée de faire de Québec une cité éducative avait continué à faire son chemin, lentement mais sûrement, dans les réflexions, les discours et les programmes politiques — parce que ça fait longtemps que j’y crois.

À ma connaissance, le concept de cité éducative provient du Rapport Faure, publié par l’UNESCO en 1972 (pdf, 12 Mo). Il a été maintes fois repris depuis — dans toutes sortes de circonstances. Il est notamment devenu le nom de la revue de l’Association générale des étudiants et étudiantes de la Factulté de l’éducation permanente de l’Université de Montréal.

Mais je crois que je suis le premier à l’avoir utilisé dans le contexte d’une orientation de développement global pour la ville de Québec — à avoir formulé l’idée de faire de Québec une cité éducative.

C’était il y a dix ans. C’est long… et court à la fois. Parce que pour les idées fassent leur chemin elles doivent d’abord s’affranchir de leurs premiers promoteurs: voler de leurs propres ailes. C’est ce qui est arrivé ici — et je trouve cela merveilleux.

Je pense que c’est une des plus grandes joies du militantisme: se battre pour des idées nouvelles; accepter, parfois, la lenteur de la société pour en reconnaître l’intérêt; et finalement les revoir resurgir là où on ne les attendait pas forcément.

C’est ainsi que du 6 octobre 2002 à aujourd’hui, en passant par le 22 mars 2003, le 26 février 2004, et le 25 août 2008 (pour ne nommer que ces dates, et les quelques textes qui y sont associés) l’idée a manifestement continué à prendre forme dans l’esprit d’un nombre croissant de personnes.

Je souhaite vivement que le prochain gouvernement du Québec soit composé de suffisamment de députés du Parti québécois de la région de la Capitale-nationale pour que l’idée de faire de Québec une cité éducative devienne le plus rapidement possible une réalité.

Cette perspective donne d’ailleurs beaucoup de sens à mes actuels engagements partisans.

Entretien avec Pauline Marois

J’ai regardé le face à face entre Pauline Marois et François Legault, plus tôt ce soir, à la télévision.

J’ai été impressionné, une fois de plus, par Mme Marois — par son attitude, son aplomb et son habileté. Par la cohérence de son parcours politique aussi, qui m’a paru à plusieurs reprises transcender son discours. Surtout par cela, peut-être, d’ailleurs.

On peut critiquer ce que dit cette femme, on peut ne pas être d’accord avec certains de ses choix, mais on ne peut pas douter de son intégrité. Son cheminement est rigoureux et il témoigne d’une exceptionnelle détermination.

Consterné par les invraisemblables analyses (j’hésite même à employer ce mot) de certains des commentateurs choisis par TVA pour décortiquer le face à face, je me suis mis à la recherche d’un peu de lecture afin terminer ma journée de façon un peu plus stimulante — avec l’idée de chercher à comprendre encore un peu mieux la femme derrière la candidate; la femme qui sera vraisemblablement la prochaine première ministre du Québec.

Mes recherches m’ont mené à un livre d’Anne-Marie Villeneuve, publié en 2003 par les Éditions Québec Amérique: Paroles de femmes — entretiens sur l’existence. Disponible en version numérique, j’ai pu l’acheter, le télécharger aussitôt et le lire immédiatement. Fantastique!

L’entretien de l’auteure avec Pauline Marois m’est apparu très intéressant. Il m’a semblé témoigner efficacement, en une cinquantaine de pages, de plusieurs des valeurs qui la guident.

J’en ai retenu quelques extraits.

* * *

Au sujet de son attitude:

Courber l’échine, ce n’est pas mon genre. Je suis une fonceuse, même si parfois je trouve la côte à monter difficile et si je vois aussi les écueils. Je ne suis pas inconsciente de ce que je suis, de mes failles et de mes défauts. On en a tous, c’est comme ça. Quand les gens disent que je suis ambitieuse, je réponds «oui, je le suis». Je n’ai pas peur de l’ambition parce qu’elle fait réaliser de grandes choses quand on s’en sert pour changer la société, pour proposer des façons différentes de faire, pour réaliser ou atteindre des objectifs qui sont sains, qu’ils soient sur le plan social, sur le plan économique ou sur le plan culturel.

Au sujet des exigences de la politique

En politique, on a malheureusement toutes sortes de compromis à faire, ça fait partie de cette vie. Si on ne l’accepte pas au départ, on sera frustré tout le temps, on sera toujours de mauvaise humeur et moi, je ne veux pas dépenser d’énergie négative. Souvent, dans le travail que nous faisons, nous devons critiquer ceci ou cela. Une fois que c’est fait, c’est derrière nous. Utilisons notre énergie, notre talent, notre intelligence, notre créativité à bâtir quelque chose et non pas à continuellement critiquer autour de nous ou à remettre en question le passé qui ne peut être changé. Je pense qu’il faut être capable de regarder dans le rétroviseur pour faire des analyses, tirer des leçons, mais je suis une femme qui regarde en avant, là où l’on peut encore changer les choses.

Au sujet du sens des responsabilités

On vit dans une société où l’on fait des compromis pour trouver notre confort et notre bonheur, pour établir les relations les plus harmonieuses, les plus intéressantes et stimulantes possible. Le chacun pour soi, c’est l’anarchie finalement. À mon avis, certains créateurs doivent aller au bout de cela. Mais lorsqu’on est dans des organisations de type public, politique, social ou autre, quand on est à la tête d’institutions ou d’organismes et qu’on assume des responsabilités au nom de quelqu’un d’autre, je pense que ça prend un minimum de retenue.

Au sujet de la sincérité

J’ai la conviction profonde qu’il faut que notre société améliore le sort des plus mal pris d’entre nous. Je pense qu’on doit toujours, comme gouvernement, avoir en tête la recherche de la justice, de l’équité, et aussi la recherche d’une plus grande solidarité entre les gens. On doit pouvoir soutenir, aider ceux qui sont marginalisés, ceux qui sont sur le bord de la route. Il y a toutes sortes de façons de le faire; mon gouvernement a parfois fait des gestes avec lesquels je n’étais pas d’accord, j’aurais probablement agi autrement. Mais à partir du moment où on est franc avec la population, je peux vivre avec cela, tant que les valeurs fondamentales auxquelles je crois sont respectées.

Au sujet de l’action politique

En politique, quand on prend des engagements, c’est parce qu’on veut les réaliser. Je crois que les politiciens sont plutôt de bonne foi, mais souvent leurs rêves se heurtent aux contraintes, à la réalité, à des difficultés bien concrètes et, à partir de là, ils doivent faire des compromis.

Que faire pour revaloriser l’action politique aux yeux de la population québécoise? Il faut peut-être aller davantage chercher le point de vue de la population. On appelle ça la démocratie participative.

Au sujet de la vie, et de nos rêves

J’aime la vie et j’aime ce que je fais. Même si parfois je trouve ça dur et que je suis obligée de me bousculer, il reste que j’ai choisi de changer le monde, et s’il y a un métier ou s’il y a un lieu où c’est possible de le faire, c’est bien là où l’on prend des décisions, en politique. Je réalise donc mon rêve de jeunesse.

Et finalement, la réponse qu’elle donne à la question suivante — et qui me semble éclairer de façon particulièrement intéressante certains des choix qu’elle a faits au cours des derniers mois.

À un jeune qui viendrait vous voir et qui vous dirait «Madame Marois, moi, je veux changer le monde», que répondriez-vous?

Je lui dirais: «Allez-y! Rêvez! Imaginez! Provoquez-nous! Choquez-nous!» S’ils ne nous choquent pas à vingt ans, ils ne nous choqueront pas à cinquante, hein! J’aime ça que des jeunes pensent comme ça, qu’ils n’acceptent pas les faits. Des fois, mes jeunes à la maison se fâchent. Je ne suis pas d’accord avec leur point de vue, mais j’aime qu’ils en aient un, même s’il n’est pas le mien. Même s’ils me choquent un peu de penser comme ça, ça me stimule. Ils voient la vie autrement que je ne la vois, leur façon de juger des événements est différente de la mienne. Je trouve qu’ils ont des idées, des projets, des rêves et il faut en avoir à vingt ans si on veut avoir une influence à un moment donné dans la vie et que la vie soit meilleure dans vingt, trente, quarante ans.

* * *

Paroles de femmes
Entretiens sur l’existence

Auteure: Anne-Marie Villeneuve
Éditeur: Québec Amérique
Date de parution: Octobre 2003

Pour acheter le livre sur le site
Rue des libraires, cliquer ici.

Prendre le train

Ça fait trop longtemps que j’ai pris le train.

C’était la semaine dernière. Mais ça ne compte pas. J’ai travaillé sans arrêt. Et le rideau était tiré.

J’ai envie de prendre le train pour écrire un peu, bercé par le mouvement, hors du temps, pour quelques heures.

J’aime que les rails me guident, sans détours, de l’horizon perceptible vers l’apex, la prochaine gare, un nouveau carrefour des possibles où départs, arrivées et simples escales se confondent dans un inspirant brouhaha. J’adore les gares. Les gares européennes surtout. Et Grand Central Station, évidemment.

Ce soir, je rêve de prendre le train. Pour aller nulle part ailleurs qu’ici.

Ça fait bien de dire que les débats sont plates, mais…

C’est de bon ton depuis dimanche soir de déplorer qu’on n’apprend rien dans les débats. Et de tourner en dérision le fait que ce sont les mots-clics #costco, #démoclès et je ne sais quoi d’autre qui « trendent » au lieu de #culture, #éducation et #excellence. Ben oui.

Ça révèle surtout, à mon avis, la pauvre vision que nous avons de notre démocratie et de son fonctionnement. Attendre d’une campagne électorale de trente jours qu’elle nous apprenne qui sont vraiment les chefs, leur vision du monde et les nuances de leur programme — alors qu’on s’est trop souvent désintéressé du débat public et, oui, aussi, des débats partisans qui précèdent la définition des programmes des partis, c’est une illusion.

Ça fait bien de dire « voilà des chefs qui font de la vieille politique » — la vieille politique, ils la font parce qu’on n’a pas contribué à faire naître la nouvelle politique dans les années précédentes. La vieille politique, c’est ce qu’il reste quand on a regardé ailleurs pendant quatre ans.

On dit souvent que les politiciens savent très bien patiner … ben justement, un débat télévisé, ce n’est pas autre chose qu’un programme de danse imposée: on a déjà vu toutes les figures, il n’y a pas de surprise… il faut juste réussir à faire la démonstration qu’on peut toutes les enchaîner sans tomber. Si on veut comprendre les fondements des partis politiques, il faut les lire, ou en lire des analyses, pas regarder une émission de télévision spectacle le lundi soir.

Et quand on choisit de faire écho aux bêtises du débat sur twitter et qu’on participe à faire « trender » les mots-clics les plus ridicules, c’est nous qui tirons le débat vers la caricature, pas les chefs.

Nous sommes souvent complices de ce qui nous désole.

La démocratie, ça ne se regarde pas à la télévision une fois par année. Ça se vit, chaque jour, en s’intéressant à la politique plutôt qu’en la dénigrant.

Je vous présente Rosette Côté, candidate du Parti québécois dans Louis-Hébert

Comme j’ai déjà eu l’occasion de le dire, j’ai décidé il y a quelques mois de m’impliquer davantage dans la politique partisane — pour le Parti québécois, dont le programme correspond le mieux à mes valeurs et à ma manière de concevoir la politique. Je l’ai fait animé par la profonde conviction qu’il est devenu absolument nécessaire de changer de gouvernement, d’assainir les mœurs politiques et de remettre le cap sur la souveraineté du Québec.

La démocratie québécoise étant ce qu’elle est, si la campagne électorale nationale qui est en cours m’intéresse évidemment, c’est la lutte qui se fait dans la circonscription où je milite qui me tient le plus à cœur. En effet, c’est contribuant à faire gagner notre candidate locale que je peux contribuer le plus efficacement à la victoire du Parti québécois le 4 septembre prochain. Le reste est pas mal hors de mon contrôle. Et une campagne locale, j’vous jure que c’est pas juste des idées… y’a aussi (surtout?) beaucoup de concret, d’organisation, de mobilisation. Je prévois d’ailleurs en reparler bientôt.

C’est Rosette Côté qui est la candidate du Parti québécois dans la circonscription de Louis-Hébert. Notre candidate. C’est à elle que revient le mandat de battre Sam Hamad, le député sortant et candidat du Parti libéral du Québec.

Je connais Rosette depuis très peu de temps, mais j’ai découvert très rapidement à quel point c’est une femme passionnée et très proche des gens — « une des personnes les plus inspirantes que j’ai rencontrée », disait spontanément une jeune femme sur Twitter il y a quelques jours.

J’ai pensé lui poser quelques questions pour vous permettre de mieux la connaître à votre tour — des questions pas trop formelles, parce qu’elle est comme ça, et moi aussi!

Ce sont des questions qui restent assez générales, mais n’hésitez pas à ajouter vos questions dans la section commentaire, au bas de la page. Je les lui transmettrai avec plaisir et j’ajouterai ses réponses aussitôt que possible.

* * *

QUESTION: J’ai été surpris de constater au cours des derniers jours à quel point les gens acquièrent vite le réflexe de t’appeler Rosette, comme on dit Pauline pour parler de la chef du Parti québécois. Pourquoi crois-tu?

RÉPONSE: Je crois que c’est parce que j’aime entrer en contact direct avec les gens. Cela me nourrit. J’ai besoin de comprendre et de discuter. C’est une question de caractère et aussi un héritage de mes parents.

Si je ne me trompe pas, tu habites Cap-Rouge depuis longtemps. C’est donc Sam Hamad qui te représente à l’Assemblée nationale depuis presque dix ans. Pourquoi choisis-tu de te présenter aujourd’hui à l’élection contre lui ? Tu penses seulement pouvoir faire mieux qu’il a pu le faire pour représenter les citoyens de Louis-Hébert ou tu as des reproches particuliers à lui faire?

Je me présente contre lui parce que je pense qu’il ne fait pas son travail. Il représente plus le gouvernement dans le comté que les citoyens à l’Assemblée nationale. J’aimerais qu’il nous présente un bilan sérieux de son action pour Louis-Hébert, des promesses qu’il a réalisées. Eh oui, je peux dire sans hésitation que je ne suis pas fier du député sortant… quand je pense à son manque de sensibilité et de clairvoyance à la corruption dans la construction. Pourtant, c’est un ingénieur qui travaillait dans une grande firme. Il pouvait savoir « comment ça marche ». Il a choisi de fermer les yeux.

En lisant les premières réactions à l’annonce de ta candidature, j’ai pu constater que plusieurs personnes accolaient une image d’homme d’affaires à Sam Hamad, alors qu’on t’associe à la défense des femmes. Qu’est-ce que tu en penses? Est-ce que c’est conforme à la réalité?

C’est vrai que j’ai un parcours de combat et j’en suis fière. L’enseignement, le syndicalisme, la défense des droits et femmes et la promotion de la famille ont marqué ma vie professionnelle. Et je crois sincèrement que la seule façon de faire évoluer les choses est de réunir les gens, de réapprendre à travailler ensemble. Sans solidarité, nous n’allons nulle part.

Quant à l’image Monsieur Hamad, je pense que c’est une illusion. On n’est pas un homme d’affaires simplement parce qu’on fréquente les chambres de commerce. Quand a-t-il vraiment agi en entrepreneur? Avec son propre argent? Il est un porte-parole, ce qui peut être respectable, mais il n’est pas un entrepreneur.

Qu’est-ce qui, dans ton parcours professionnel, a le plus marqué ta façon de voir le monde? Comment est-ce que cela influence ta manière de faire de la politique? De voir l’avenir du Québec?

Toutes les fois où j’ai réussi à réunir les gens autour d’une table, à partager les informations pour baliser le débat, à créer des consensus sur des objectifs, nous avons tous gagné. La politique familiale en est un bel exemple. En politique, la manière est particulièrement importante. Je reproche beaucoup au gouvernement actuel d’avoir divisé les gens, d’avoir semé le mépris au lieu de nous réunir. Le dossier des jeunes est particulièrement grave. Une société ne peut grandir en écrasant sa jeunesse.

Tu sembles être une femme pragmatique, tu abordes les choses très concrètement, loin des grands discours, toujours très proche de l’action. Quels sont tes engagements pour les citoyens de Louis-Hébert?

J’ai pris cinq engagements concrets pour Louis-Hébert (note: voir discours de lancement de la campagne). Mais au-delà de ces engagements, il y a quelque chose qui me tient à coeur. Pour faire revivre notre démocratie, il faut apprendre à rendre des comptes, à nouer un dialogue constant avec ceux qui nous confient un mandat.

J’ai une conviction profonde : il n’y a pas de démocratie quand un représentant du peuple rompt le dialogue et cesse de rendre compte de son travail. Dans les 30 jours qui suivront mon élection à titre de députée, une plateforme d’échange continu avec la population du comté de Louis-Hébert sera mise en ligne. Chaque année, des rencontres publiques avec les électrices et les électeurs du comté seront organisées pour que chacune et chacun puisse discuter directement des enjeux et de leurs ambitions pour le comté.

Tu as enseigné 15 ans, tu as été présidente de la Commission de l’équité salariale du Québec, commissaire aux plaintes en santé et services sociaux, directrices de deux cabinets de ministres, coordonnatrice au cabinet du premier ministre et tu as été membre de la Commission Bélanger-Campeau sur l’avenir du Québec. Comment penses-tu que tu pourrais être particulièrement utile à un gouvernement dirigé par Pauline Marois. (je sais, je sais, tu ne peux pas vraiment répondre à cela… mais si j’insiste un peu…)

Quand j’ai dit oui à Madame Marois, je n’ai pas posé des conditions. J’ai simplement répondu oui, j’accepte d’offrir quelques années de ma vie pour défendre mes concitoyens, pour faire la promotion d’une certaine idée de la justice et de la grande ambition que nous avons le peuple québécois : réaliser notre pleine souveraineté.

Depuis le début de la campagne, j’ai l’impression que Sam Hamad se fait le plus discret possible et qu’il se contente de répéter chaque fois qu’il le peut les messages de la campagne nationale du Parti libéral. Pourquoi crois-tu?

Je te laisse ce jugement même si je crois que tu as malheureusement raison…

Tu as mis au défi Sam Hamad de débattre avec toi. C’est sérieux?

Évidemment. Il aura à défendre le bilan de son gouvernement et rendre des comptes sur ses promesses. De mon côté, j’aurai à expliquer notre programme et mes engagements.

Et que penses-tu des autres candidats? Et en particulier ceux de Québec Solidaire et d’Option nationale, avec qui tu partages probablement plusieurs valeurs? Quelles réflexions fais-tu sur la division possible du vote progressiste et souverainiste lors du scrutin?

Je pense qu’à cette étape de la campagne électorale, toute forme de militantisme et d’engagement est bonne pour la démocratie. Tout ce qui amène les gens à s’intéresser à la politique et qui peut entraîner un fort taux de participation à l’élection doit être reconnu et souligné. Bravo particulier à l’entourage et aux partisans de Sol Zanetti, d’Option nationale et de Guillaume Boivin, de Québec Solidaire, avec qui je partage effectivement plusieurs valeurs.

J’ai confiance qu’après avoir eu l’occasion de défendre avec vigueur leurs convictions et avoir travaillé à faire connaître leur formation politique pendant trente jours, ils choisiront de se rallier au Parti québécois et de voter pour moi devant l’absolue nécessité de battre Sam Hamad et de retirer le pouvoir au Parti libéral.

Je souhaite qu’ils puissent le faire dans l’honneur, et c’est pour cela que je ne leur ferai aucun reproche de leur choix de militer pour d’autres partis que celui dans lequel j’ai personnellement choisi de m’engager.

Q: Je ne peux pas ne pas te demander en terminant quelques réflexions sur la place des jeunes dans la société québécoise — c’est un sujet tellement d’actualité. En quoi est-ce un avantage ou un handicap d’être jeune aujourd’hui? Et comment on peut faire travailler ensemble les générations pour construire le Québec dont nous rêvons?

Une société qui est incapable d’écouter la jeunesse est une société condamnée. Les jeunes méritent notre respect et, au risque de sembler mièvre, nous devons leur ouvrir notre cœur. Avec ouverture et générosité. Nous n’avons pas le droit de leur couper les ailes au moment même où ils s’engagent à construire la société où ils vivront demain. Ils sont notre espoir et notre avenir. Les sondages montrent d’ailleurs qu’ils perçoivent bien cet accueil.

En complément:

Gratin

Un des plaisirs de l’été c’est de prendre du temps avec des amis. De jaser jusqu’à tard le soir. Et quand il fait trop froid (ou qu’il y a trop de moustiques), de poursuivre à l’intérieur encore une heure ou deux.

Pour se raconter toutes sortes de choses. Pour parler, de tout et de rien. Pour s’obstiner. Pour rire. Pour apprécier l’émerveillement dans le regard des enfants qui n’en reviennent pas de voir leurs parents faire d’invraisemblables contorsions intellectuelles dans le simple but d’avoir raison… sur un sujet dont ils ont très bien compris toute la futilité.

Pour débattre longuement de ce qui permet à un gratin dauphinois d’en porter le nom, par exemple.

Pour débattre de la place du fromage et de la crème dans un gratin — et de celles des oignons. Vous y mettez du vin, vous dans votre gratin dauphinois? Et quel type de pomme de terre utilisez-vous? Quelles nuances, quelles interprétations, de la recette peuvent être acceptées d’un cuisinier québécois? et d’un cuisinier français? qu’il soit du Dauphiné ou de Normandie?

Célébrer l’amitié, le langage et les idées en ouvrant frénétiquement des livres de recettes et des dictionnaires — et pourquoi pas en faisant appel à Ricardo, à la Di Stasio et à tous les cuisiniers d’Internet — même aux petites heures du matin: c’est aussi ça les vacances.

C’est peut-être même surtout ça.

Paysages

À mesure que les enfants vieillissent, on (re)découvre de nombreuses activités. Particulièrement en vacances. On (re)découvre aussi sa région sous de nouveaux angles.

Dans la dernière semaine, nous avons pu faire une promenade en forêt dans le Parc de la Jacques-Cartier et une randonnée en kayak de mer dans le Parc des Hautes-Gorges-de-la-Rivière-Malbaie. Deux extraordinaires expéditions à moins d’une heure de Québec dans un cas, et moins de trois heures dans l’autre cas. Des paysages magnifiques, à couper le souffle.

Effleurer l’eau de la rivière Malbaie en famille, enveloppés par ces vertigineuses parois, sous un soleil radieux, hors du temps, absorbés par le silence qui arrivait à se faufiler entre le bruit régulier des pagaies a été une expérience particulièrement fabuleuse.

Speed & Sport

Il y a des lieux qui ont une saveur particulière dans un quartier. Surtout quand on y circule depuis 30 ans.

J’ai déjà évoqué la station service abandonnée.

Il y a aussi l’ancien Speed & Sport, qui a fermé il y a quelques années. C’était un commerce d’articles pour automobiles, pour les amateurs de moteurs, de chrome et de soins esthétiques pour carrosserie. À sa fermeture, c’est brièvement devenu un Docteur Pare-Brise. Cet entrepôt a toujours fait partie de mon environnement. Son architecture le rendait unique.

J’en parle au passé parce que des hommes vêtus de blancs et portant des masques ont commencé à le démonter il y a quelques jours. Pièce par pièce. Sur la clôture, c’est bien écrit: « attention: amiante ».

Un immeuble résidentiel devrait bientôt prendre sa place dans le quartier. Pour le mieux.

* * *

Dans Le chemin des brumes (Alire, 2008), Jacques Côté, fait référence au Speed & Sport, sans le nommer explicitement. C’est à la page 106:

« Sur le comptoir, le lieutenant aperçut une note avec les lettres CAA et un numéro de téléphone. Il appela le répartiteur pour qu’il demande cette fois à Francis d’aller au Club Automobile vérifier l’information. Hébert avait peut-être fait appel au CAA pour qu’on lui suggère un itinéraire ou des campings. Pour Duval, ces informations permettraient de délimiter une zone de recherche et de les localiser plus vite

Sur une tablette, Louis trouva une série de reçus d’un garagiste. Duval nota l’adresse dans son carnet : Sunoco Ouellet, 3241, chemin Sainte-Foy. Hébert avait sans doute fait le plein à cette station-service en prévision de son voyage.

(…)

Louis sortit de la pharmacie du Buffet de la Colline avec un pot de Noxzema. Sans attendre, il dévissa le couvercle, qu’il déposa sur le capot. Il se pencha devant le rétroviseur, enfonça deux doigts dans le contenant. Devant le regard incrédule d’une passante, il s’appliqua une épaisse couche de crème sur le visage et sur le crâne. Il essuya ses gros doigts boudinés en les glissant sur le bord du pot et referma le couvercle, qui avait laissé un cerne graisseux sur la tôle.

— Ça fait du bien. C’est frais comme la bouche de Leslie-Ann.

Une minute plus tard, ils étaient à destination. La station-service était juste à côté, coincée entre les paroisses Saint-Mathieu et Sainte-Geneviève, près d’un entrepôt de type aérogare. »

* * *

Le Buffet de la Colline est vraisemblablement situé dans le petit centre commercial Centre de la colline (toujours là).

Le Sunoco Ouellet est toujours à la même adresse — sous une enseigne Uni Pro. On y vend plus d’essence, seulement de la mécanique automobile.

L’entrepôt de type aérogare, c’est évidemment mon Speed & Sport.

* * *

Le roman de Jacques Côté commence le 23 juillet, en 1981.

J’écris ce texte le 22 juillet. Par hasard.

J’adore ce type de coïncidences.

Surenchère préélectorale

Le 13 juillet le député de Jean-Talon et ministre de la Santé et des Services sociaux, monsieur Yves Boduc, annonçait:

« …que les établissements de santé et de services sociaux du Québec profiteront cette année d’investissements de 748,6 millions de dollars pour maintenir et rénover les actifs immobiliers sous leur responsabilité, ainsi que pour remplacer ou rehausser leur mobilier et leur équipement. » (source)

Il faut remarquer que plutôt que d’indiquer la part de cette somme qui relève des budgets normalement associés à la maintenance des établissements de santé et ce qui serait un véritable nouvel investissment dans le réseau, le ministre choisi d’inscrire son annonce dans le cadre d’une nébuleuse augmentation cumulative globale de ces budgets depuis l’élection du PLQ — un procédé pour le moins discutable dans un communiqué issu d’un ministère et non du Parti Libéral.

Le même jour, le député de Louis-Hébert et ministre responsable de la région de la Capitale-Nationale, monsieur Sam Hamad, annonçait:

« que les établissements de santé et de services sociaux de la région profiteront cette année d’investissements de 100 460 261 $ pour maintenir et rénover les actifs immobiliers sous leur responsabilité, ainsi que pour remplacer ou rehausser leur mobilier et leur équipement. » (source)

Lui aussi parle d’une hausse cumulative des augmentations annuelles des budgets depuis l’élection du Parti Libéral.

Cinq jours plus tard, le même député en remettait encore en annonçant:

« que deux établissements de Québec profiteront cette année d’investissements de 12 156 540 $ pour maintenir et rénover les actifs immobiliers sous sa responsabilité, ainsi que pour remplacer ou rehausser son mobilier et son équipement. » (source)

Un troisième communiqué pour une même annonce, parce que le 12 millions fait évidemment partie du 100 millions, qui fait lui-même partie du 748 millions — qui est lui-même essentiellement composé de budgets réguliers du ministère de la santé, si je comprends bien.

Et ça été exactement comme ça dans plusieurs autres régions du Québec au cours des derniers jours: Côte Nord, Estrie, Outaouais, Montréal, Mauricie et Centre-du-Québec, et Chaudière-Appalaches.

Quand on additionne tous ces montants, on en arrive à presque 1,25 milliard de dollars d’annonces, par sept ministres, en moins d’une semaine! —tout cela pour annoncer, au fond, rien de plus que l’affectation d’un budget régulier pour la prochaine année plus, peut-être, une petite augmentation de ce budget, mais dont on ne connaît pas l’ampleur. Et malgré mes recherches, je n’ai  trouvé aucun communiqué en 2011 en rapport avec ce programme de maintien des actifs immobiliers, de l’équipement et du mobilier des installations du réseau de la santé et des services sociaux. Ni en juillet, ni à un autre moment de l’année. Ça semble être la première fois qu’on en fait un tel étalage.

Tout cela en plein mois de juillet, après que le premier ministre ait dit, il y a quelques semaines à peine, que le mois de juillet était fait pour se reposer et non pour faire de la politique.

Et malgré cela, le premier ministre nie encore être en campagne électorale.

N’en doutons plus: Jean Charest, Sam Hamad et bien d’autres ministres se moquent de nous.

Nous sommes déjà en élection.

– – –

Important: rappel au sujet du contexte dans lequel je publie ce texte.

De la discrétion partisane

Cet espace est essentiellement personnel, mais il se trouve qu’on y réfère parfois dans un contexte professionnel. Et d’ailleurs, est-ce qu’il ne faut pas tenir pour acquis que tout ce qui est exprimé sur le Web sera forcément amené à être interprété dans un contexte un peu flou? Je le crois.

C’est la raison pour laquelle j’évite, en temps normal, de faire inutilement étalage de mes convictions politiques sur mon blogue. Je n’ai pas voulu en faire un espace trop partisan parce que je pense qu’il est important de ne pas tout confondre; d’autant que j’ai dans le cadre de mon travail à collaborer tous les jours avec des gens de toutes les allégeances partisanes — avec du personnel politique et des cabinets ministériels. Aussi parce que mes opinions n’engagent évidemment que moi et que je ne souhaite pas qu’elles se trouvent à engager, même indirectement, mes collègues de travail — ou à compliquer des dossiers déjà complexes par leur nature.

Je crois qu’il est préférable d’éviter d’exprimer trop publiquement sa partisanerie politique hors des périodes électorales, afin de favoriser un travail efficace avec ceux et celles qui ont été élus et avec ceux qu’ils ont nommés à différents postes. C’est ainsi que fonctionne la démocratie, c’est ce sur quoi reposent nos institutions — et cela me semble absolument fondamental. Il ne s’agit pas d’ignorer ses valeurs ou de faire abstraction de ses convictions, mais d’accepter de faire avec le contexte — par respect des personnes et des institutions.

Mais en période électorale, ce peut être différent. Ce doit être différent.

L’élection, c’est le moment où nous sommes spécialement invités à défendre nos convictions, dans un contexte partisan, à titre de citoyen. C’est un moment très particulier. C’est un moment privilégié pour débattre.

Et nous sommes presque en élection — nous le serons vraisemblablement dans quelques jours.

Je serai donc moins discret, plus partisan, au cours des prochaines semaines — en faveur du Parti Québécois, dont je préside l’exécutif de la circonscription de Louis-Hébert.  La transparence m’invite à le dire.

Je serai moins discret afin de pouvoir participer pleinement à cet indispensable moment de notre vie collective — et parce que je pense que ce sera une élection particulièrement importante pour l’avenir de la société québécoise.

Je reprendrai mes habitudes de discrétion, de non-partisanerie, après l’élection — pour les mêmes raisons qui m’ont amené à l’être jusqu’à présent.

Au sujet du manifeste de la CLASSE

Il y a quelques jours Le Devoir publiait le manifeste de la CLASSE, intitulé Nous sommes avenir.

De nombreux échanges ont immédiatement suivi, notamment sur Twitter, où j’ai eu l’occasion de déplorer les raccourcis par lesquels certains critiquaient le texte. Dans la foulée, j’ai proposé à Mario Asselin de sortir des 140 caractères pour préciser sa pensée. Il l’a fait ce matin. Je l’en remercie.

Presque au même moment où je prenais connaissance du texte de Mario, j’ai aussi eu un échange avec un ami, par Facebook et par courriel, au sujet du manifeste.

C’est comme ça que mon opinion sur le sujet prend forme lentement. Voici mes réflexions à ce stade:

Je trouve inutile de reprocher à la CLASSE de faire appel à un vocabulaire suranné et à un ton clinquant. On s’en fout, c’est du style! Et puisque c’est destiné à rejoindre des gens qui se reconnaîtront dans ces choix, pourquoi pas? Tout au plus peut-on déplorer que cela fasse un peu prêchi-prêcha.

Je trouve intéressante l’idée de viser « une démocratie directe sollicitée à tous les instants ». Je pense que Mario a tort de prétendre que cela signifierait forcément « interroger le peuple aussi souvent que possible » — parce que la démocratie c’est plus que de répondre à des questions par un vote. Favoriser l’engagement des citoyens dans divers organismes, multiplier les occasions d’échanges entre eux, favoriser l’émergence de médias plus participatifs, mettre en place des mécanismes de consultation continue et miser sur la transparence de l’État: ce sont tous des moyens de favoriser l’exercice d’une démocratie plus directe et moins centrée sur la tenue d’élections.

Je déplore toutefois l’opposition que la CLASSE semble faire entre « démocratie directe » et « démocratie représentative ». Je pense qu’il n’y a pas là d’opposition, mais plutôt deux choses complémentaires qui sont nécessaires à un exercice efficace de la démocratique.

Dans la même perspective, je déplore le manque de considérations pour nos institutions que je sens se faufiler entre les phrases du manifeste. Je pense toutefois que Mario exagère en allant jusqu’à dire que cela sous-tendrait « un déni de la responsabilité individuelle ». Par ailleurs, je ne peux m’empêcher de penser que le cynisme et l’insolence du gouvernement actuel au regard de nos institutions sont bien plus dommageable que la candeur du programme de la CLASSE à cet égard.

Je pense qu’il faut prendre le temps de réfléchir et de débattre du concept de la « juste part » — et éviter d’en balayer toute critique du revers de la main comme le fait Mario dans son texte. Je le comprends un peu parce que c’est un concept qui est central dans l’argumentaire de la CAQ — mais, justement pour cette raison, il me semble que ce serait doublement intéressant de s’y intéresser davantage.

Sur le reproche qui a été fait à la CLASSE de s’être approprié un peu trop facilement le « nous » et de parler comme si le mouvement représentait l’ensemble du peuple québécois, je trouve que plusieurs commentateurs ont la mèche courte. L’inclusion est un procédé qui me semble normal dans un texte qui vise à rallier pour bâtir un rapport de force et je pense qu’il ne faut pas y voir davantage. Je trouve que ceux qui s’offusquent le plus de cela témoignent surtout de l’importance qu’ils accordent au mouvement. Je ne lui en accorde pas tant.

Une critique plus pragmatique du « nous » me rejoint toutefois. C’est celle des « membres involontaires » de la CLASSE, comme cet ami qui me dit:

« Je comprends que de l’extérieur, on peut trouver ça « beau » que la CLASSE ait l’audace d’écrire un tel manifeste. (…) Cependant, je suis, oui, foutument exaspéré. Exaspéré parce que j’ai l’impression de me retrouver par défaut membre du Parti Communiste. (…) J’aimerais me désaffilier de la CLASSE mais c’est impossible. »

Je reconnais qu’il y a un problème d’extension de la portée du « nous » qui est plus inconfortable de ce point de vue que de celui des commentateurs extérieurs.

Cet ami n’est pas resté les bras croisés:

« C’est pourquoi j’ai simplement créé ce groupe facebook. C’est inoffensif, ils gardent mon 1$ et mon « 1 membre de plus » que je représente en leur sein, mais j’ai le droit de dire publiquement que parmi leurs nombreux membres, il y en a pas mal qui n’endossent rien de ce qu’ils crient trop fort. »

Je salue son initiative. C’est aussi ça la démocratie.

* * *

Je m’interroge par ailleurs, de façon plus générale, sur la place qu’occupe la CLASSE dans l’actualité et sur la place qu’ils occuperont vraisemblablement dans le cadre de la prochaine élection.

Certains déplorent une certaine confiscation de l’espace public par le mouvement étudiant et un accaparement des médias par les thèmes qui lui sont chers. Ainsi, il serait plus difficile de parler de langue, d’une meilleure gestion de nos ressources, de politiques énergétiques ambitieuses, de soins médicaux à domicile, d’intégrité et du bilan gouvernemental. De la souveraineté aussi — parce qu’il le faudra bien, parce que c’est plus que jamais nécessaire.

Je ne le crois pas.

C’est vrai que cela peut sembler compliqué de parler de tout cela dans un contexte aussi chargé que celui qui s’annonce, mais je ne pense pas que le silence amorphe de la politique des dernières années était plus propice à faire avancer d’autres causes.

Prêcher dans le désert, c’est plus facile — mais c’est inefficace. J’aime mieux me battre pour des idées dans un espace public animé que de devoir lutter contre l’indifférence.

Et pour ça, je pense qu’il faut apprécier la contribution de la CLASSE pour (re)dynamiser l’espace public et politique — malgré ses traits parfois caricaturaux et ses quelques excès (de démocratie directe, notamment).

Et c’est pour cela que ce manifeste me plaît bien — dans le mesure où on prend le temps de le mettre en contexte.

Festival

J’y suis resté qui vingtaine de minutes. Au milieu de la rue. Appuyé sur la barrière qui indiquait pour l’occasion « Rue Saint-Jean piétonne ».

Il faisait très beau. Il y avait foule. Les gens déambulaient, détendus, au son des fanfares. Ambiance de festival.

Il y avait cet homme très mince, bermudas noirs, chemise très blanche, les bras croisés, qui marchait seul, cou tendu, regard fixe, apparemment insensible à toute distraction. Ses protubérants mollets m’ont fait penser que ce devait être un vieux cycliste.

Cette femme fin-trentaine aussi, au regard marron, particulièrement perçant. Impossible de ne pas la remarquer avec son élégante petite robe rouge agrémentée de dentelles, ses clavicules saillantes, ses épaules musclées et son bras tatoué. Une femme forte, à n’en pas douter. Je n’aurais pas été surpris d’apprendre qu’elle était trapéziste. Ce n’est que maintenant, en regardant la photo que j’en ai faite, que je remarque la prise athlétique de ses mains sur la poignée de la poussette.

Un peu plus loin, assise sur le trottoir, les pieds dans la rue, il y avait cette petite fille aux cheveux blond clair attachés de chaque côté de la tête. Elle devait avoir deux ans. L’émerveillement se lisait dans ses yeux. Elle portait une camisole bleu pâle. Son père, assis à côté d’elle, était aussi souriant. Il portait une camisole bleu marine. Et juste derrière eux: une poussette des deux mêmes bleus pour le plus grand plaisir du photographe. L’image du bonheur en sandales.

En me retournant j’ai eu tout juste eu le temps de voir passer cet homme chevauchant fièrement un BMX vêtu d’une camisole blanche portant l’inscription « Cocaïne & caviar » avec une typographie soignée. Bâti comme un boxeur, les bras tatoués sur presque toute leur surface, il semblait tout droit sorti d’un film de Luc Besson.

J’ai aussi été touché par cette vieille dame, très maigre, remontant péniblement la rue appuyée sur une marchette secouée par les pavés. Habillée comme une rockeuse, jupe courte noire et veste de jeans, elle portait le macaron lumineux du Festival bien en évidence. Visiblement, rien n’allait l’arrêter. Rock and Roll! Je me suis surpris à l’imaginer au bras du vieux cycliste, mais en y pensant bien, je me dis qu’elle préfèrerait probablement prendre une bière avec le type du BMX.

Les trois ados et leurs skateboards installés en bordure de la rue pour voir passer les filles, le clarinettiste à la recherche d’une scène et l’homme poussant un panier d’épicerie vide m’ont aussi fait sourire.

J’ai ensuite repris ma route, devenant à mon tour personnage dans cette foule bigarrée.

La seule forme de prudence convenable

Dernière journée avant les vacances.

Reste plus qu’à faire la réunion du conseil d’administration, pour adopter plan d’action et budget pour la prochaine année. Et partir l’esprit d’autant plus tranquille.

Des vacances à lire, écrire, jouer et travailler dehors, rénover — et voyager un peu.

Des vacances dont la fin coïncidera probablement avec le déclenchement d’une élection au Québec. Une élection déterminante — dans laquelle je compte m’engager pleinement. Cela me semble indispensable.

C’est tout cela — les défis personnels, professionnels et collectifs/sociaux — qui me sont revenus à l’esprit en traversant ce matin le terrain de l’Assemblée nationale, où j’ai croisé (la statue de) René Lévesque.

Ses mots m’ont touché.

Fin d’année

New York. C’était en juin.

Le mouvement incessant. L’énergie. Les possibles.

Un tournant. Pourquoi? Pour rien.

Pour rien en particulier. C’est seulement qu’à partir de là les choses se sont enfin mises à tomber en place. Après tellement d’efforts et de persévérance.

On a fait des réunions aux demi-heures toute la journée. On a marché dans la ville une partie de la nuit. On a jasé. On a soupiré. On a ri. On s’est émerveillé. On a rêvé. On s’est dit que tout cela ne faisait encore que commencer et on a continué à inventer la suite.

Et la suite est enfin arrivée.

Un mois plus tard, on peut presque dire mission accomplie: nous avons traversé une année difficile, sans jamais perdre confiance. Et la semaine prochaine nous adopterons le plan d’action et le budget pour l’an prochain — enfin!

Je partirai ensuite quelques semaines en vacances. J’en ai bien besoin. Pour me reposer, tout simplement, mais aussi pour tourner la page, avant d’entreprendre un nouveau chapitre de l’extraordinaire aventure que nous sommes en train de vivre.

Ce qui s’en vient est très stimulant. L’année qui s’amorce s’annonce aussi prometteuse qu’exigeante. On aura — enfin — les moyens de nos ambitions — qu’il faudra néanmoins continuer de poursuivre en relevant un à un les défis qui se présenteront à nous.

Première étape: s’assurer de débuter l’année bien reposé.