Le confort du narrateur

Dimanche matin.

Une heure de pelletage (encore!).

Mais surtout le plaisir de parcourir lentement les textes que j’avais mis de côté cette semaine et les suggestions des infolettres auxquelles je me suis abonné au cours des derniers mois.

***

Le texte de Francine Pelletier publié dans Le Devoir du 13 février m’a particulièrement fait réfléchir.

Je trouve que le texte illustre bien une posture que nous avons trop souvent devant les changements technologiques — et peut-être particulièrement au Québec.

Nous analysons trop souvent les événements comme si nous n’en étions pas partie prenante, en décrivant nos observations comme le ferait un narrateur extérieur à l’histoire racontée.

Cela nous permet de juger des actions de tout le monde, de prêter des intentions à chacun… tout en évitant de nous interroger sur notre propre rapport aux phénomènes qui sont au coeur des événements: sur notre rôle dans cette histoire.

C’est, bien sûr, le plus souvent un choix inconscient.

Je trouve donc qu’il y a de ça dans le texte de Francine Pelletier, quand elle décrit les médias (traditionnels) comme les victimes des médias sociaux.

Leur affaiblissement, dit-elle, serait le résultat d’un injuste rapport de force entre la rigueur intellectuelle et l’irresponsabilité des nouvelles plateformes «qui supplantent aujourd’hui tous les autres médias [et] leurs deux grandes forces: la vérité (…) et la capacité d’exiger des comptes des pouvoirs politiques économiques et autres».

Ça tourne les coins un peu ronds.

Et ça fait surtout abstraction de la responsabilité des médias dans la situation actuelle.

Il est pourtant indéniable que le temps que cela a pris aux entreprises de presse pour accepter de remettre en question leur modèle économique a largement contribué à la situation actuelle.

Leur candeur initiale devant les promesses de Facebook a aussi accéléré la chute et donné un sérieux un coup de main à Mark Zuckerberg.

Les grandes entreprises de presse ont d’une certaine façon été les complices, plus ou moins volontaires, de la situation actuelle.

***

Dans l’infolettre Mental Models Weekly, Julia Clavien décrit cette semaine les quatre stades de la compétence:

Premier stade: l’incompétence inconsciente

Deuxième stade: l’incompétence consciente

Troisième stade: la compétence consciente

Quatrième stade: la compétence inconsciente

C’est un modèle qui me semble beaucoup plus pratique et constructif pour analyser la situation des médias (traditionnels) par rapport aux médias sociaux.

De mon point de vue, les médias (traditionnels) seront restés plus de dix ans au premier stade.

Depuis deux ans, ils sont pour la plupart passé au deuxième stade — avec le grand inconfort qui l’accompagne.

Pour pouvoir passer au troisième stade, il leur faudra apprendre, pratiquer, expérimenter, faire des erreurs, apprendre de ces erreurs.

Je pense que c’est d’ailleurs un peu ce à quoi Clay Shirky fait référence quand il dit — dans le texte cité par Francine Pelletier:

«I think the first thing to recognize about the commercial structures of the newspaper industry is that it is not enough for newspapers to run at a profit to reverse the current threat and change. If next year they all started throwing off 30 percent free cash flow again, that would not yet reverse the change (…)

«…the likelier it is that the irreplaceability of newspapers suggests that the next step needs to be vast and varied experimentation….»

Il faudra, par exemple, apprendre à se passer de Facebook et mettre en place des stratégies pour retrouver un contact plus direct avec les lecteurs (ce que Le Devoir fait d’ailleurs très bien depuis quelques temps avec ses nouvelles infolettres).

Je suis beaucoup plus optimiste que Francine Pelletier: je pense que l’incertitude et ce sentiment d’incompétence durera encore cinq à dix ans. Certainement pas cent ans.

***

Dans ce cas il était question des médias d’information, mais il me semble évident qu’on tombe aussi trop souvent dans le même piège — en succombant au confort du narrateur — lorsqu’on évoque les enjeux autour de Netflix, Spotify, Amazon et les autres géants d’Internet.

Avant de tirer des conclusions sur ces enjeux, on devrait toujours commencer par se demander «j’y suis pour quoi, moi, dans cette situation? De quelle façon mon action (ou mon inaction) contribue-t-elle à la situation que j’analyse?».

Parce que tant qu’on n’a pas répondu à ces questions, on risque de passer à côté de l’essentiel — et de se tromper de cible au moment d’agir.

L’expérience démontre que c’est très rare qu’on n’y est vraiment pour rien. Rare que le problème n’est la faute que de l’autre — aussi gros et impérialiste puisse-t-il être. Rare qu’on puisse trouver une solution sans devoir adapter nos propres comportements.

C’est d’ailleurs ça qui est beau avec la révolution numérique — c’est qu’on peut facilement en être acteur… si on en a envie.

C’est moins confortable, mais tellement plus l’fun!

Offrir une vue d’ensemble

Je suis fasciné par Alexandria Octavio-Cortez — au point où je pense que j’en suis fatiguant pour mes proches.

La plupart des observateurs soulignent son positionnement très à gauche (elle revendique le terme socialiste). Certains craignent même que cela ne contribue à la réélection de Trump.

Pour ma part, c’est pour toute autre chose que je la trouve exceptionnelle.

Je suis surtout impressionné par sa capacité à expliquer simplement les liens complexes qui unissent les défis auxquels la société étatsunienne est confrontée: l’environnement, l’économie, l’immigration, l’éducation, notamment.

L’entrevue qu’elle a accordée à The Intercept il y a quelques semaine est très intéressante à cet égard.

Le Green New Deal, dont elle est la marraine, est aussi un remarquable exemple de ses habiletés pédagogiques.

Le Green New Deal n’est pas une proposition purement environnementale. C’est une vision globale pour la société étatsunienne.

Et il semble y avoir y avoir un grand appétit dans la population pour ce type d’approche plus globale. En particulier chez les jeunes.

Malheureusement, au Québec, peu d’élu.e.s semblent intéressé par ce type de politique. On est encore trop souvent dans une bataille au jour le jour pour gagner l’attention des médias, un sujet à la fois.

On parle d’environnement un jour. D’immigration le lendemain. Puis d’économie, d’éducation, de transport — comme si c’était autant de sujets sans liens les uns avec les autres.

On ne pourra pourtant pas répondre aux enjeux liés aux changements climatiques sans une préoccupation pour l’équité fiscale, par exemple.

Emmanuel Macron l’a appris à ses dépends en provoquant la crise des gilets jaunes par une application injuste d’une taxe sur le diesel.

Les citoyens des régions, qui dépendent de leur voiture pour aller travailler, ont eu raison de protester, voyant que la taxe qui leur était imposée n’avait pas d’équivalent pour le kérosène des avions, dont les riches sont les principaux utilisateurs.

Ils ont eu raison de dire que ce n’est pas normal que les propriétaires de voiture électrique — plus riches que la moyenne — ne payant plus la taxe sur l’essence, contribuaient de moins en moins aux coûts d’entretiens des routes, alors qu’ils les utilisent tout autant.

La fiscalité carbone ne peut pas être dissociée de l’équité fiscale dans son ensemble.

***

Je rêve d’un parti politique qui, au lieu de chercher à gagner chaque journée, mettra sur la table un plan d’action pour aider la société québécoise à relever les défis du XXIe siècle. En sachant qu’il faudra défendre ce plan tous les jours, pendant des mois, pour l’expliquer, et que l’adhésion à ces idées ne viendra qu’avec le temps, et qu’elle dépendra de la mobilisation des forces vives de la société.

Je crois que le Parti Québécois serait le mieux placé pour faire ça, notamment grâce à la capacité (qu’il a déjà eu — l’a-t-il encore?) pour rallier des gens de tous les horizons politiques. Mais encore faudrait-il que ses principaux leaders aient envie d’une telle aventure.

En attendant, j’observe Alexandria Octavio Cortez et son équipe rebrasser les cartes de la politique étatsunienne avec le sourire, en proposant beaucoup plus souvent qu’elle ne critique.

J’ose croire que je ne suis pas le seul à trouver ça inspirant.

Et toi, tu ferais quoi avec le PQ?

— Ok, ok… ça va pas bien, on est d’accord, mais tu ferais quoi toi avec le PQ?

C’est la question que je me suis fait poser à la fin d’un échange avec des amis cette semaine.

Je reconnais que la question est légitime, parce que quand on se permet de critiquer il faut aussi avoir le courage de se mettre en mode proposition.

Alors je veux bien y répondre… mais comme j’ai choisi de prendre quelques distances du Parti Québécois et que je ne veux surtout pas donner l’impression de prendre une position de donneur de leçons, je précise d’entrée de jeu que je formule ma réflexion avec beaucoup d’humilité. Je le fais dans l’espoir de contribuer à une réflexion qui, je le sais, se fait par ailleurs dans les différentes instances du parti… dans un contexte beaucoup plus complexe que le mien.

Cela dit, je ferais quoi du PQ dans la situation actuelle?

Je pense que je commencerais d’abord par reconnaître que les résultats de la dernière élection ne sont pas seulement dus aux circonstances (appel du changement, émergence de Québec solidaire, etc.). Ils ne sont que l’énième (l’ultime?) étape d’un long décrochage du parti, auquel une très large partie de la population ne souhaite maintenant plus être associée.

J’exprimerais ensuite l’absolue nécessité de refonder le parti. Et je mettrais tout sur la table: le programme, la structure et, bien sûr, le nom du parti (dont le changement ne devrait avoir lieu qu’au terme de la refondation, comme un geste symbolique qui marque la fin de la métamorphose, et non le début).

Je mettrais finalement sur la table une proposition de départ pour guider les échanges qui devront guider la refondation. Un texte court, qui devrait énoncer clairement les principes qui devraient être au coeur de la transformation du parti.

Quelque chose comme:

  1. Nous croyons que l’expression culturelle et la fréquentation de la culture doivent être la base de l’identité nationale et de notre vie démocratique.
  2. Nous croyons que l’éducation doit avoir comme premier objectif le développement de la confiance en soi et l’autonomie de toutes les citoyennes et de tous les citoyens.
  3. Nous croyons que le rôle de l’État est de s’assurer que le développement économique de la nation québécoise se fait de façon équitable pour tous les citoyens et pour toutes les citoyennes.
  4. Nous savons que le développement équitable de la société québécoise est dorénavant conditionné par les enjeux associés aux changements climatiques et que cela nous oblige à réfléchir continuellement avec une perspective environnementale planétaire.
  5. Nous croyons que l’indépendance politique du Québec est nécessaire pour pouvoir concrétiser les quatre principes précédents.
  6. Nous reconnaissons toutefois que la souveraineté dont le Québec a besoin pour assurer son développement n’est pas seulement liée à son statut constitutionnel. Sa dépendance croissante à l’égard de certaines entreprises médiatiques, technologiques, pharmaceutiques et agroalimentaires, par exemple, est également préoccupante.
  7. Toutes les personnes qui adhèrent aux six principes ci-dessus sont invitées à joindre le parti pour débattre des meilleures façons de les concrétiser.
  8. Le premier rôle du/de la chef.fe de notre parti est d’arbitrer les débats au sein du parti et d’agir comme porte-parole des décisions qui auront été prises au terme de ces débats.

Je préciserais en conclusion que l’objectif de cette démarche ne doit pas être de plaire à tous les membres actuels du Parti. L’exercice doit avoir pour objectif prioritaire de susciter l’intérêt de celles et ceux qui seront au coeur de la vie démocratique en 2026 et en 2030. Il faut se donner de la perspective!

Inutile de se raconter des histoires: le Parti Québécois ne reprendra vraisemblablement pas le pouvoir en 2022. Il faut maintenant travailler avec une perspective de 8 ans… voire plus.

Pour cette raison, on devrait aussi assumer que ce qui est important pour le Parti Québécois ce n’est pas d’être pertinent à la prochaine session parlementaire, ou même à la suivante. Il ne s’agit plus de gagner la journée, ou d’être au coeur des travaux parlementaires — du moins pas à court terme. Le parti est en convalescence. Il faut travailler sur lui avant de pouvoir prétendre retrouver notre place dans le feu de l’action.

Et, de grâce, ne me demandez pas ce que René Lévesque penserait de ma proposition.

Ça n’a absolument aucune importance.

Une question de consentement

Je suis fasciné par l’article de Fabien Deglise dans Le Devoir de ce matin au sujet de l’expérience de reconnaissance faciale menée par Ivanhoé Cambridge à la Place Sainte-Foy. Fasciné, surtout, par la nature de la réponse apportée par l’entreprise, en réaction aux inquiétudes exprimées par les consommateurs.

Je précise d’entrée de jeu que:

  • Je ne suis pas contre le progrès.
  • Je ne suis pas naïf — je sais qu’on est déjà filmés un peu partout.
  • Je sais même que quand on utilise le wifi gratuit dans un centre commercial on donne souvent aussi le droit au propriétaire des lieux de suivre nos déambulations (ce que peu de gens savent… et ce n’est pas banal).
  • J’utilise même la fonction de reconnaissance faciale de mon iPhone, qui se déverrouille quand il reconnaît que c’est moi qui le regarde.

C’est dire à quel point je suis ouvert à tout ça. Je suis un geek sympathique. Je pense.

Le problème n’est pas là.

On n’est pas devant un problème technologique ici… on est dans un problème de consentement, d’intention et, plus globalement, de confiance.

Je n’ai pas l’occasion de consentir formellement à ce que des données sur moi soient captées, je ne connais pas les intentions réelles de Ivanhoé Cambridge avec ce projet et je n’ai pas forcément confiance dans la démarche.

Quand j’active la fonction de reconnaissance faciale de mon iPhone, je fais un choix. J’assume les risques associés. Parce que j’y trouve mon compte.

Même chose quand je choisis, volontairement, d’utiliser le wifi dans un espace public.

Mais là? Comment j’y trouve mon compte? Il y a quoi dans la balance pour moi? Pourquoi je donnerais mon consentement à cette analyse de ma personne et de mon comportement?

Pour le moment, ma seule façon de refuser de donner mon consentement c’est de ne pas aller dans ces commerces, ou pas du tout à la Place Sainte-Foy.

Est-ce qu’il y aura des balises pour encadrer ce qui sera fait des données, et comment pourraient-elles se transformer au fil du temps, notamment au regard des méthodes de captation et de la conservation des données?

Ça fait beaucoup de questions sans réponses.

À la lecture de l’article du Devoir, je comprends que Ivanhoé Cambridge (avouons qu’il est tentant de badiner en ajoutant un Analytica au bout du nom…) tente de se présenter sous un meilleur jour que les grands détaillants en ligne.

«L’achat en ligne est extrêmement personnalisé parce que les consommateurs y ont abandonné leur vie privée en faisant circuler beaucoup d’informations. Les joueurs dans ce domaine sont capables de collecter une trop grande richesse d’informations qui va trop loin et débouche sur plusieurs dérapages. Ce n’est pas là que nous voulons aller.»

En gros la défense est: Amazon et les autres font bien pire quand vous faites des achats sur leur site Web. Et c’est vrai. Mais au lieu d’adopter une approche différente qui présenterait le magasinage de proximité comme une alternative à la surveillance dont on fait l’objet en ligne, vous choisissez de vous vanter une nouvelle forme de surveillance soi-disant plus éthique? Il me semble qu’une autre voie était possible: chez nous, il n’y a pas de surveillance sans consentement, par exemple.

«…les clients vont être filmés afin de déterminer leur âge, leur sexe, mais également mesurer leur humeur. La technologie utilisée (…) extrait les caractéristiques démographiques d’un visage de manière approximative pour l’âge et estime l’humeur du sujet tout comme le positionnement de son regard. La photo est immédiatement détruite, assure [Stéphane Marceau, patron de Galilei, une entreprise liée à l’Université Concordia qui travaille dans le développement éthique et responsable de la technologie] et l’information, agrégée de manière anonyme. Aucune base de données de visages n’est créée, aucun croisement avec des données personnelles liées à la carte de crédit ou un programme de fidélisation n’est effectué.»

Cela me rappelle le genre de réponse drapée d’un ton rassurant qu’on a entendue pendant les audiences publiques aux États-Unis, lorsque Google et Facebook sont venus (tenter d’) expliquer tout le monde que nos données personnelles n’étaient pas vendues.

Heureusement qu’aucune base de données des visages n’est faite et qu’ils ne sont pas associées à notre insu à nos cartes de crédits ou programmes de fidélisation, ce serait ben le boutte du boutte!

Mais qu’est-ce qui sera fait avec ces données, aussi anonymes soient-elles? Est-ce qu’elles serviront à diriger vers nous des publicités encore plus ciblées à l’entrée des commerces, par exemple? Question de nous influencer de façon encore plus efficace et de nous faire dépenser encore plus? Ce n’est peut-être pas mal en tant que tel, mais c’est une question légitime, il me semble.

Je poursuis avec l’article:

« Les préoccupations pour la vie privée doivent être aujourd’hui au coeur du développement de la technologie, dit M. Marceau. Le consommateur ne réalise pas toujours jusqu’à quel point dans le monde en ligne il se dévoile par des processus analytiques très granulaires qui le ciblent directement. De notre point de vue, il faut baliser ces projets et être transparent pour mettre en place les assises d’une bonne gouvernance des données dans le commerce de détail qui respecte la vie privée. »

Je suis d’accord avec ça — mais je m’interroge sur la démarche de Ivanhoé Cambridge dans ce contexte. Est-ce que la transparence est vraiment au rendez-vous?

«Galilei et Ivanhoé Cambridge espèrent par cette transparence « ouvrir la conversation » avec les consommateurs, les législateurs, les penseurs de la modernité sur l’intelligence artificielle et les conséquences de ces outils d’analyse et de surveillance sur la société et les libertés individuelles.»

De mon point de vue, pour pouvoir parler sérieusement de transparence et de conversation il faudra faire beaucoup plus que nous assurer que le processus d’analyse est anonyme.

Il faudra aussi expliquer l’usage qui sera fait de ces données, les avantages que les consommateurs pourront en tirer, les balises qui seront mises à l’utilisation des données — et vraisemblablement mettre en place un comité de surveillance dans lequel les consommateurs auront une place.

(et d’ailleurs, qu’est-ce qui est fait avec les données recueillies par les bornes wifi en rapport avec nos cellulaires et nos déplacements? Si on commençait la transparence par là? Remarquez: je ne m’y oppose pas, mais je veux savoir et comprendre. Ça doit faire partie du deal.)

«En matière d’intrusion dans la vie privée, il y a beaucoup de dégâts qui ont été faits, admet M. Marceau. Ce que nous proposons ici, c’est un nouveau modèle qui cherche à faire évoluer le commerce de détail en mettant l’accent sur les questions éthiques, pas à la fin, mais au début du train. »

Je salue l’idée de faire évoluer le commerce de détail en mettant l’accent sur les questions éthiques.

Mais je m’interroge sur la façon qui a été choisie pour amorcer la conversation souhaitée.

Mon blogue en 2018

2018 n’est pas encore tout à fait terminée, mais c’est aujourd’hui que je prends le temps de faire un petit retour sur la dernière année de mon blogue.

Premier constat, ça a été une très bonne année pour le nombre de publications. Ce texte est le 123e publié en 2018. Ce qui fait de 2018 la quatrième meilleure année à ce titre depuis 2002 (voir les statistiques complètes au bas du texte).

Deuxième constat, je suis content de continuer à écrire d’abord et avant tout pour moi, sans chercher les sujets qui pourraient me ramener plus de lecteurs. Ce serait pourtant facile si c’était mon objectif… ça se voit bien à l’analyse du palmarès des textes les plus lus (entre parenthèses le nombre de visionnements).

1- Le bon vieux papier (866)

2- J’accuse Patrick Lagacé (550)

3- Ce que j’ai pensé du livre de Sébastien Proulx (439)

4- Crêpes (398)

5- Diplôme d’études secondaires sans maths ni sciences (394)

6- Une nouvelle forme de parti politique (379)

7- L’élargissement d’Henri IV… encore! (346)

8- Québec 1989-2019 (328)

9- Marcher — 2 (320)

10- Parodie (290)

On constate en effet que trois des dix textes les plus lus sur mon blogue au cours de la dernière année sont des coups de gueule en réaction à des articles publiés dans les médias (1, 2 et 10). Deux autres textes sont directement en échos à l’actualité (3 et 7).

Les deux plus grandes surprises dans cette liste sont en 4e et 5e positions. Ce sont c’est textes increvables, années après années… pour des raisons mystérieuses.

Crêpes a été écrit en janvier 2008. Il raconte simplement une anecdote familiale… mais il fait pourtant le top 10 chaque année. Pourquoi? Je ne sais pas. Il y a tant de monde que ça qui cherche des recettes de crêpes?

Diplôme d’études secondaires sans maths ni sciences est un très court texte écrit en 2004 en réaction à un article publié dans Le Devoir. Les visiteurs de ce texte ont sans doute été guidés ici par Google… et ne doit faire que des déçus parce qu’il ne contient aucune réponse aux questions qui me semblent pouvoir y mener. Manifestement, il y a *beaucoup* de jeunes (et/ou de parents) qui sont à la recherche d’une trajectoire… année après année.

Ça laisse dans le top 10 trois textes qui ressemblent davantage à ce que j’ai le goût de faire dans la prochaine année (6, 8 et 9): de l’exploration, des réflexions, des récits.

Troisième constat, je suis pas mal fier de tenir ce blogue depuis septembre 2002, et cela quasiment sans interruptions (plus longue interruptions a duré trois mois, en 2011). Et je me trouve encore plus chanceux de constater de pouvoir compter sur des lecteurs pour tous mes textes.

En 2018, ce blogue aura été visité par au moins 11032 personnes différentes qui auront lu 25570 fois l’un ou l’autre de mes textes.

***

Par-delà la gauche et la droite

De retour d’une journée de travail à Montréal, je me suis fait prendre à écouter deux épisodes de balados sur la politique…. alors que je tente depuis quelques semaines de prendre un peu de recul sur tout ça pour éviter de soupirer inutilement tous les jours. Je suis incorrigible…

Tant dans l’épisode des Engagés publics que dans celui d’Esprit politique, ce qui m’a frappé, c’est l’accent qu’on met encore trop souvent (il me semble) sur le positionnement des partis politiques sur l’axe gauche-droite. C’est une perspective qui me semble pourtant de plus en plus insuffisante pour décrire les résultats électoraux, tant aux États-Unis qu’au Québec.

Je pense qu’on sous-estime largement l’influence de la manière de faire de la politique dans les résultats obtenus par les partis, qu’ils soient plutôt à gauche, plutôt à droite, au centre, fédéralistes ou indépendantistes.

Est-ce que c’est parce qu’il avait un programme trop à gauche ou trop à droite que le Parti Québécois a obtenu les résultats qu’on connaît lors de la dernière élection? Je ne pense pas. Est-ce que ce ne serait pas plutôt parce qu’il s’est constamment laissé distraire? Qu’il a adopté des stratégies de communication qui ont aussi contribué à distraire les électeurs des enjeux pour lesquels le parti avait des propositions structurantes et inspirantes à formuler?

Est-ce qu’on ne devrait pas explorer la possibilité que c’est en cherchant à satisfaire l’insatiable appétit des médias pour l’instantanéité et en succombant à la facilité des réseaux sociaux, que plusieurs partis politiques occidentaux sont en train de courir à leur perte?

Est-ce ces partis n’en viennent pas à banaliser leur prise de parole à force d’avoir une opinion sur tout, à tweeter sur tout et sur rien, à s’indigner à tout vent et en entretenant une impression de calculs tactiques et politiques? Une parole alors condamnée à devenir de plus en plus insignifiante? Comment s’étonner alors de la place croissante occupée par les polémistes?

Je pense que pour continuer à être pertinent et retrouver la confiance des électeurs, le Parti Québécois doit s’interroger aussi sur sa façon de participer au débat public. Peut-être parler moins, mais mieux. Se concentrer sur les sujets où il peut faire la différence.

Être pour quatre ans la deuxième opposition lui offre un contexte idéal pour faire ça.

Concourir avec le Parti Libéral (ou Québec Solidaire) en multipliant tous les jours les déclarations inutiles dans le simple but de donner l’impression d’être la première opposition entretiendrait au contraire les causes de la lente désaffection des électeurs depuis 1995.

Il faut cesser de donner l’impression qu’on accorde plus d’importance à gagner la journée qu’à incarner un projet inspirant.

C’est avec cet état d’esprit que je suggère la lecture du texte suivant à celles et ceux qui participeront au Conseil national de la fin de semaine prochaine:

In Victory, Alexandria Ocasio-Cortez Showed That Authentic Progressive Values Can Redefine Political Reality

À vos marques, prêts, pactez!

Déjà 136 000 personnes ont signé le Pacte pour la transition écologique qui est porté par Dominic Champagne.

Toutes sortes de reproches ont été faits à la démarche, comme c’est probablement normal pour tout projet de masse — et particulièrement dans un univers ultramédiatisé comme le nôtre. Ce serait toutefois dommage de se laisser distraire par quelques critiques et de ne pas profiter de l’élan que nous offre le Pacte pour faire quelques pas de plus dans la luttes contre les changements climatiques et la crise écologique en général.

Parce que par-delà l’inévitable côté «bonne conscience» d’une opération comme celle-là, c’est tout un réseau qui est en train de se tisser: une liste d’adresses courriels, une capacité de mobilisation — comme au printemps érable.

Imaginez la force politique que ça pourra représenter de pouvoir rejoindre rapidement un million de personnes au Québec pour susciter des actions en rapport au sujet de l’environnement. C’est un potentiel de mobilisation dont la dimension échappe complètement aux partis politiques. François Legault l’a très vite compris: il est bien préférable de se servir de l’énergie du mouvement que de l’ignorer, voire de lutter contre celui-ci.

***

Sur le fond, il me semble toutefois qu’une dimension devrait être ajoutée au Pacte.

Parce qu’entre les actions individuelles, rapides mais parfois éphémères, et les actions gouvernementales, puissantes mais lentes et complexes à mettre en place, il existe un troisième champs d’action, qui est peut-être même le plus important et qui me semble négligé: la mobilisation locale.

Par-delà les gestes quotidiens, il faut qu’on donne aux personnes qui sont déjà engagées dans leur milieu les moyens de faire plus, de faire mieux et de rejoindre plus de monde: les comités de quartiers, les initiatives zéro-déchets, les groupes communautaires, etc. Et même (surtout même!) ceux dont les projets ont parfois l’air utopiques. Il est là le levain de la transition écologique.

Il faut encourager les gens à s’engager dans ces groupes, ces comités, ces micro-organisations. Pas qu’en donnant un chèque: en fournissant aussi un peu d’huile de coude un peu, ne serait-ce que trente minutes par mois.

Parce que c’est en se retroussant les manches, sur des projets concrets qui ont du sens dans notre milieu immédiat, que tout le reste trouve son sens et que nos comportements peuvent changer de façon durable. C’est ce qu’illustrait très bien les films Demain et Qu’est-ce qu’on attend?

Consacrer une heure par mois à un groupe écologique, ça a un impact sur soi-même et un effet d’entraînement encore bien plus grand que de manger un cheeseburger de moins par semaine ou que de mettre toujours plus de plastique au recyclage.

La potentiel transformateur de cette forme d’engagement, concret, et au coeur des communautés, devrait d’ailleurs être beaucoup mieux reconnu et soutenu par le gouvernement — qui devrait même la mettre au coeur de sa stratégie environnementale.

Faire confiance au monde, reconnaître que c’est dans chaque communauté que naissent généralement les meilleurs solutions, et déployer les moyens nécessaires pour que l’action collective soit au coeur de la transition écologique.

Voilà ce qui est, de mon point de vue, le rôle le plus indispensable d’un gouvernement devant le défi de la transition écologique.

***

J’ai signé le Pacte et je m’engage à compléter bientôt ce geste en m’impliquant concrètement dans les activités d’un organisme environnemental près de chez moi.

Et vous, avez-vous signé?

La polémique comme stratégie politique

Trump n’a pas gagné ses élections malgré ses propos outranciers. Il les a gagnées grâce à ses propos outranciers. Il va falloir finir par le comprendre!

Même chose pour Bolsonaro au Brésil, Doug Ford en Ontario et peut-être bientôt Maxime Bernier, qui a très bien compris ça.

Certains animateurs de radio de Québec utilisent la même stratégie depuis des années et ça marche aussi, encore et encore!

Aucun de ces hommes ne croit tout ce qu’il dit. Ils ne sont pas cons, ils ont juste trouvé un moyen redoutablement efficace pour neutraliser leurs adversaires: en les distrayant, tout simplement!

Pendant que les polémiques enflamment les médias et les réseaux sociaux, leurs opposants n’ont plus d’espace pour présenter leur vision de la société et le projet politique qui l’accompagnent… et c’est ainsi qu’ils deviennent lentement mais sûrement de moins en moins pertinents, jusqu’à l’asphyxie.

N’est-il pas normal de reconnaître plus de leadership à ceux qui maîtrisent aussi bien les ressorts de la communication à l’ère des médias sociaux qu’à ceux qui tombent systématiquement dans le panneau en réagissant chaque fois avec la même indignation sans réaliser qu’ils s’enfoncent dans un lent suicide politique?

Chaque fois que des progressistes s’indignent des propos d’un polémiste de droite il faudrait leur rappeler qu’ils sont encore en train de tomber dans le panneau et qu’ils sont en train de réunir les conditions de leur propre perte. Dont feed the troll!

La plus indispensable compétence d’un.e. leader aujourd’hui c’est d’être capable de désamorcer une polémique et de reprendre le contrôle de la conversation et de l’espace médiatique. Pour être capable de présenter un autre projet de société.

Si on n’apprend pas ça rapidement il va falloir se faire à l’idée de voir de plus en plus souvent des trolliticiens remporter les élections.

C’est une perspective bien peu réjouissante… dont on aura été complices si on se laisse trop souvent porter par une vaine indignation.

Qu’est-ce que le nationalisme?

La section Duel politique de La Presse+ d’hier nous proposait de réfléchir à ce que ça signifie d’être nationaliste aujourd’hui.

Je trouve que les points de vue proposés ne sortaient pas tellement des sentiers battus. Les résultats des dernières élections nous démontrent pourtant clairement le besoin de renouveler notre façon d’aborder cette question.

Je ne me résigne pas à devoir choisir entre le multiculturalisme postnational de Justin Trudeau et la défense du modèle québécois.

Je suis las de ces conceptions désincarnées du nationalisme qui ont en commun de croire que ce sont les gouvernements qui déterminent les rapports que les peuples entretiennent avec le monde. Je n’y crois pas.

Je crois que le nationalisme, c’est d’abord et avant tout faire confiance au monde. Faire confiance au peuple — faire confiance aux citoyens et travailler à organiser l’espace politique de manière à favoriser leur expression et l’efficacité de leurs actions.

Être nationaliste, c’est utiliser l’État dans une perspective émancipatrice — aux plans individuels et collectifs.

Être nationaliste, c’est éviter autant que possible les lois et les règlements qui briment les initiatives ou qui contraignent l’innovation.

C’est avoir confiance dans l’avenir plutôt que de se réfugier dans le statu quo ou la nostalgie.

Dans cette perspective, un gouvernement nationaliste est un gouvernement qui consacre prioritairement ses ressources à l’éducation: pour aider les citoyens à réfléchir de façon autonome, à cultiver leur esprit critique et à développer leur goût d’entreprendre.

C’est aussi un gouvernement qui aborde spontanément les enjeux identitaires sous l’angle de la culture, en misant sur les artistes et des personnalités inspirantes dans tous les domaines (scientifiques, historiens, gens d’affaires, etc.) pour développer la fierté nationale.

J’aimerais qu’on revienne à la base: être nationaliste, c’est reconnaître son appartenance à un peuple qui partage une histoire, dont on est fier, et à qui ont fait confiance pour inventer des façons d’assurer sa survivance.

Être nationaliste, c’est avoir confiance en nous.

Être un gouvernement nationaliste, c’est agir de façon positive, comme un catalyseur des forces vives de la nation, dans tous les domaines, plutôt que multiplier les contraintes et de cultiver les peurs.

C’est à cette forme de nationalisme là que j’ai envie de m’associer en tout cas.

Messages aux députés

Je viens de regarder le discours que François Legault vient de prononcer au terme de l’assermentation des 74 député.e.s de la CAQ. Je dis discours, mais je devrais probablement parler d’allocution tellement c’était simple et bref. Pas de triomphalisme, pas de prétentions inutiles, pas de flafla. J’ai aimé ce que j’ai entendu.

Surtout, le message qu’il a adressé à ses député.e.s était clair:

Je vous demande de rester proche des gens, parler avec eux, s’exprimer pour être compris, d’écouter ce qui les préoccupent et de le faire entendre à l’Assemblée nationale.

Cliché? Non, je n’ai pas trouvé. Ça m’a semblé sincère. Je veux le croire. Et ça m’a fait réfléchir.

Je me suis demandé ce que j’espérais que Pascal Bérubé communique comme message aux neuf député.e.s qui seront assermentés vendredi après-midi.

Je comprends évidemment que le parti n’a pas encore de plan de match pour les prochains mois. C’est normal. Il n’est toutefois sûrement pas trop tôt pour exprimer des attentes, quand à l’attitude à adopter, une ambition, une façon d’aborder les prochains mois.

Après mûre réflexion, j’aimerais que le message qu’il adressera à ses collègues soit aussi pragmatique que celui du Premier Ministre Legault (va falloir s’habituer!). Quelque chose comme:

Je vous demande de lever un peu les yeux des réseaux sociaux, de sortir de la bulle péquiste et d’aller dès maintenant à la rencontre des gens qui ont délaissé notre parti au fil des ans. Il faut les écouter, sans essayer de convaincre ou d’expliquer, juste pour mieux comprendre.

Il faut qu’on se laisse déranger un peu. Si on ne fait pas ça, et qu’on passe les prochains mois à gratter le bobo entre nous, notre analyse ne donnera rien d’autres que quand on a fait la même chose par le passé. Et si on mise sur le fait que le temps va finir par arranger les choses, on va juste continuer à mourir à petit feu. Il est urgent de s’élever un peu et d’accueillir les points de vue divergents.

Je serais très déçu que le discours de vendredi se limite à des généralités, à une forme d’optimisme convenu ou qu’il vise simplement à nous faire patienter jusqu’à la reprise des travaux parlementaires. Je souhaite y voir message clair: une invitation à sortir des sentiers battus.

Je sais qu’il y a beaucoup de monde profondément déçus par le résultat de l’élection mais qui sont encore prêts à se retrousser les manches pour le Parti québécois. Sauf que plusieurs craignent que le parti ne retombe très vite dans ses vieux réflexes et reproduisent les erreurs du passé.

Si on ne dissipe pas rapidement cette crainte, on risque de voir ces personnes se désintéresser définitivement de notre sort.

***

On m’a demandé cette semaine pourquoi j’écrivais ce genre de réflexions publiquement, plutôt que de simplement écrire des courriels à qui de droit. La raison est assez simple.

C’est parce que j’ai appris au cours des années qu’en faisant ça, je contribue aussi à nourrir la réflexion d’autres militant.e.s qui tentent, comme moi, de garder leur (fragile) motivation à poursuivre un engagement avec le Parti Québécois — et d’autres citoyens et citoyennes qui envisageraient de se joindre à nous si le parti changeait un peu, beaucoup, ou passionnément!

Aussi parce que je souhaite illustrer qu’il existe d’autres façons de réfléchir à l’avenir du PQ que de rédiger des chroniques polémiques ou de tomber dans la surenchère partisane comme on le voit trop souvent sur les réseaux sociaux.

Pour le moment, réfléchir à voix haute sur mon blogue est la meilleure façon que j’ai trouvée pour me retrousser les manches et apporter ma contribution dans l’étape difficile que doit traverser pour un parti dans lequel j’ai investi tellement de temps au cours des dix dernières années.

 

 

 

Reprendre l’initiative

J’ai pris le temps dans les derniers jours de mettre par écrit quelques réflexions post-électorales. Je sentais le besoin de le faire et tant mieux si ça a pu intéresser d’autres personnes.

C’est probablement le temps de passer en mode proposition, pour commencer à imaginer la suite — en mode remue-méninge, pour susciter la discussion.

***

Au moment d’essayer d’imaginer ce que doit être la suite pour le Parti Québécois, je pars de quelques hypothèses:

  1. Une grande partie de la population est consciente que les enjeux les plus déterminants pour le Québec ont une forte dimension internationale.
  2. Malgré cela, la dynamique politique québécoise s’est progressivement enlisée dans une perspective de plus en plus provinciale.
  3. Au point où les partis politiques passent maintenant l’essentiel de leur temps à se définir les uns par rapport aux autres — à se trouver une place sur l’échiquier — plutôt qu’à agir de façon cohérente, en fonction d’une vision claire de l’avenir du Québec.
  4. Cette absence de cohérence est bien sentie par la population, qui se désintéresse de plus en plus de la joute partisane, abandonnant particulièrement les partis qui leurs semblent les plus incohérents — même si leur programme est, en théorie, très bon.

Je pense que c’est largement ce qui explique les résultats obtenus par le Parti Québécois le 1er octobre. On s’est un peu fait dire: «très bon programme, mais vos actions et vos stratégies ne sont pas cohérentes avec ce que vous dites: trop d’opportunisme, pas assez de courage».

Un exemple, polémique, peut-être? La présence du crucifix à l’Assemblée nationale. La cohérence avec les principes qui guident notre programme amènerait indéniablement à le retirer du Salon bleu pour le placer ailleurs, dans une perspective patrimoniale, comme le suggérait d’ailleurs la Commission Bouchard-Taylor. Mais plutôt que de miser sur la cohérence, nous avons adopté une perspective clientéliste, en sous-estimant l’impact que cela aurait sur la perception que les électeurs ont de notre parti.

C’est la raison pour laquelle je crois que pour la suite, il nous faudra plus de cohérence et moins de calculs politiques. Ce qui veut dire arrêter de se définir par rapport à Québec Solidaire et aux autres partis politiques. Il faudra mieux définir notre vision, définir un plan d’action pour l’incarner et agir en conséquence.

***

Parmi les éléments de vision les plus essentiels, il y a la reconnaissance de la dimension internationale des enjeux auxquels nous faisons face et de leur complexité. Il faut vraiment arrêter de proposer des solutions simplistes à des problèmes complexes.

Parmi les valeurs fondamentales du plan d’action qui doit accompagner cette vision, une place centrale doit être faite à la coopération — entre les citoyens, les forces vives de la société, mais aussi entre les partis politiques. Il faut rompre avec la dynamique d’opposition.

Et pour agir de façon plus cohérente je crois qu’on doit adopter un nouveau mode de fonctionnement pour le parti, qui sera fondé sur la transparence et l’ouverture — en s’appuyant sur les pratiques de la culture numérique.

Je pense que les façons de fonctionner des partis politiques, la manière dont ils s’assurent de la cohérence (ou pas!) entre leurs visions et leurs actions, est de plus en plus déterminante dans le choix des électeurs.

Je pense même que cette façon de fonctionner devrait être l’objet de l’article 1 du programme du Parti Québécois. Oui, même devant l’indépendance.

Illusoire? Avant d’en juger, je crois qu’on doit explorer et s’inspirer des nouvelles formes de partis politiques qui émergent ailleurs dans le monde depuis quelques années.

Comme l’Initiative, en Suède, auquel j’ai brièvement fait référence il y a quelques mois, et sur lequel je reviendrai de façon plus détaillée dans les prochains jours.

Je pense que ces prochains textes contribueront à illustrer ma proposition de façon plus concrète.

Renouvellement?

Jean-Marc Salvet consacre une bonne partie de son texte d’aujourd’hui dans Le Soleil à énumérer les innombrables exercices de renouvellement auquel s’est livré le Parti Québécois au fil des ans. Il a raison de le faire, parce qu’il ne faut certainement pas qu’on les perde de vue.

Et c’est bien pour ça qu’on ne peut pas juste faire pareil cette fois-ci. On ne peut pas faire un simple exercice d’introspection entre nous. Il n’y a aucune raison de penser que ça donnerait quelque chose de bien différent.

L’exercice doit être d’une toute autre nature. Il est absolument nécessaire d’aller jusqu’au bout et de se demander à quoi sert le Parti Québécois aujourd’hui. Et s’il est encore utile.

Robert Dutrisac suggère dans Le Devoir de ce matin que la mission du Parti Québécois est de créer les conditions qui permettent de rallier les forces vives de la société québécoise. Je le pense aussi.

Mais qu’est-ce que cela pose comme défi aujourd’hui? Quelles questions ça soulève?

Par exemple:

  1. Est-ce que le problème est surtout dans le programme?
  2. Est-ce que c’est notre manière d’exercer la politique?
  3. Est-ce que le nom du parti est devenu un problème?

Ce que j’en pense personnellement?

  1. Je ne pense pas.
  2. Ça me semble évident.
  3. C’est probable.

Deux ans…

Ironie du sort, mes notes personnelles me rappellent aujourd’hui que la soirée Faut qu’on se parle de Québec, avait lieu ce jour, il y a deux ans, au Musée de la civilisation. J’en parlais dans mon texte de mardi, mais je ne me souvenais pas d’en avoir fait un compte rendu. Sa relecture prend une toute autre perspective aujourd’hui.

Cela me fait aussi réaliser à quel point deux ans ça peut parfois être une éternité. Et à quel point on peut faire des choses et transformer une situation en deux ans… quand on a les idées claires sur ce qu’on veut accomplir et qu’on se dote d’un plan pour le faire.

Je ne peux toutefois pas m’empêcher de m’interroger: est-ce que les structures complexes d’un parti politique permettent de se r’virer de bord dans ce type d’échéancier et d’adopter une nouvelle vision, qui tient compte d’un contexte radicalement différent, puis bâtir, et faire adopter, un plan d’action en conséquence?

Est-ce qu’au moment où le Parti Québécois doit se réinventer, on peut s’attendre à ce que les fondements de cette transformation émergent des instances du parti, ou s’il est plus probable qu’ils prennent forme à l’extérieur du parti, à partir d’une démarche plus légère et plus souple, dont pourront par la suite se saisir les instances?

Est-ce que l’efficacité d’un parti politique se mesure aujourd’hui par sa capacité à adopter un programme et à convaincre la population d’y adhérer? Ou plutôt à sa capacité de comprendre les aspirations des forces vives de la société et de trouver les moyens d’en être le meilleur porteur?

Parler plus? Écouter plus?

C’est une question qui hante le mouvement souverainiste depuis très (trop!) longtemps.

Et tant qu’à être dans la relecture de vieux textes, je pense que ça vaut la peine de relire aussi l’éditorial de Bernard Descôteaux dans Le Devoir à la suite de la cuisante défaite subit par le Bloc Québécois en 2011. Extrait:

«…l’électorat au Québec est éminemment volatil. (…) Selon l’humeur du moment, on vote à droite ou à gauche, ce qui traduit une fatigue envers les vieux partis et leurs discours déphasés.

«Cette volatilité, Gilles Duceppe ne l’a pas sentie. On ne le lui reprochera pas, parce que ses adversaires non plus ne l’ont pas pressentie. Mais il aurait dû aborder cette élection avec moins d’assurance, erreur que ne doit pas répéter le PQ.»

Hum hum…

***

Parler moins. Écouter plus. Écouter mieux surtout!

J’y croyais en 2011, j’y crois encore plus aujourd’hui. Et je serais terriblement déçu que mon parti n’ait pas encore compris que c’est le principal défi auquel il fait face. Je pense que sa survie en dépend.

Faut qu’on se parle

Il y a un facteur que je m’étonne de ne pas entendre davantage pour expliquer les résultats de la dernière élection: la tournée Faut qu’on se parle, qui a eu lieu en 2016.

Je fais l’hypothèse que c’est dans cette tournée que Québec Solidaire a trouvé son élan vers l’élection. Pourtant, ce n’est pas le parti politique qui organisait la tournée — qui permettait néanmoins, à l’évidence, de rejoindre des électeurs potentiels.

Il faut prendre le temps de regarder à nouveau le site de Faut qu’on se parle: les gens qui l’ont porté à bout de bras — et les thèmes de discussion, présentés sous forme de constats et de questions. Très efficace.

Je me souviens encore de la soirée à laquelle j’ai participé, au Musée de la civilisation. La forme était dépaysante, voire inconfortable, pour des gens (très/trop) habitués aux assemblées partisanes. Catherine Dorion n’était pas sur scène, mais elle était partout ailleurs — organisatrice hyperactive. Elle est aujourd’hui députée.

Je pense que quelque chose s’est passé au cours de cette tournée, qui a été suivi d’un livre — et du ralliement de Gabriel Nadeau-Dubois à Québec Solidaire.

Pendant ce temps, le Parti Québécois n’a pas osé sortir aussi franchement des sentiers battus. On est resté dans la zone partisane en mettant en place la tournée Oser repenser le PQ, qui a été confiée à Paul Saint-Pierre-Plamondon — et dont nous avons même eu peur des premières conclusions.

Et ce n’était pas la première fois qu’on faisait ce genre de tournée avec une intention clairement partisane. La lecture du rapport des trois mousquetaires, publié en 2006, pourra nous rafraîchir la mémoire à ce sujet (référence ici dans Le Devoir, et le rapport complet). Alexandre Bourdeau, Stéphan Tremblay et Jonathan Valois avaient même fait à l’époque la recommandation de lier plus étroitement la souveraineté à la cause environnementale — ce qu’aura fait avec succès Québec Solidaire… Douze ans plus tard!

Même la CAQ a commencé par une démarche non-partisane, c’est dire…

Je pense que c’est à notre tour maintenant de trouver une façon d’aller chercher de l’inspiration pour se renouveler hors des sentiers battus — en évitant de se badrer de considération partisanes.