Le bon vieux papier

La chronique de Christian Rioux dans Le Devoir de ce matin m’a spontanément fait réagir sur Facebook un peu plus tôt:

«Ça n’aura pris que cinq jours en 2018 pour lire dans les médias québécois une chronique qui fait l’éloge du bon vieux livre papier qui résiste contre vents et marées au numérique. *soupir*»

À mon grand étonnement, ça a provoqué un déluge de commentaires, allant dans toutes les directions. Et comme il n’est pas facile de compléter sa pensée dans un tel contexte. Je le fais donc plutôt ici.

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Je trouve cette chronique désolante parce qu’elle oppose le livre imprimé, qui est présenté comme un objet de culture, qui résiste au livre numérique, qui est présenté comme une simple mode.

Je déplore que le chroniqueur passe à côté d’enjeux importants auxquels est confronté aujourd’hui le monde du livre, notamment le développement de la pratique de la lecture, la diffusion des oeuvres et des idées, et l’accès aux livres étrangers. Or, dans les trois cas, le livre numérique apparaît comme un indispensable allié.

Quand on sait que des centaines de milliers de livres sont achetés, au Québec, chaque année, en version numériques;

Quand on sait que plus d’un million d’emprunts de livres numériques se font chaque année dans les bibliothèques québécoises;

Quand on sait que des livres québécois sont achetés en version numérique à l’étranger parce qu’ils n’étaient pas facilement accessibles autrement;

Quand on sait que des personnes qui n’étaient pas/plus en mesure de lire (taille des caractères, autres handicaps visuels, dyslexie, etc.) peuvent recommencer à le faire grâce à des versions numériques;

Quand on sait que de plus en plus de Québécois lisent dorénavant en anglais des livres dont ils auraient autrefois attendus les versions imprimées en français — avec tous les enjeux culturels et économique que cela soulève;

Quand on omet de dire que le livre numérique ne se développe pas dans le but de remplacer le livre imprimé, mais plutôt pour répondre à des besoins auxquels le livre imprimé ne répond pas adéquatement

Quand on sait que la diffusion des livres imprimés repose de plus en plus sur des processus de diffusion et des circuits commerciaux profondément conditionnés par la culture numérique et ses algorithmes plus ou moins transparents, qui ont de plus en plus souvent besoin d’avoir accès à une version numérique du texte;

Quand on sait tout ça, produire une chronique qui se contente de faire un pied-de-nez aux quelques rares personnes qui auraient prédit de façon tout à fait anecdotique la mort du livre papier il y a dix ans, c’est franchement succomber à la facilité et aux clichés. Et ça me fâche.

Et si Christian Rioux ne savait rien de tout ça — ben je me demande pourquoi il a choisi de faire porter sa chronique sur ce sujet.

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Ça a pris beaucoup trop de temps pour que les pouvoirs publics et les industries culturelles québécoises comprennent toute l’importance des enjeux qui sont soulevés par l’avènement des technologies numériques.

C’est d’autant plus dommage de lire ce genre de chronique maintenant qu’on y est enfin (presque) arrivé.

P.S. on me signale que Mathieu Bock-Côté a battu de deux jours Christian Rioux pour la publication d’une chronique faisant l’éloge du papier contre le numérique… allant jusqu’à conclure que la lecture sur écran est une menace pour la démocratie. Rien de moins.

Au sujet des valeurs (et de l’identité)

J’ai fait au cours des derniers jours un survol approfondi des quelques 1700 textes que j’ai publiés sur mon blogue depuis 2002. Ça m’a permis d’identifier quelques fils conducteurs — et de mieux comprendre mon exaspération devant l’apparente stagnation du Québec dans au moins trois domaines:

  • L’éducation
  • L’environnement
  • Les technologies numériques

Un quatrième élément apparaît progressivement comme un autre fil conducteur — d’abord en filigrane puis beaucoup plus clairement, souvent en réaction à l’actualité. Il s’agit des questions en rapport avec l’identité nationale.

Ces quatre fils conducteurs seront dans les prochaines semaines autant de pistes pour guider mes lectures.

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Au sujet de ces questions autour de l’identité et des valeurs sur lesquelles elle s’appuie, j’ai beaucoup apprécié ce texte de Jean Bédard, publié le 14 décembre dernier: Le problème actuel de l’identité.

Extraits:

«L’identité d’un peuple n’est pas fondée sur la génétique de la fatalité et de la paranoïa, mais sur une compréhension éclairée des problèmes actuels. (…)

Pour les populations qui fuient la pollution, la misère ou la violence, il ne s’agit pas de choisir un pays qu’ils aiment, mais de sauver leurs vies et celles de leurs familles. Cela veut dire que des cultures se retrouvent maintenant dans l’obligation de vivre avec d’autres sans s’être mutuellement choisies. (…)

Soit qu’on s’attaque aux causes de ces migrations, soit qu’on accepte de partager l’espace et la richesse (…). Mais les causes… Elles sont énormes… Elles remettent en question tout le système économique et la complicité politique qui maintiennent ce système fondé sur le déséquilibre social et la défaillance démocratique. (…) L’insécurité accélère la tendance des États-nations à se fermer sur elles-mêmes. (…)

Mais comment rester décontractés lorsqu’on se sent menacés? Comment passer de la peur à l’action éclairée? L’insécurité nous ramène sur nous-mêmes, nous referme, au moment même où nous aurions le plus besoin de notre sérénité psychique pour voir correctement ce qui se passe et agir correctement. (…)

La banque de solutions que nous avons développée dans le passé, la banque d’explications que nous avons élaborée autrefois, et même nos vieilles visions du monde qui donnaient du sens à nos vies, cela ne suffit plus, cela n’est pas assez, cela ne nous permet pas d’inventer des solutions nouvelles vis-à-vis des problèmes nouveaux. Le monde change trop vite sous tous les aspects : scientifique, technique, social, économique, politique, religieux… (…)

C’est ici que deux conceptions de l’identité culturelle s’affrontent :

– l’identité fermée (mais peut-on ici parler d’identité?) qui repose sur des valeurs fermées, la mémoire et la tradition, le réflexe de chercher dans le passé ce qui pourrait faire face à l’avenir;

– l’identité ouverte qui repose davantage sur l’intelligence que sur la mémoire et qui peut inventer des solutions nouvelles pour résoudre des problèmes nouveaux. (…)

On peut faire un traité des valeurs fermées, on peut construire sur elles des lois, des règlements, en faire une charte, mais on ne peut pas faire cela avec des valeurs ouvertes. (…)

Quand on regarde avec des valeurs fermées, on a des attentes précises et on compare. Ce type de valeur produit une satisfaction de conformité. (…) Elles donnent du sens, oui, mais à l’intérieur d’une vision du monde déterminée. (…)

Les valeurs ouvertes, de leur côté(…) vivent dans l’expérience directe avec la réalité. Elles se révèlent dans la rencontre et non pas avant elle. (…) Elles donnent du sens, oui, mais pas à l’intérieur d’un système de pensée, elles donnent du sens vis-à-vis de l’expérience de la réalité mouvante et changeante. (…)»

Photo: Oeuvre de John Goba, vue au Musée de la Fondation Louis-Vuitton, à Paris, en 2017.

La fin d’un monde?

La société comme nous la connaissons va s’effondrer de notre vivant. Nos conditions de vie seront bientôt radicalement différentes de celles que nous connaissons aujourd’hui. Il faut d’ores et déjà préparer nos enfants à cet effondrement. C’est ce qui devrait à partir de maintenant guider chacune de nos décisions.

C’est en tout cas ce que prétend Harvey Mead dans Trop tard, la fin d’un monde et le début d’un nouveau, publié chez Écosociété.

Extraits de la quatrième de couverture:

Il est trop tard pour préserver la vie telle que nous la connaissons. Trop tard aussi pour le développement durable. (…) Pour Harvey Mead l’idée d’une transition douce pour modifier la trajectoire délétère que nous avons prise est impossible. (…) Les défenseur.e.s de l’environnement et les militant.e.s pour le changement social doivent urgemment intégrer cet état de fait. (…)

Faut-il pour autant sombrer dans le désespoir? Au contraire! (…) Retroussons-nous les manches, il est trop tard pour désespérer.

Les questions qui guident ma lecture:

  • Est-ce que c’est une vision trop négative?
  • À quelle échéance devrait-on situer l’effondrement annoncé?
  • Quelles conséquences cela a-t-il sur la manière dont on conçoit l’éducation?
  • Quel impact cela a-t-il sur nos exigences à l’égard de celles et ceux qui prétendent diriger la société?

Et vous, spontanément, vous en pensez quoi de cette hypothèse?

Quand réagir c’est se rendre complice

Au sujet du tweet de Donald Trump hier soir — j’aimerais seulement opposer les paroles très sages de Jean-noël Lafargue.

Morano, est une politicienne française, mais cela peut très bien s’appliquer aussi à Donald Trump.

Lorsqu’on vient d’entendre un morceau de Mozart, le silence qui lui succède est encore de lui» (Sacha Guitry)

Les tweets qui répondent à un tweet de Donald Trump sont encore du Donald Trump.

Ça devrait aussi s’appliquer aux tweets délibérément polémiques qui seront inévitablement publiés, au Québec aussi, au cours des prochains mois.

Ne pas perdre ça de vue, ça pourrait faire une bonne résolution pour 2018!

Retour sur 2007

La fin d’année est souvent l’occasion de faire des bilans. Mais pourquoi se contenter d’un bilan de l’année qui vient de se terminer?

C’est ainsi que je me suis retrouvé ce matin à prendre le temps de relire les archives de mon blogue en 2007. Quatre-vingt-deux textes qui me font dire: ouf quelle année ça été!

Clairement, à cette époque je croyais (on croyait?) que le numérique allait rapidement et profondément transformer la société québécoise — et notamment la façon de faire de la politique. Tout semblait possible… on sentait qu’on arrivait à un point de bascule. Ce que Thomas L. Friedman décrit d’ailleurs très bien dans Thank You for Being Late — un des livres qui m’a beaucoup marqué au cours des derniers mois:

«The year 2007 was the major inflection point: the release of the iPhone, together with advances in silicon chips, software, storage, sensors, and networking, created a new technology platform that is reshaping everything from how we hail a taxi to the fate of nations to our most intimate relationships. It is providing vast new opportunities for individuals and small groups to save the world—or to destroy it.»

C’était les débuts de Facebook, la période où on ne parlait que du Web 2.0. En décembre 2006, le Time Magazine avait choisi You, comme personnalité de l’année.

«You — Yes, You — Are TIME’s Person of the Year» (Time Magazine)

« You » was chosen in 2006 as Time magazine’s Person of the Year. The magazine set out to recognize the millions of people who anonymously contribute user-generated content to wikis such as Wikipedia, YouTube, MySpace, Facebook, and the multitudes of other websites featuring user contribution. (Wikipedia)

Pourtant, dix ans plus tard, j’ai comme l’impression qu’on a fait pas mal de surplace.

J’ai l’impression que malgré l’avènement de technologies profondément subversives, la société québécoise n’a pas tellement changé. Pas autant que je le croyais/souhaitais en tout cas.

J’ai l’impression que nous n’avons pas réussi à actualiser notre projet de société, le fonctionnement de notre démocratie — et l’exercice de la politique, en particulier.

J’ai même l’impression que les thèmes qui nous occupent sont restés pas mal les mêmes… sans que la réflexion ait beaucoup avancée.

Peut-être que ce n’est-ce qu’une illusion?

Apprivoiser la bête

Dans une chronique particulièrement alarmiste publiée le 11 décembre dans Le Devoir, Louise Beaudoin appelle à des interventions vigoureuses de l’État afin de protéger la diversité culturelle et linguistique, qui serait gravement menacée de disparition au cours des cinq prochaines années. Comme les baleines noires.

Le problème c’est que les actions qu’elle propose afin de répondre à cet imminent danger risquent de se révéler inefficaces si elles ne tiennent pas compte de l’ADN du numérique, c’est-à-dire des mécanismes sur lesquels il s’appuie.

À titre d’exemple, on ne peut plus se contenter de dénoncer que «la tuyauterie et les algorithmes des multinationales américaines déterminent déjà largement ce que nous regardons et écoutons.» Il faut aussi s’interroger sur les raisons qui expliquent cette situation. Et quand on le fait, on est rapidement forcé de constater que les industries culturelles québécoises ont aussi leur responsabilité dans cette situation.

En effet, à défaut de fournir aux algorithmes qui organisent le web des renseignements adéquats sur nos productions culturelles (des métadonnées de qualité) il ne faut pas s’étonner qu’elles restent inconnues. Elles sédimentent naturellement au fond des disques durs de la Silicon Valley, sans aucune découvrabilité. Il n’y a pas de complot là-dedans, c’est le résultat logique d’un manque d’information. Et cela décrit malheureusement assez bien la situation actuelle. L’Observatoire de la Culture et des Communications du Québec a d’ailleurs consacré un rapport à cette question il y a quelques mois.

La réalité c’est que même si on exigeait dès demain un quota de pièces musicales québécoises sur la page d’accueil de iTunes, Apple ne serait probablement pas en mesure de le faire. Pas parce que Goliath ne le veut pas, mais parce que les métadonnées qui accompagnent les fichiers musicaux sont trop pauvres. Elles ne permettent souvent même pas de savoir s’il s’agit d’une chanson québécoise. — Ben t’sé, franchement, Pierre Lapointe, c’est évident que c’est un québécois! — Ben non… pas pour un algorithme! Il faut savoir le dire dans le langage des ordinateurs, à partir de normes et des standards internationaux. Et c’est souvent là que le bât blesse.

Est-ce que de meilleures métadonnées régleront tout, certainement pas. Mais elles apparaissent de plus en plus comme une condition préalable à toute ambition dans le monde culturel numérique. Tout le monde doit bien le comprendre, et en tout premier lieu les producteurs, qui ont la responsabilité de produire ces métadonnées, et les pouvoirs publics qui soutiennent la production culturelle. C’est heureusement de plus en plus le cas.

L’évolution du droit d’auteur, la transformation des circuits de diffusion, la dissolution des produits culturels dans diverses formes d’abonnement à des services culturels et l’apparition de puissants outils d’auto-production sont aussi des éléments essentiels de la nouvelle dynamique culturelle. On ne peut plus réfléchir les enjeux de la diversité culturelle sans en tenir compte.

Je suis tout à fait d’accord avec Louise Beaudoin quand elle dit qu’il est urgent de réguler la mondialisation culturelle. Sauf que pour réussir à le faire efficacement il faudra tenir compte des particularités de ces nouveaux espaces culturels. Il faudra d’abord apprivoiser la bête.

Photo: extrait d’une oeuvre de Pascale Marthine Tayou, vue au Musée de la Fondation Louis Vuitton, à Paris, à l’été 2017.

Oser repenser l’identité


Je reviens de vacances avec la conviction qu’il faut réapprendre à parler d’identité au futur, plutôt qu’au présent, ou au passé. 

Et le texte de Fabrice Vil, dans Le Devoir d’aujourd’hui, me donne l’occasion de formuler quelques réflexions, encore incomplètes, qui me trottent dans la tête depuis quelques semaines. 

Il faut d’abord dire que je ne suis de retour de vacances que depuis hier soir — après trois semaines à l’étranger. C’est donc à distance, et de façon intermittente, selon les accès au réseau, que j’ai suivi le dossier des demandeurs d’asile à la frontière canadienne. Et les déclarations des politiciens québécois à leur sujet. Et que je m’en suis désolé.

C’est dans les mêmes conditions que j’ai suivi les événements raciaux aux États-Unis (avec leurs débordements au Québec).

Également dans ces conditions que j’ai soupiré en constatant que la rentrée politique québécoise semble encore vouloir se faire dans la polémique autour des questions de langue, de religion et d’immigration — rassemblées de façon commode sous le thème de l’identité.

Mais parlant d’identité, justement, de quoi parle-t-on? Il me semble que ça fait dix ans qu’on en parle avec un inconfort croissant.

Le problème réside peut-être dans notre façon d’aborder la question. Trop statique, comme si l’identité était quelque chose qui existait en dehors du temps et des mutations de la société et du monde. 

On perd peut-être trop souvent de vue que l’identité est quelque chose de dynamique. Quelque chose qui évolue. L’identité collective, comme l’identité personnelle. Ce n’est pas un repère immuable, c’est un projet — c’est une trajectoire, entre ce que je suis et ce que j’aspire à devenir.

J’ai l’impression que depuis dix ans (voire plus) on a laissé s’installer (consciemment, inconsciemment ou par maladresse) le débat autour de l’identité québécoise autour du «nous et du eux». Alors qu’il serait préférable de l’articuler autour d’un projet: ce que nous souhaitons que soit l’identité québécoise dans dix, vingt, cinquante ans. Et la place et le rôle de chacun dans cette identité.

L’identité, ce n’est pas quelque chose à laquelle on se fond. C’est quelque chose qu’on devient en adhérant à un projet de société, à un idéal. C’est quelque chose dans laquelle on se reconnaît parce qu’on sait qu’on peut aider à le réaliser; voire qu’il ne pourra pas se réaliser sans nous.

On ne devient pas Québécois comme on embarque dans un autobus. On le devient en contribuant à concrétiser un projet national fort et inspirant — en prenant part à un chantier, dont la réalisation sera aussi le fruit de nos efforts.

Aujourd’hui, je me dis que si on parle autant, et si maladroitement, d’identité (d’immigration, de religion, et de langue) depuis dix ans, c’est peut-être surtout parce que ce projet, et ses déclinaisons, ne sont pas clairement définies. Et c’est peut-être surtout à ça qu’on devrait consacrer nos efforts plutôt que de laisser le débat dégénérer, malgré des bonnes intentions de chacun.

En d’autres mots, je m’intéresse de moins en moins à savoir de quoi est faite l’identité québécoise aujourd’hui (ce qu’il faudrait défendre) qu’à savoir de quelle façon on souhaite qu’elle prenne forme dans le futur — et quels sont les projets qui nous permettront d’arriver à concrétiser cette vision.

C’est à ça que j’ai envie de travailler dans les prochains mois.

Fabrice Vil conclut son texte en disant que «la lutte contre la haine est une question transpartisane qui doit dépasser l’électoralisme.»

De la même façon, si on n’arrive pas à dépasser l’électoralisme sur les questions identitaires, il faudra peut-être en arriver au constat que la dynamique partisane actuelle est dans une impasse et cesser d’entretenir l’espoir que les solutions viendront de ce côté.

L’union fait la force


Je lis dans La Presse qu’en France, Le Monde et Le Figaro feront finalement alliance pour commercialiser plus efficacement leurs espaces publicitaires. Ils espérent retrouver ainsi un peu de force devant Google, Facebook, etc. qui avalent progressivement leurs revenus depuis des années.

Ça leur en aura pris du temps à comprendre! Il aura fallu être à genoux pour finir par unir leur force… parce que l’habitude de la concurrence était plus forte que la réalité émergente.

Dans combien d’autres domaines comme celui-là on résiste encore, on réclame à hauts cris l’aide de l’État pour soutenir des modèles d’affaire devenus désuets — parce qu’on s’entête à ne pas voir la vraie nature de la menace? 

Va bien falloir s’ouvrir les yeux: le plus souvent, les concurrents d’hier sont devenus d’indispensables alliés pour faire face à la concurrence, la vraie, celle des nouveaux géants internationaux qui échappent à nos lois et réglements (parce qu’on tarde aussi à les adapter à la nouvelle réalité).

Le rôle de l’État aujourd’hui, ça devrait être d’encourager et de soutenir de nouvelles formes d’alliances entre les entreprises. D’offrir un offrir un appui à celles qui posent des gestes audacieux pour transformer leurs modèles d’affaire dans le but d’affronter à un contexte concurrentiel radicalement différent. Ça ne devrait pas être de compenser des pertes de revenus devenus inévitables.

Il faut apprendre à innover dans l’utilisation des ressources et des pouvoirs de l’État: financiers, légaux, technologiques, etc. 

Ça exige plus de courage, je sais. Mais ce n’est plus une option.  

Je pense que les partis politiques qui n’auront pas été en mesure de faire la démonstration qu’ils ont compris ça d’ici octobre 2018 auront beaucoup de mal à établir leur crédibilité sur un grand nombre de questions économiques et sociales. Et ça deviendra impossible pour eux d’espérer former le gouvernement.

Parce que parler encore du numérique au futur aujourd’hui, c’est faire la démonstration qu’on est dépassé.

Parce que c’est maintenant que ça se passe.

Écrire n’importe où


Je me suis acheté un iPad il y a quelques mois. Je savais que j’aurais de nombreux déplacements à faire d’ici la fin de l’année. Je voulais diminuer le poids que j’aurais à trimbaler un peu partout. Je pensais au poids de l’ordinateur, mais aussi à celui du papier que j’aurais à transporter (documents, notes, etc.). Je voulais aussi améliorer mon autonomie du réseau électrique. 

J’espérais aussi que la souplesse du iPad m’amène à écrire un peu plus. À lire davantage. Voire à dessiner un peu.

Et jusqu’à présent, tous mes souhaits sont satisfaits. Je suis très content! Au point où je n’utilise pratiquement plus l’ordinateur, même quand je l’ai à la portée de la main (sinon pour quelques taches précises, pour lesquelles le iPad n’est pas encore tout à fait à point). Il m’a fallu un certain temps d’adaptation… mais ça y est… j’y suis presque!

J’écris beaucoup plus. Plus souvent surtout, même pour de très courtes périodes. Et dans des lieux beaucoup plus variés.

Les caractéristiques du iPad créé des conditions d’écriture intéressantes… 

La caméra frontale, par exemple… qui me permet d’accompagner mes notes personnelles dans DayOne d’une photo du lieu où j’écris… que je peux chaque fois prendre naturellement, sans devoir faire d’efforts pour la discrétion. 

Et j’ai l’impression qu’il y a tant à découvrir encore… 

Voiture autonome: il faut plus d’enthousiasme!


Le Soleil de ce matin reprend des textes publiés hier dans La Presse au sujet du développement de la voiture autonome. On y sent bien l’effervescence des scientifiques, des programmeurs et du monde économique. Alors que du côté des pouvoirs publics, on sent plutôt une très grande prudence (on pourrait même dire une certaine réserve). Je pense que c’est une erreur.

Vu l’importance de l’automobile dans l’aménagement et le fonctionnement de nos villes, le fait que les voitures pourront bientôt être programmées (et accumuler de l’information et apprendre de leurs déplacements) dépasse largement le fait qu’elles seront éventuellement conduites sans intervention humaine directe. Le potentiel est bien plus grand: planification des déplacements, optimisation des flux de circulation, amélioration du rendement énergétique, diminution de la pollution, meilleur partage de la flotte automobile (notamment par le partage), etc. C’est une transformation en profondeur de notre rapport avec la ville et la façon de s’y déplacer qui se prépare. Et ce n’est en rien contradictoire avec l’amélioration des transports collectifs, bien au contraire!

Les pouvoirs publics doivent être des acteurs de premier rang dans cette révolution!

Et le Québec est extraordinairement bien placé pour pouvoir en profiter! Avec des expertises de pointe dans la visualisation, dans l’intelligence artificielle et dans les jeux vidéo (ben oui, quoi?). De l’électricité à profusion aussi (il en faudra, et pas que dans les véhicules, dans le mobilier urbain aussi, qui devra échanger continuellement avec les véhicules). Et même un environnement légal avant-gardiste!

Pourtant, dans la série d’articles de La Presse, un porte-parole du ministère des Transports du Québec indique qu’on est «vraiment en mode observation pour voir ce qui va se passer». Je l’ai dit le 9 janvier, et je le répète aujourd’hui: ce n’est pas la bonne attitude! Il ne faut pas laisser passer cette chance et restant de simples spectateurs.

Il faut bouger rapidement: le Québec doit prendre l’initiative — comme il l’a fait pour le jeu vidéo, il y a vingt ans, et pour l’intelligence artificielle, plus récemment.

Qu’est-ce ça peut vouloir dire, concrètement? J’évoquais quelques idées dans mon texte du 9 janvier.

Il y a dix ans…


Je m’étais pris une note il y a quelques semaines pour me rappeler que ce serait intéressant de prendre du temps cet été pour explorer les archives de mon blogue (plus de 2000 textes, sur une quinzaine d’années).

Alors voilà… 

1er juillet, fin d’après-midi: je décide de plonger pour aller voir ce que j’avais bien pu publier en juillet 2007. 

Et là, bam! Ça me frappe en plein visage! Les thèmes… si semblables!

Et pourtant, le contexte était terriblement différent: j’habitais en France, avec la famille. Facebook n’était ouvert à tous que depuis quelques mois. Le iPhone n’existait que depuis trois jours — on était encore très loin du iPad! 

J’ai publié quatre textes en juillet 2007:

Le premier pour évoquer les enjeux que les réseaux sociaux allaient représenter, en particulier dans un contexte éducatif.

Le deuxième pour présenter une courte vidéo destinée à projeter les éditeurs dans le futur et stimuler l’innovation. On y voit quelque chose comme un iPad.

Le troisième pour m’inquiéter de certains mécanismes à l’œuvre derrière Facebook (fascinant de relire avec le recul: je pense que c’était à la fois juste et candide). Et les commentaires qui suivent sont aussi intéressantes que le texte.

Le dernier texte pour me réjouir d’être bientôt en vacances et de pouvoir prendre un peu de temps pour lire et réfléchir sur l’éducation.

    Dix ans.

    C’était une autre époque.

    C’était il y a très longtemps. 

    Ou si peu. 

    Je ne le sais plus très bien…

    Ce qui me manque sans Facebook


    Je l’ai évoqué il y a quelques jours: j’ai décidé de prendre une pause de Facebook cet été. Essentiellement parce que je sentais le besoin de rompre avec l’incessante instantanéité qui était en train de bouffer toute mon attention. La pause m’offre aussi l’occasion de réfléchir à la place que Facebook occupe dans mon espace intellectuel.

    Après une semaine, pas de doute: ça me fait déjà beaucoup de bien!

    Je suis toutefois surpris de constater que ce qui me manque le plus, ce n’est pas l’actualité du réseau. Je ne souffre pas du tout de la peur de manquer quelque chose. Ce qui me manque, c’est un moyen efficace pour partager des trouvailles: des plaisirs de lectures, des phrases particulièrement bien tournées ou, parfois, des aberrations. 

    Hier, par exemple, quand j’ai terminé la lecture de cet texte incroyable du New Yorker au sujet du National Enquirer et de son président, David Pecker. Je me suis retrouvé bien désemparé: comment partager efficacement mon enthousiasme pour le texte sans utiliser Facebook?

    Même chose en lisant cet invraisemblable (indécent) euphémisme au sujet de la condition des communatés autochtones, dans le projet de nouvelle Politique culturelle:

    «Depuis l’adoption par l’Assemblée nationale d’une motion sur la reconnaissance de ces nations et de leurs droits, en 1985, le gouvernement du Québec a mis en oeuvre une série de mesures favorisant leur développement et leur épanouissement.

    Pourtant, encore aujourd’hui, il existe des secteurs où des progrès sont possibles (…)»

    Ou, de façon un peu plus banale, en lisant l’amusante phrase par laquelle se termine cette entrevue avec l’écrivain-camionneur Jean-François Caron, dans Le Devoir de ce matin:

    «Pis, t’sais, maîtriser une machine de cette grosseur-là, c’est grisant. Il y a un p’tit gars content qui se réveille dans ma tête chaque fois que je réussis à reculer ça dans un recoin serré.»

    Lire dans l’isolement, c’est pas mal moins l’fun!

    Bien sûr, il y a le blogue… mais ça reste insatisfaisant pour partager rapidement des choses simples — sans devoir forcément le mettre en contexte.

    En résumé, mon premier constat résultat de la pause Facebook

    L’habitude «d’aller lire ce qui se passe sur Facebook» me manque beaucoup moins que «la capacité de partager rapidement quelque chose avec mon réseau» (et, de la même façon, savoir ce que les gens lisent ou apprécient — beaucoup plus que ce qu’ils font ou ce qu’ils pensent de ceci ou de cela).

    Et la conclusion que je tire de ce constat: 

    Il faudra vraisemblablement que je retisse un peu différemment mon univers Facebook après l’été, de manière à ce qu’il me permette de partager spontanément et qu’il guide ma pensée vers de belles choses et des réflexions constructives — dans me laisser envahir par le brouhaha de l’instant et les plus récentes polémiques. 

    Beau défi en perspective!

    Paralysie


    Lu dans Le Soleil, ce matin:

    «Nous sommes dans une ère politique marquée par la paralysie partisane» — Michael Bloomberg

    Ça résume bien mon état d’esprit par les temps qui courent. Et mon inquiétude. Parce qu’il reste peu de temps pour trouver une issue à cette impasse d’ici les élections de 2018.

    Une chose m’apparaît évidente: ce n’est pas dans une surenchère de partisanerie, ou en polarisant inutilement les défis auxquels le Québec est confronté, que nous allons pouvoir changer la dynamique politique actuelle. C’est aussi une des raisons qui m’a amené à quitter Facebook pour l’été — pour m’éloigner des excès partisans et essayer de réfléchir autrement.

    Les partis politiques servent bien sûr à quelque chose — ils sont peut-être même plus indispensables que jamais si on veut échapper aux écueils du chacun pour soi. Sauf que pour rester pertinents, ils vont devoir se renouveler — ou à renouveler leurs façons d’agir.

    Il est fort probable que les partis qui ne le réaliseront pas à temps subiront le même sort que le Parti socialiste et Les Républicains, en France. 

    Je crois encore que le changement d’approche est possible. Et je continue d’y travailler… mais le temps presse!

    Aussi, à ce sujet:

    Et je m’arrête là dans la remontée des archives pour aujourd’hui, mais j’ai retrouvé dans les derniers jours des textes dans le même esprit aussi loin qu’en 2004… 

    J’ai fait le pari depuis dix ans de me retrousser les manches et de plonger au coeur du système pour essayer de contribuer à le changer un peu. Je ne regrette pas et je continue… mais le moment est probablement venu de m’interroger: est-ce que  mes efforts ont porté fruit? À la hauteur de l’énergie que j’y ai consacré? Et est-ce qu’il est réaliste d’espérer faire davantage? 

    Vacances (ou presque)


    Je ne suis pas encore en vacances. Reste quelques semaines de travail (et beaucoup de boulot à abattre!) avant d’être officiellement rendu là.

    Sauf  qu’être en vacances, ce n’est pas seulement «ne pas travailler». C’est aussi un état d’esprit recherché… et comme on ne peut pas trouver instantanément cet état d’esprit, autant s’y préparer un peu à l’avance.

    C’est avec ça en tête que j’ai décidé plus tôt aujourd’hui de faire une pause de Facebook — pour tout l’été. Je vais probablement aussi consacrer un peu moins de temps à l’actualité, pour prendre le temps de lire des textes un peu moins directement liés au moment présent. Pour prendre un peu de recul. Penser à d’autres choses. J’en ai bien besoin (je pense aussi qu’on en aurait collectivement besoin… mais ça, c’est une autre histoire!).

    Alors, progressivement, à partir des prochains jours: lire et écrire… de tout et de rien. Pour le plaisir. Pour m’aérer l’esprit. Pour faire faire une autre forme de gymnastique à la matière grise.

    Il ne faudra donc pas se surprendre de trouver toutes sortes de choses (ou rien du tout!) sur ce blogue au cours des prochaines semaines. Ce sera selon l’inspiration (ou pas!).

    Bon été!

    Un sandwich à la fois

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    La réflexion continue, des textes en cours de rédaction… et peut-être un projet en gestation!

    Le retour du beau temps rend les rendez-vous sandwich du vendredi encore plus agréable. Trente minutes chaque semaine pour réfléchir sur l’état de notre démocratie et sur les pistes pour l’améliorer, ce n’est certainement pas trop — surtout quand il fait beau!

    Le vendredi 5 mai, comme hier (28e rencontre, je crois), nous avons pu échanger des réflexions sur l’élection présidentielle française et l’illustration qu’elle offre de comment le contexte politique peut parfois changer très rapidement. Nous avons aussi discuté de la réflexion de Jacques Chagnon au sujet de la surpartisanerie à l’Assemblée nationale. Une intervention dont nous nous sommes évidemment réjouis.

    Le texte de Jean-Marc Salvet dans Le Soleil de ce matin aurait aussi bien pu alimenter nos échanges.

    ***

    Les participants poursuivent chacun de leur côté la rédaction d’un texte qui exprime, de façon très personnelle, leur motivation à participer à notre rendez-vous hebdomadaire. Nous les regrouperons éventuellement dans une publication dont la forme reste à définir.

    Nous envisageons aussi un texte collectif appelant les «partis d’opposition» à délaisser un peu le rôle de critique de l’action du gouvernement et à consacrer plus de temps à formuler et expliquer leur proposition pour améliorer le Québec. L’angle précis reste à trouver, mais l’idée est là.

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    Autre idée qui est apparue la semaine dernière, inspirée de cette initiative française: mettre en place dans les prochains mois un site Web qui permettrait aux citoyens québécois d’expliquer leur choix lors de la prochaine élection.

    On part de l’hypothèse que de nombreux citoyens risque de faire le choix d’un vote stratégique en octobre 2018, mais qu’ils aimeraient que la personne qu’ils vont contribuer à élire, sache qu’ils n’ont pas voté pour son programme, mais plutôt contre le programme de celui de la personne qu’ils désiraient voir perdre l’élection.

    Le principe serait assez simple:

    La personne va s’inscrire sur le site, indique qu’elle est une électrice de la circonscription XYZ, qu’elle a voté pour Untel, mais qu’elle souhaite lui faire savoir qu’elle l’a fait de façon stratégique et qu’il doit savoir qu’elle n’appuie pas certains aspects de son programme. Elle peut ajouter un mot sur ce qui est important pour elle et qu’elle souhaite qu’il garde à l’esprit tout au cours de son mandat.

    Le système enverrait automatiquement une synthèse de ces commentaires à chaque élu après l’élection (avec ou sans les noms de chacun des électeurs participants — à leur choix).

    Un document synthèse serait aussi produit, publiquement, indiquant les circonscriptions où un député aura été élu avec une majorité inférieure aux nombres de votes enregistrés par le système — et où, par conséquent, les élus devraient être particulièrement humbles/prudents dans leur façon de se comporter de façon partisane au cours de leur mandat.

    Est-ce que c’est une idée à laquelle certains de mes lecteurs pourraient être intéressés à collaborer?

    À suivre…