La politique devrait être plus positive

J’ai lu ce matin ce texte de l’école de gestion du MIT:

Don’t Get Caught in a Cycle of Correcting Employee Weakness — Instead, temper the influence of time and fear to enter the flow…

J’y retrouve beaucoup de choses auxquelles je crois profondément, mais j’y vois aussi la description d’un des grands malheurs qui frappent la politique québécoise depuis plusieurs années.

On se concentre trop sur ce qui va mal.

On ne prend pas assez le temps de dire ce qui va bien — ce sur quoi on peut construire, ce qui est inspirant dans nos réalisations collectives des dernières années. Ce n’est motivant pour personne, alors on se désintéresse de la politique, ou on s’y intéresse comme à une bataille de ruelle.

On n’a pourtant pas tout mal… même que globalement ça va bien au Québec! En mettant un peu les choses en perspective je pense qu’on peut même dire que ça va de mieux en mieux.

Tout n’est pas parfait, bien sûr — loin de là! — mais il me semble qu’on a posé depuis soixante ans des bases solides pour bâtir le Québec.

Mais justement, quelles sont-elles ces bases du point de vue des politiciens qui sollicitent notre appui? On ne l’entend pas assez souvent.

Qu’est-ce qui devrait nous donner confiance dans l’avenir? Et nous donner envie de se retrousser les manches pour relever les nombreux défis auxquels on fait face? Et de croire qu’on peut réussir dans l’avenir?

«To be a positive leader, Mühlfeit said, a manager first must understand themselves and their own strengths, then harness that insight to be able to identify and cultivate other people’s talents. Doing so can allow synergies to form more easily between colleagues, drawing on each other’s strengths while supporting their weaknesses.»

L’expérience de Jan Mühlfeit chez Microsoft nous rappelle avec raison qu’on réussit rarement à susciter l’adhésion et à motiver une équipe pour réaliser de grands objectifs en adoptant un discours négatif.

Une élection, ce ne devrait pas seulement être l’occasion de choisir un gouvernement, ça devrait aussi être un exercice positif, dont tout le monde pourrait ressortir plus confiant et plus engagé dans la suite des choses.

Une occasion de faire de la population une équipe prête à travailler ensemble pendant quatre ans sous la direction d’un.e coach qui a un plan de match et qui a su nous convaincre que c’est possible de réussir. Ensemble.

Il n’est peut-être pas trop tard… je reste optimiste!

Photo: une oeuvre de Raoul Hausman, vue au Centre Pompidou, à Paris, à l’été 2017.

Je suis Marie-Victorin

La lecture indispensable dans Le Devoir de ce matin est signée par Luc Chartrand dans la page Le Devoir d’histoire.

Êtes-vous Marie-Victorin ou Groulx?

Marie-Victorin et Lionel Groulx ont incarné deux courants — souvent divergents — de la pensée nationale qui continuent de coexister de nos jours

J’ai souvent fait référence au Frère Marie-Victorin sur mon blogue (exemples en 2002 et en 2016) et dans différentes interventions publiques (exemple en 2003).

C’est un homme que je trouve très inspirant. Je lui ai d’ailleurs déjà dit…

La lecture du texte de Luc Chartrand m’a amené à replonger dans quelques-uns de mes livres sur Marie-Victorin (grosse matinée dans ma bibliothèque!) et à analyser avec une nouvelle perspective certains des inconforts que j’ai parfois pu ressentir au cours des dernières années de mon engagement en politique partisane (maintenant en mode pause).

De la bien bonne matière pour alimenter une réflexion à poursuivre.

Ce serait aussi intéressant que Luc Chartrand approfondisse cette réflexion au-delà d’une simple page dans Le Devoir.

Ça bouge dans le monde du livre

Le monde du livre peut être évidemment être analysé sous l’angle de la création, comme un enjeu culturel. Mais c’est aussi une industrie très importante.

Peu de gens en sont conscients, mais la vente de livres est le principal secteur de consommation culturelle au Québec, bien devant le cinéma, la musique, les arts de la scène, etc.

Je trouve que c’est une industrie absolument fascinante et pourtant les médias parlent assez peu de la dimension économique du monde du livre — probablement parce que c’est une industrie plutôt stable.

Cette stabilité rend toutefois encore plus intéressants, voire intrigants, les moments où les choses bougent rapidement, comme cette semaine… alors que Hachette Canada, Interforum Canada, Socadis et ADP sont au cœur d’annonces importantes — probablement les plus déterminantes pour le secteur du livre au Québec depuis une vingtaine d’années.

Communiqué de ADP concernant Hachette

Article de Actualitté concernant Interforum et Socadis (je n’ai pas trouvé de référence plus officielle).

Ça prendra du temps de bien comprendre tout ce que ces changements peuvent impliquer, mais pour essayer de donner un peu de perspective à l’analyse, j’ai pris le temps de plonger dans quelques livres ce matin (photo).

De mes lectures, les pages 195 à 207 de La pieuvre verte, de Frédéric Brisson, m’ont semblé particulièrement éclairantes.

Elles expliquent la création d’Hachette Canada au début des années 2000 et l’influence que cette décision a pu avoir sur l’organisation de tout le secteur du livre.

On comprend aisément en lisant ce court récit que c’est une page importante de l’histoire du livre au Québec qui est en train de tourner… et un tout nouveau chapitre qui est vraisemblablement sur le point de commencer.

Semaine inspirante

Quelques notes en vrac sur les derniers jours:

Les retombées du scandale Facebook/Cambridge-Analytica continuent à se déployer… jusqu’au Québec — avec des questions précises maintenant adressées à nos partis politiques. Je me réjouis de constater que le sujet ne semble pas vouloir être trop facilement remplacé par autre chose dans l’actualité (il a même survécu au budget!). La question est fondamentale: c’est de notre démocratie qu’il s’agit.

Cela dit, il faudra du temps pour démêler toutes les ramifications de l’affaire… et jusque dans les médias — qui devraient éviter de trop se poser en gardien de la vertu. Ce tweet de Dan Backer l’illustre remarquablement bien. Ce texte d’Infopresse aussi…

Il ne faut pas perdre de vue que l’essentiel derrière tout ça, c’est la littératie numérique de tout le monde: il est urgent de mieux comprendre les rouages du monde numérique dans lequel on se trouve: l’utilisation croissante des renseignements personnels dans toutes sortes de domaines, la place des algorithmes dans un grand nombre de processus décisionnels (jusque dans l’administration des services publics), le rôle croissant de l’intelligence artificielle, etc.

Je crois qu’on ne pourra bientôt plus prétendre pouvoir diriger un pays sans disposer de bonne compréhension de tout cela (si c’est même encore possible).

Aussi…

J’ai fait plusieurs rencontres vraiment très stimulantes cette semaine: le milieu de la culture est un monde vraiment merveilleux. Des gens que je ne connaissais pas avant cette semaine, des gens que je n’avais pas vu depuis longtemps, des gens que j’admire depuis longtemps et qui sollicitent maintenant mes conseils — je ne m’y fais pas, mais je le savoure pleinement.

Parmi ces rencontres — de groupe, celle-là — il y a eu Marc Séguin, qui était hier au MNBAQ pour une rare projection de son film Stealing Alice (bande annonce). L’échange avec l’auditoire après la présentation était très riche.

J’en retiens surtout sa conviction que toutes celles et ceux qui ont accepté de s’embarquer dans ce projet un peu fou l’ont fait pour prendre part à un projet hors-normes (au sens littéral), qui s’inventait au fur et à mesure, en réaction aux événements et en tirant profit de la contribution de chacun. Un projet dans lequel l’imprévisible joue un rôle central et que seule la confiance dans le projet (et son leader) permettait d’accepter. Les anecdotes de tournage sont incroyables, presque invraisemblables! Et ça marche! (et avec Fanny Mallette comme personnage principal, que demander de plus?!)

Ça m’a fait réaliser que les projets les plus mémorables auxquels j’ai pris part (et dont j’ai parfois été l’initiateur) avaient aussi cette dimension très artistique.

À retenir pour la suite.

Pas de Facebook, plus de Twitter

Bloguer avec un petit b, ça veut aussi dire écrire sans forcément attendre d’avoir des tonnes de choses à dire. Voire même surtout pour susciter les échanges (parce qu’il n’y a évidemment pas que sur Facebook qu’on peut jaser). N’hésitez donc pas à commenter au bas du texte — j’essaie de toujours répondre (parfois avec un peu de retard… mais un peu moins d’instantanéité ce n’est pas mal non plus!)

Alors pour ce soir je vais surtout noter que ça fait un peu plus d’une semaine que j’ai quitté Facebook et que je ça ne me manque pas tellement (pas encore?).

Quelques amis ont tenté de me convaincre d’y revenir, notamment parce que mes idées méritent (disent-ils) de profiter d’une portée que seul Facebook pourrait leur offrir. J’ai apprécié leur démarche, mais je vais plutôt chercher d’autres façons de faire circuler mes idées.

D’autant que plus les jours passent, et les révélations se succèdent, plus je suis convaincu que j’ai pris la bonne décision — et qu’il est urgent d’interpeller nos gouvernements pour qu’ils agissent dans le domaine de la protection des renseignements personnels. Lire à ce sujet l’excellent éditorial de Pierre Asselin, dans Le Soleil de ce matin.

Ah oui, aussi… J’ai eu à expliquer à quelques reprises que je n’utilise plus Facebook, mais que je n’ai pas encore supprimé mon compte. C’est comme ça essentiellement parce que ne peux pas me passer du jour au lendemain de Messenger, dont l’utilisation est lié à un identifiant Facebook.

Et je conclus en disant que je retrouve par ailleurs un grand plaisir à utiliser plus intensivement Twitter.

Photo: Oeuvre de Chéri Samba (et d’un visiteur, agencé!), vue au Musée de la Fondation Louis-Vuitton, à Paris, à l’été 2017.

Quitter Facebook

J’ai annoncé il y a quelques jours que je faisais une pause de Facebook. Dans ce contexte, il faudra bien que je partage mes photos de chats ailleurs… alors voilà, ça commence ce matin! :-)

Plus sérieusement, à la suite de ce texte, le Journal de Québec/Montréal m’a proposé de développer un peu ma réflexion pour la partager avec les lecteurs du journal. Ça donné lieu à ce texte, intitulé Quitter Facebook, qui est publié dans l’édition de ce matin.

Au cours de mes recherches, je suis retombé sur quelques textes que j’avais déjà publiés ici, et qui font bien sourire plus de dix ans plus tard:

9 juillet 2007 — Réseaux sociaux et identité: sentiment d’urgence

18 juillet 2007 — Facebook, non merci!

7 août 2007 — Identité et communautés virtuelles

Je continuerai à réfléchir dans les prochaines semaines aux autres outils que j’utilise quotidiennement: Google, Gmail, Messenger, Twitter, etc.

Tout cela en continuant à croire que le plus important c’est de faire remonter ces enjeux dans l’espace public — et de forcer nos gouvernements à arrêter de parler de ces enjeux au futur pour enfin passer à l’action.

bloguer, avec un petit b

J’ai annoncé hier soir que je faisais une pause de Facebook jusqu’à nouvel ordre. Le temps de bien réfléchir au fait de supprimer définitivement mon compte ou pas (je reprends les explications publiées sur Facebook, ci-dessous). Vingt quatre heures plus tard, je ne regrette pas du tout ma décision — à plus forte raison au regard des nouvelles informations qui ont émergées aujourd’hui au sujet du laxisme de Facebook et du machiavélisme de Cambridge Analytica. C’est révoltant.

Je vais profiter de cette pause pour réapprivoiser l’utilisation de Twitter (que j’avais négligée au cours des derniers mois) et d’Instagram (bien que ça appartienne à Facebook!) et possiblement faire évoluer l’utilisation de mon blogue.

Le hasard faisant bien les choses, un des articles présentés dans Sentiers #26, une infolettre éditée par Patrick Tanguay, fournit de la bonne matière à réflexion à ce sujet:

Small b blogging

«Small b blogging is learning to write and think with the network. Small b blogging is writing content designed for small deliberate audiences and showing it to them. Small b blogging is deliberately chasing interesting ideas over pageviews and scale. (…)

most people would be better served by subscribing to small b blogging. What you want is something with YOUR personality. Writing and ideas that are addressable (i.e. you can find and link to them easily in the future) and archived (i.e. you have a list of things you’ve written all in one place rather than spread across publications and URLs) and memorable (i.e. has your own design, logo or style). Writing that can live and breathe in small networks. »

À cogiter dans les prochains jours donc.

PHOTO: un cadeau de Louis Germain, qui m’a fait plaisir en m’écrivant ceci:

«Marchant, l’autre jour, j’ai aperçu cette borne-fontaine, toute pimpante dans un coussin de neige toute blanche. Ça a évoqué chez moi ces photos dont tu coiffes tes billets de blogue.». Merci pour la complicité!

—/ début du texte publié sur Facebook /—

PAUSE DE FACEBOOK

On sait depuis longtemps qu’en utilisant Facebook, on accepte de lui confier une grande quantité d’informations à notre sujet. Pas confortable… mais bon.

Un dossier publié par The Guardian vient de faire passer l’inconfort à un autre niveau. On y découvre à quel point nos données sont vulnérables entre les mains de Facebook:

https://www.theguardian.com/news/2018/mar/17/data-war-whistleblower-christopher-wylie-faceook-nix-bannon-trump

Pire encore, on constate à quel point les dirigeants de Facebook minimisent complètement la portée de ces révélations:

http://www.businessinsider.com/facebook-data-breach-reactions-executives-response-twitter-2018-3

Pour moi, la confiance est brisée. Je dois remettre en question ma présence ici.

Quelques amis ont déjà complètement effacé leur compte.

Je préfère pour ma part prendre un peu de recul avant de poser un geste irréversible — mais c’est la direction que prend actuellement ma réflexion.

D’ici-là, je serai absent de Facebook — pour au moins un mois.

Vous pourrez communiquer avec moi au besoin (ou pour le plaisir) par un des moyens indiqués sur cette page de mon blogue:

https://remolino.qc.ca/ailleurs-sur-le-web/

(et possiblement par Messenger, dont je poursuivra l’utilisation encore quelques temps).

***

Pour un résumé synthétique de l’importance de la situation qui prévaut actuellement autour de Facebook, je vous suggère ce dernier texte:

https://www.axios.com/cambridge-analytica-scandal-highlights-chaos-at-facebook-cf1122bd-27f9-4ab5-8eb4-38be29cbdf10.html

Et pourquoi pas celui-ci, une fois parti:

https://www.theguardian.com/commentisfree/2018/mar/18/facebook-extremist-content-user-data

Ciao!

—/ fin du texte publié sur Facebook /—

Intelligence artificielle et services publics

J’ai lu ce matin quelques-uns des textes suggérés par Patrick Tanguay dans sa lettre hebdomadaire Sentiers.

Parmi les liens qui ont particulièrement retenu mon attention, celui-ci, co-rédigé par Jean-Noé Landry, de qui j’ai eu le plaisir de faire connaissance dans les dernières semaines:

AI in government: for whom, by whom?

Le texte soulève des questions essentielles au sujet de la place que l’intelligence artificielle est appelée à prendre dans le développement des villes — et des services publics de façon générale.

Après avoir partagé le texte sur Facebook, j’ai reçu un commentaire de Patrick Lozeau qui portait à mon attention un texte qui témoigne de l’avancement de cette réflexion au sein du Secrétariat du Conseil du Trésor du Canada.

Responsible Artificial Intelligence in the Government of Canada

J’ai trouvé l’introduction de la section Policy, Ethical, and Legal Considerations of AI  particulièrement intéressante.

Et le plus beau dans tout ça… c’est qu’il s’agit d’un document en cours de rédaction (sous format Google Doc) — dont les différentes versions sont décrites en début de document, ainsi que la liste des changements qu’il reste à y apporter. On peut même le commenter. Bravo!

Ça m’a rappelé le neuvième élément de l’ébauche de manifeste que j’avais rédigé en 2011. Plusieurs personnes m’avaient exprimé leur doute qu’on y arrive un jour («est-ce même possible, dans notre système politique?») — eh bien en voilà (enfin!) un bel exemple. Peut-être qu’il en existe de nombreux autres et qu’ils m’avaient simplement échappés?

J’espère que c’est une pratique qui se multipliera rapidement — et pas qu’au gouvernement fédéral!

***

Je profite du fait que les lecteurs de ce textes seront probablement particulièrement intéressés par l’intelligence artificielle pour poser à nouveau une question que j’ai soulevée quelques fois au cours des dernières semaines — sans réussir à obtenir une réponse:

Est-ce qu’il existe un répertoire des décisions qui sont prises, en tout ou en partie, sur la base d’un procédé algorithmique dans l’administration des services publics québécois?

Mise à jour: une amie porte à mon attention cette conférence de René Villemure au sujet de l’éthique et l’intelligence artificielle. Condensée en 3 min 32 secondes… c’est parfait comme un premier survol des enjeux.

Réfléchir, communiquer… le livre, le web, etc.

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Beaucoup de choses me font réfléchir à la part de la communication dans l’engagement politique depuis quelques temps.

D’abord ma décision de faire une pause d’engagement militant — qui m’amène à garder un grand devoir de réserve (en particulier dans les médias sociaux) au sujet ce qui se déroule dans l’actualité. Ce n’est pas toujours facile, mais j’ai tellement de respect pour celles et ceux qui continuent d’être au front que je ne voudrais surtout pas avoir l’air d’être donneur de leçons.

Je crois que cette grande discrétion est importante aujourd’hui, mais elle aura évidemment une fin. J’aurai envie de reprendre plus activement part au débat public — dans quelques mois peut-être, et possiblement sous d’autres formes. Alors je réfléchis à la forme que ça pourra prendre.

C’est dans ce contexte que j’ai lu cette semaine Avant, je criais fort, de Jérémie McEwen, publié chez XYZ. J’ai aimé, même si le sujet de la communication dans l’espace public ne s’y trouve finalement que très peu abordé (du moins directement).

« L’opinion, dans les médias des cinquante dernières années, ne laisse pas l’auditeur penser par lui-même. On gave l’auditoire d’idées toutes faites et de phrases commodes au lieu de présenter des outils permettant la réflexion autonome. »

C’est aussi dans ce contexte que j’ai entrepris de lire Un Québec libre est un Québec qui sait lire et écrire, du ministre de l’Éducation Sébastien Proulx, publié par Septentrion. Je n’ai pas fini la lecture encore, mais l’éditeur m’a fait promettre d’en faire un commentaire sur mon blogue «que j’aie aimé ou pas», alors j’y reviendrai.

« Le conformisme n’est plus possible au département des idées pour changer le Québec et lui permettre de poursuivre son développement. Ce conformisme dans lequel il est facile de s’enliser et qu’il faut continuer à combattre. »

Ces deux livres font d’ailleurs parler d’eux dans le cahier Lire du Devoir de ce matin. Sous la plume de Fabien Deglise (De la cassette au livre) et de Louis Cornellier (Friction intellectuelle).

Le plus récent texte de Normand Baillargeon dans le magazine Voir, intitulé Aux futurs ministres de l’Éducation et de l’Enseignement supérieur, aborde lui aussi les mêmes thèmes.

«Au Québec, l’heure n’est plus aux rapiéçages, aux idéologies, aux approximations ou à la défense d’intérêts particuliers.»

Sans compter qu’il n’y a pas seulement le texte pour s’exprimer, témoigner et prendre position. Les remarquables reportages photo de Renaud Philippe au sujet de la crise humanitaire des Rohingyas, dans Le Devoir (Persécutés au Myanmar, indésirables au Bangladesh) et dans le Globe and Mail (Living in Limbo), nous le rappellent avec force.

Catherine Dorion fait aussi référence au travail de Renaud Philippe dans sa chronique dans le Journal de Québec: Nous ne sommes pas impuissants.

Bref… beaucoup de bois dans l’poêle cette semaine.

 

 

Éviter l’asphalte

Une question m’occupait l’esprit à mon réveil ce matin: est-ce vraiment utile de prendre des photos pour témoigner de l’état du chemin Sainte-Foy en février 2018 comme je l’ai fait cette fin de semaine [1] [2]? Sous prétexte de pouvoir y revenir dans dix, quinze ou vingt ans? Comme le fait très bien Le Soleil avec sa série d’hier à aujourd’hui, par exemple.

Parce qu’au fond, quand on y pense bien, on peut maintenant utiliser Google StreetView pour faire ça — et depuis déjà plusieurs années. Google nous donne même accès aux archives de ses photos, comme je l’avais montré dans un texte écrit pour l’École branchée il y a quelques mois.

Autant s’y faire: dans dix ans on pourra probablement référer encore plus facilement à tout ça. Et dans vingt ans on devrait même pouvoir réaliser de façon automatique de petits films de type stop motion qui permettront de rendre compte de la transformation de n’importe quel coin de rue de n’importe quelle ville.

Alors pourquoi prendre ces photos et les publier sur mon blogue?

Il y a bien sûr les souvenirs qui se manifestent à travers la démarche, que le geste du photographe est sûrement plus efficace à faire remonter à la mémoire que la simple utilisation de Google StreetView (comme François Bon me l’a d’ailleurs spontanément souligné dans un commentaires sur Facebook).

Mais à force de retourner cette question dans tous les sens au cours de la journée, et d’échanger avec des amis, c’est autre chose qui a fini par me frapper: l’automobilisation du regard — et les risques que cela amène pour notre mémoire collective.

En effet, si on se fie à Google pour pouvoir illustrer l’évolution de la ville, nous aurons pour le faire uniquement des points de vue automobiles: les immeubles tels qu’ils sont vus à partir de la route, les paysages comme on les voit en circulant. Rien qui ne soit pas accessible en auto.

C’est une idée que je trouve choquante: comme si l’automobile n’avait pas déjà assez transformé nos villes (et pas que pour le mieux!)… voilà que c’est autour d’elle que pourrait s’organiser une partie de notre mémoire collective?

Le regard que Google pose sur la ville — à partir d’une automobile — pourrait constituer une sorte de référence patrimoniale, une forme d’archives populaires?

Ce n’est certainement pas suffisant!

Et c’est là que le sens de la démarche que j’ai commencé il y a deux jours s’est rapidement précisé dans mon esprit.

Il ne s’agit pas de prendre des photos de ce que je vois, de ce que j’aime ou de ce qui m’inspire à partir de la rue (ou du trottoir) mais de m’extraire des parcours automobiles pour témoigner d’autres points de vue — qu’il faudra que je (ré)apprenne à repérer.

Il faudra que j’emprunte des ruelles trop étroites pour les autos, des sentiers, les passerelles autour desquels se s’est défini mon quartier, pénétrer dans les parcs, passer derrière les bâtiments, monter sur les buttes — et pourquoi pas sur les toits?

On parle beaucoup depuis quelques temps de l’influence indue de Facebook et de Google ont probablement sur la nature de l’information qui alimente le débat public.

Je réalise qu’on devrait peut-être parler aussi de l’influence de ces géants — de Google, dans ce cas — sur notre façon de percevoir et de comprendre notre milieu de vie.

Ma réflexion ne fait bien sûr que commencer mais je sais qu’elle va déjà influencer le parcours de mes prochaines promenades et la nature des photos que j’en rapporterai ici.

Lire, voir et écrire

Ça fait un bout que je n’ai pas écrit ici. Je ne sais pas trop pourquoi — si ce n’est que mes journées sont particulièrement chargées par les temps qui courent. Mais je prends quand même le temps de lire et d’écouter/visionner, toutes sortes de choses, alors je pourrais aussi prendre le temps d’écrire un peu.

J’explore entre autre le monde des youtubeurs, auquel je n’avais pas vraiment porté attention — même si connaissais son importance. Et je trouve ça vraiment très stimulant. Il y a là beaucoup de variété (le meilleur et le pire, évidemment), mais surtout beaucoup de spontanéité. J’aime beaucoup la liberté que je trouve là. C’est très inspirant.

Je ne me lancerai pas dans la vidéo parce que ça demande trop de temps (tournage, montage, diffusion, etc.) mais il se pourrait bien que ça influence un peu la façon dont je vais aborder l’écriture ici dans les prochaines semaines et les prochains mois.

En attendant, voici des liens vers quelques textes qui ont attiré mon attention dans les derniers jours:

Attention Éric Chevillard est fou

Je connais un peu Éric Chevillard. Je le lisais dans Le Monde des livres, notamment, mais je n’avais pas pris l’ampleur (et la régularité) du travail sur son blogue. Impressionnant! Et sous la forme de ce livre?! Ça laisse bouche-bée.

Je suis très fier d’écrire presque tous les jours quelques notes dans DayOne, et d’écrire plus ou moins régulièrement ici… mais il y a encore clairement de la place pour faire mieux / partager plus. La spontanéité est peut-être une des clés de l’affaire, justement.

John Perry Barlow’s 25 Principles of Adult Behavior

Il faut toujours prendre avec un grain de sel toutes ces listes qui ont souvent une forme dimension psycho-pop… mais quand je tombe sur une bonne liste (comme c’est le cas ici) j’aime bien prendre le temps de me demander ce dans quoi je me reconnais le plus.

Ma sélection des plus importants dans la liste de Barlow? Les voici:

 1. Be patient. No matter what.

3. Never assume the motives of others are, to them, less noble than yours are to you.

4. Expand your sense of the possible.

7. Tolerate ambiguity.

8. Laugh at yourself frequently.

10. Never forget that, no matter how certain, you might be wrong.

16. Reduce your use of the first personal pronoun.

Et vous lesquels?

Maxime Catellier et Robert Lévesque en duo

«J’ai fait ma spécialité de la digression. J’écris quelque chose et, en l’écrivant, un mot me donne une idée, je tourne, je reviens. Je procède à sauts et à gambades, comme dirait Montaigne.

 C’est ce qu’on appelle écrire en prenant son temps. Tu pars pour écrire quelque chose et tu finis par écrire autre chose. C’est ça l’essai : réfléchir avec un souffle.»

Noémie Leclerc et Hubert Lenoir: soif de liberté

J’ai d’abord été charmé par la photo, puis par le texte, et finalement par les premières notes que j’avais pu écouter à partir de La Presse+.

L’album joue en boucle depuis une semaine. J’ai acheté le livre hier — les premières pages me plaisent déjà beaucoup.

Et l’audace rafraîchissante, l’ambition naïve, de leur projet me séduit beaucoup.

La génération X et la politique

À la suggestion d’un ami, je viens de relire le texte qu’Alec Castonguay signait dans l’Actualité de novembre 2017: La revanche de la génération X.

Je fais partie de cette génération qui serait à la fois cynique et en colère (drôle de mélange!) si on en croit le sondage sur lequel s’appuie le journaliste. Je m’interroge toutefois: est-ce que ce sentiment s’explique surtout par une situation économique récente, ou par une perspective historique et sociologique un peu plus large?

Citations et extraits:

«83% des X pensent que les choses sont pareilles ou pires qu’il y a dix ans au Québec.»

« 74% pensent que la situation va se stagner ou continuer à se détériorer dans les dix prochaines années.»

«La même proportion affirme que les systèmes économiques et politiques ne travaillent pas en leur faveur.»

«Ils en ont bavé pour se faire un chemin, et là, ils sont choqués de penser que leurs enfants vont aussi en baver. Ils se demande ce qui pourra les aider.»

«Plus on s’éloigne du centre de Montréal et de Québec, plus la volonté de changement est flagrante.»

«Je regarde la robotisation, l’automatisation du travail, et je me demande (…) comment le gouvernement va-t-il pouvoir aider mes enfants avec la nouvelle révolution industrielle?»

«On dirait que les politiciens ne font rien pour améliorer le sort des Québécois.»

«Ils veulent donner un grand coup de pied dans la “canisse” politique.»

L’article fait essentiellement référence à la situation personnelle et professionnelle des personnes qui composent la génération X pour expliquer leur colère actuelle. Je ne nierai certainement pas qu’il s’agit de facteurs importants.

Mais je pense que l’image que nous avons eue de la politique québécoise, et le fait qu’elle a donné vraiment très peu de résultats depuis notre entrée dans le monde adulte (il y a environ 25 ans) est probablement aussi un facteur important dans cette impression d’être, depuis toujours, dans une impasse.

Un problème qui irait bien au-delà de dynamique électorale actuelle donc.

Qu’en pensez-vous?

Comment ça va?

Il y a de gros contrastes dans mes lectures par les temps qui courent.

J’ai parlé il y a quelques jours de Trop tard, d’Harvey L. Mead. Dans la même perspective, j’ai lu hier soir Petit traité de résilience locale de Agnès Sinaï, Raphaël Stevens, Pablo Servigne et Hugo Carton, publié chez Écosociété. C’est un texte publié dans Le Devoir d’hier matin (et précédemment dans Nouveau Projet, où il m’avait échappé) qui l’a mis sur ma route.

Les quatre auteurs développent une thèse semblable à celle d’Harvey L. Mead: un effondrement de notre civilisation est imminent, l’heure n’est plus au développement durable, mais à nous préparer à l’après.

Il a plusieurs choses intéressantes dans le livre, mais j’ai quand même trouvé le propos nettement exagéré par moment. Comme lorsqu’ils plaident qu’il faudra réapprendre «les mathématiques libres d’ordinateur».

«Jusqu’à récemment, il n’était pas nécessaire d’avoir un ordinateur afin de calculer les nombres nécessaires pour construire un pont, piloter un navire, faire des bilans comptables et autres opérations mathématiques plus ou moins basiques. Celles-ci pouvaient être accomplies par des règles à calcul, des abaques, des tables de logarithmes, des registres à double entrée. Dans le futur, quand il ne sera plus économiquement viable de maintenir et de remplacer les ordinateurs, ces mêmes tâches devront être accomplies, mais le savoir permettant d’y parvenir risque fort d’avoir disparu.»

Cet alarmiste contraste pour le moins avec d’autres textes qui occupent mon attention, comme celui de François Brousseau, lui aussi publié dans Le Devoir: De mieux en mieux.

«Toujours mieux ! Le monde va toujours mieux ! (…) Les ronchons et les inquiets n’ont pas tout faux (…) On y reviendra certainement. Mais pour ce début d’année, constatons l’incroyable, constant — et souvent invisible — progrès de l’humanité, qui malgré tous les drames se poursuit jusqu’à ce jour.»

Je continue à lire et réfléchir pour trouver un chemin original à travers tout ça.

Une nouvelle forme de parti politique

Est-ce qu’on doit avoir une opinion sur tout? Mathieu Charlebois pense que non. Je le pense aussi.

Est-ce qu’un parti politique doit avoir une opinion sur tout? Je pense que non. Michael Wernstedt le pense aussi.

Michael Wernstedt, c’est le co-fondateur d’un nouveau parti politique suédois, l’Initiative, que le New Yorker m’a récemment fait découvrir.

Ce qui est particulièrement intéressant, c’est que l’Initiative a été lancé sans avoir de programme politique précis — du moins au sens où on l’entend généralement. Les fondements du parti se limitent plutôt à deux courtes listes:

Une liste de six valeurs: courage, ouverture, compassion, optimisme, co-création et dynamisme (actionability).

Et une liste de trois enjeux jugés critiques: la crise de confiance dans la démocratie, la crise environnementale et la crise de la santé mentale.

C’est seulement dans l’action que le parti sera amené à formuler des propositions de manière à répondre aux trois crises, dans le respect des six valeurs fondatrices. Chacune des propositions devra donc pouvoir être expliquée en fonction de ces neufs éléments essentiels.

Les fondateurs de l’Initiative suédoise (et de l’Initiative danoise) s’inspirent largement des travaux de Emil Ejner Friis et Daniel Görtz, qui publient ensemble depuis quelques années sous le pseudonyme d’Hanzi Freinacht — un philosophe, historien et sociologue imaginaire qui vivrait reclus dans les Alpes suisses.

Pour Freinacht, à notre époque un parti politique ne devrait plus prétendre dire aux gens ce qui est bon et ce qui est mal pour eux. Un parti politique devrait plutôt être perçu un véhicule pour porter leurs besoins et leurs désirs.

C’est ce qui lui fait dire qu’un parti ne devrait plus se déployer autour d’un programme précis («it’s a party about nothing») mais plutôt s’appuyer sur l’acceptation par ses membres d’un processus délibératif continu qui s’appuie sur de courtes listes de valeurs et de priorités.

Freinacht nous invite à repenser également le rôle de l’état, qui, aujourd’hui devrait non seulement être de répondre aux besoins essentiels de la population (à la manière de l’état providence) mais également tout mettre en oeuvre pour être concrètement à l’écoute des citoyens (aspirer à être une «listening society»).

Je ne sais pas ce que vous en pensez. Moi, j’aime plutôt ça.

Beaucoup même.

Éducation: objectif lune

Ça me semble de plus en plus évident: l’éducation doit redevenir LA priorité au Québec.

Dans sa chronique d’hier dans La Presse+, Alain Dubuc évoquait deux conditions nécessaires pour que cela soit possible:

«La première, c’est que l’on comprenne bien, collectivement, pourquoi l’éducation est si importante.

La seconde, c’est qu’on change radicalement notre façon d’aborder cet enjeu (…)

Nous avons souvent tendance, au Québec, à avoir une vision institutionnelle des choses, dans ce cas-ci, à ramener l’éducation au ministère éponyme, à son ministre, à ses établissements (…)

On n’ira pas très loin si on ne sort pas de cette logique en silos pour reconnaître que l’éducation, ce ne sont pas seulement des programmes et des diplômes, mais un état d’esprit, une conception de la société (…)»

Je suis tout à fait d’accord avec Alain Dubuc quant à la nécessité de sortir de cette conception essentiellement scolaire de l’éducation. C’est d’ailleurs ce qui a motivé mon intérêt pour le concept de cité éducative depuis quinze ans (ex.: 2003, 2004, 2008, etc.).

C’est un défi politique qu’il est indispensable de relever rapidement (et qui m’apparaît préalable à tout nouveau débat sur l’indépendance du Québec).

Un défi qui va exiger du leadership et des engagements politiques ambitieux et concrets des partis politiques.

Des engagements aussi concrets et ambitieux, à notre échelle, que ceux que John F. Kennedy a formulés devant le congrès des États-Unis en mai 1961:

«This nation should commit itself to achieving the goal, before this decade is out, of landing a man on the moon and returning him safely to the earth.»

Voir: https://youtu.be/GmN1wO_24Ao

On a déjà été capable de ce type de discours au Québec aussi.

Celui dans lequel Jean Lesage sollicitait l’appui de la population pour compléter la nationalisation de l’électricité, 1962, en est un exemple. J’y faisais référence en 2012.

C’est ce discours qui allait en quelque sorte initier la Révolution tranquille.

Me semble qu’on serait dû pour quelque chose du même genre.

Vous ne trouvez pas?

Photo: Au clair de la lune. Oeuvre de Geneviève De Celles.