Décès de Seymour Papert

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Il y a dix ans, c’est un texte sur le blogue de Mario qui m’avait appris le terrible accident de Seymour Papert au Vietnam (relire ici). Nous lui avions même fait livrer des fleurs, directement à Hanoï (relire ici et ici). Hier c’est par téléphone de Mario qui m’a appris son décès.

Voici le texte que le Massachusetts Institute of Technology lui a consacré hier:

Professor Emeritus Seymour Papert, pioneer of constructionist learning, dies at 88

Seymour Papert est certainement une des personnes qui a le plus profondément influencé ma démarche professionnelle — depuis le secondaire, avec ma découverte du Logo, comme étudiant en sciences de l’éducation, comme enseignant, comme parent, et de façon encore plus générale, comme personne qui s’intéresse à la mutation de notre société au contact des technologies.

Papert était un esprit vif, passionné, parfois provocateur, qui réfléchissait en confrontant continuellement ses idées à la réalité. Il croyait profondément à l’importance des objets pour penser avec — «des objets qui doivent comporter l’intersection d’une présence culturelle, d’un savoir incorporé et de la possibilité d’une identification personnelle». Des engrenages avec lesquels il a joué enfant, à la tortue du langage Logo, en passant par les Lego Mindstorm et au mini-ordinateur OLPC, c’est ce qui a guidé toute son oeuvre.

Feuilletant avec tristesse ce matin les premières pages de ma copie (super annotée!) de Jaillissement de l’esprit, ordinateur et apprentissage, écrit en 1980, je retiens ces deux passages:

«…il y a un monde entre ce que les ordinateurs pourraient faire et ce que la société choisira de leur faire faire. La société ne manque pas de façons de résister à des changements fondamentaux et menaçants. Aussi, cet ouvrage concerne-t-il encore les choix qui devront être faits, et qui sont en fin de compte politiques. Il examine certaines des forces de changement, ainsi que les forces de réaction à ce changement, appelées à entrer en scène au fur et à mesure que l’ordinateur s’introduit dans l’univers de l’éducation, univers chargé d’implications politiques.»

«La salle de classe est à mes yeux un environnement artificiel et de rendement faible, inventé par une société qui d’ailleurs n’avait guère le choix (…) Toute la question est de savoir si l’école actuelle saura s’adapter en se transformant radicalement, ou si elle devra disparaître et se voir remplacer par autre chose.»

J’ai aussi pris le temps de survoler à nouveau le texte qu’il avait signé avec David Cavallo, en 2000, qui m’a beaucoup inspiré au cours de la période où j’ai travaillé à partir du concept de cité éducative. J’y avais fait référence ici en 2004:

La cité éducative comme un Learning Hub

Et je suis retourné à l’extraordinaire texte qu’il avait signé dans le deuxième numéro de la revue Wired, en 1993. Le récit de la petite fille de quatre ans qui désirait savoir si les girafes dorment debout m’est toujours resté à l’esprit depuis tout ce temps.  J’avais d’ailleurs évoqué ce texte sur mon blogue, en 2009:

L’image comme porte d’accès à la connaissance

Je me souviens en terminant du très agréable déjeuner que j’ai eu la chance de partager avec Seymour Papert et son épouse, Suzanne Massie, au Château Frontenac, en mars 2004, quelques heures avant qu’il ne prononce la conférence pour laquelle nous l’avions invité aux Rencontres Internationales du Multimédia d’Apprentissage.

Suzanne Massie m’avait fait cadeau dans les semaines suivantes d’un exemplaire de Land of the Firebird, the Beauty of Old Russia, le livre qui avait fait d’elle une messagère informelle entre Ronald Reagan et Michael Gorbatchev pendant la guerre froide (voir Wikipedia).

À la première page du livre, on peut lire, d’une belle écriture:

May 9, 2004

For Clément Laberge with my thanks for your warm welcome and hospitality in Quebec.

À bientôt. j’espère!

Suzanne Massie.

Je pense aussi à elle aujourd’hui. Ainsi qu’à sa famille et ses amis.

Merci M. Papert. Vous continuerez à m’inspirer longtemps.

Une grande perplexité

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Quels temps difficiles pour les idéalistes, ai-je dit à des amis il y a quelques semaines. Non, mais, c’est vrai… c’est dur. Vous ne trouvez pas?

Je pense qu’à moins de se fermer les yeux parce qu’on ne veut tout simplement pas voir, il faut bien reconnaître que nous sommes, collectivement, bien mal équipés pour faire face aux défis particulièrement complexes qui se présentent à nous dans les prochains mois et les prochaines années. Difficile de ne pas se sentir désemparés devant pareil constat.

Ce n’est certainement pas faute de monde engagé que nous en sommes là. Ni de moyens de communication. Et encore moins de richesses. Nous sommes dans une des sociétés les plus privilégiées sur la planète. Sauf que malgré tout ça les discours s’étiolent, les propositions politiques sont de plus en plus fragmentées et elles divisent souvent plus qu’elles ne rassemblent — parfois même au mépris de la réalité, comme le signale Antoine Robitaille dans Le Devoir. La démagogie semble envahir l’espace public comme la mauvaise herbe dans une platebande négligée.

Ère post-factuelle? | Antoine Robitaille | Le Devoir | 18 juillet 2016

Tout ça pour dire que je commence mes vacances dans un état de grande perplexité devant les discours partisans. Devant l’ensemble des discours partisans. Je me demande si nous ne sommes pas à un moment de notre histoire où il serait nécessaire de prendre un peu de recul sur les programmes politiques qui guident (et qui contraignent), de façon parfois utile, mais souvent trop automatique, nos réflexions et nos débats collectifs.

Je m’interroge. Profondément.

Comment éviter la polarisation de l’espace public?

Comment mettre en valeur les discours nuancés et rigoureux?

Comment faire émerger des discours et des projets véritablement rassembleurs?

Comment faire (re)naître un nouveau discours audacieux « au centre » — le plus difficile et le seul envisageable, comme le dit Simon Jodoin dans le Voir.

Attentats et radicalisation: le piège ambidextre qui nous guette | Simon Jodoin | Voir | 16 juillet 2016

Sous quelle forme l’engagement politique, partisan ou non, a-t-il le plus de sens aujourd’hui?

Et, encore plus concrètement, de quelle façon un entrepreneur idéaliste, comme moi, peut-il contribuer le plus efficacement à l’épanouissement de notre société?

Je ne sais pas encore très bien où me mènera cette réflexion…

…et je pense que c’est justement ça qui la rendra peut-être particulièrement intéressante!

Photo: Sher-Wood 748, Louisville 520, Ultralite 709, (extrait d’une) œuvre de Pierre Ayot, vue au Musée national des Beaux-Arts du Québec, le 18 juin 2016.

«C’est pas nous, c’est elle»

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Ça fait très longtemps qu’un article de journal ne m’a pas autant choqué. Et pourtant, ce n’est pas parce qu’on manque de sujets d’indignation par les temps qui courent…

Une ado de Trois-Rivières cause l’annulation d’une question d’examen du ministère | Le Soleil | 16 juin 2016

L’article nous apprend que la question principale de l’examen national d’histoire de quatrième secondaire sera annulée, par mesure d’équité (comme une autre question, d’un autre examen, la semaine dernière, j’en parlais ici).

Dès le titre de l’article du Soleil, on pointe du doigt une ado comme responsable du cafouillage.

Une ado.

Et pourquoi on dit qu’elle est responsable? Parce qu’elle a diffusé sur les réseaux sociaux une vidéo dans laquelle elle expliquait le raisonnement de son professeur sur ce qui pourrait leur être soumis à l’examen. Pas la question d’examen, un tuyau d’un prof pour bien se préparer à l’examen.

Or, apparemment le prof avait trop bien vu… Conclusion du ministère: à partir du moment où cette vidéo circulait, «les étudiants avaient trop d’information.» On annule tout.

Qui est responsable? Pas le ministère qui a conçu l’épreuve, pas une responsabilité partagée d’un paquet de monde. Non. L’ado.

Sérieusement. Voilà tout un système qui fait porter le poids d’un échec sur une ado.

La conclusion de l’article m’a fait crier:

De toute évidence, l’adolescente est atterrée par la tournure des événements. «Je suis vraiment désolée, écrit-elle. Présentement, je me déteste. Je ne sais plus quoi faire avec toutes les insultes que je reçois par des gens qui ne comprennent pas ma situation. Tout le Québec sur le dos, c’est de quoi.»

«Présentement, je me déteste.»

C’est grave. Très grave.

Je pense que le ministre de l’Éducation devrait appeler cette adolescente et la rassurer. Elle n’a rien fait qui mérite qu’elle se déteste.

Le système scolaire ne devrait, sous aucun prétexte, amener un enfant à dire qu’il se déteste.

C’est notre responsabilité, à tous, d’être garant de cela.

Je vous invite, monsieur le ministre, à prendre le téléphone et à porter rapidement, en notre nom à tous, ce message essentiel auprès de cette jeune fille.

Le 7 juin, trois années et un ballon

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J’ai commencé à écrire ce texte dans le train Montréal-Québec. Mon iPhone m’indiquait que nous roulions à 145 km/h. Ça va vite. Mais ce n’est tellement rien. Tout va tellement plus vite que ça… surtout en politique!

La preuve, si on recule un peu:

7 juin 2015 — Il y a exactement un an. C’était jour d’élection partielle dans la circonscription de Jean-Talon. J’étais candidat. Mon principal adversaire était Sébastien Proulx, devenu ministre de l’Éducation depuis. Le travail de toute l’équipe nous avait permis d’obtenir un excellent résultat, en forte progression sur l’élection précédente, mais évidemment pas assez pour gagner. Pierre Karl Péladeau était fraîchement élu chef du Parti Québécois. Si, si, je vous assure, c’était il y a un an!

Et si on recule encore un petit peu plus:

7 juin 2014 — C’était jour de Conseil National des Présidents et des Présidentes du Parti Québécois, à Drummondville. Mon journal personnel indique: «Discours d’adieux très intelligent et très touchant de Mme Marois». Deux mois après une terrible défaite électorale (où j’étais aussi candidat) dont le parti n’a malheureusement pas encore tiré toutes les conclusions. Deux ans seulement… même si tellement d’eau a coulé sous les ponts depuis!

Retour vers aujourd’hui:

7 juin 2016 — aussi invraisemblable que cela puisse paraître, le Parti Québécois est à nouveau plongé dans une course à la chefferie. J’ai passé la soirée à recueillir des signatures pour la candidature de Véronique Hivon. Cela m’a donné l’occasion de discuter avec pas mal de monde. Il est un peu passé 23h, je suis content. Notre mouvement est vigoureux.  Je pense que je peux le dire avec encore plus de confiance que l’an dernier à pareille date.

Je crois que les conditions d’une véritable refondation du Parti Québécois sont enfin réunies. Je l’espère. Sur quelles bases est-ce que ça va se faire? Je ne le sais pas encore. Je crois qu’il est encore beaucoup trop tôt pour le dire.

Plusieurs options s’offrent aux membres. Elles peuvent sembler bien différentes les unes des autres, mais au moins trois me semblent avoir un point commun important:

  • Alexandre Cloutier propose que le Parti Québécois continue dans la même voie, mais en faisant mieux;
  • Martine Ouellet propose de forcer le rythme en faveur de l’indépendance;
  • Jean-François Lisée propose plutôt de remettre prioritairement sur pied l’État québécois;

J’ai plus de mal à décrire la proposition de Paul Saint-Pierre Plamondon (s’il arrive à être candidat), parce que je ne le connais pas encore suffisamment.

De mon point de vue, aucune de ces propositions ne remet fondamentalement en question les dogmes autour desquels se déploie notre espace politique depuis quarante ans. Je pense qu’on pourrait aussi dire la même chose de la proposition de Nicolas Marceau, Alain Therrien, Mireille Jean et Catherine Fournier — mais j’ai besoin d’y réfléchir encore un peu avant de me faire une idée définitive à ce sujet.

J’ai l’impression que c’est comme si on jouait au ballon dans une cour d’école depuis tout ce temps et que, constatant que le jeu a perdu pas mal d’intérêt parce que ce sont toujours les mêmes qui gagnent, Alexandre, Martine et Jean-François se contentaient de proposer de changer les équipes de côté de terrain. Comme si ça pouvait modifier le résultat de la partie suivante.

Jean-François Lisée me répondrait probablement que mon analogie est injuste, parce qu’à la différence des autres, lui saura convaincre quelques joueurs de changer d’équipe pendant le déplacement et que cela lui donnera de meilleures chances de gagner. C’est peut-être vrai, mais ça ne me semble pas très stimulant comme stratégie.

Je trouve que la proposition de Véronique Hivon est radicalement différente.

Je pense que Véronique est celle qui a le mieux  compris que les résultats du jeu politique québécois sont devenus tellement prévisibles qu’il a perdu tout intérêt pour pas mal de monde. À preuve, il y a de plus en plus de joueurs qui choisissent de rester sur les lignes de côté et qui se contentent de crier de temps en temps.

C’est pour ça qu’il faut aborder les choses autrement, incarner une autre façon de faire la politique, réformer le système électoral, stimuler la démocratie locale,  favoriser la participation des citoyens, etc., sans jamais renier notre désir de faire du Québec un pays — parce que ce n’est pas une coquetterie, c’est une nécessité.

La proposition de Véronique ne consiste pas à changer l’heure du match, la couleur du ballon ou le côté de terrain occupé par chacune des équipes. Elle consiste à transformer le jeu pour qu’il favorise l’engagement d’un plus grand nombre de joueurs, pour leur redonner progressivement le goût de gagner… et de le faire avec nous!

C’est sans doute un peu plus abstrait au départ, un peu difficile à expliquer et un peu plus long à mettre en place, mais je pense que c’est une approche qui est à la fois plus stimulante et plus prometteuse si on veut vraiment sortir du cycle des défaites.

***

Le texte lu par Guillaume Vigneault à l’occasion de l’inauguration du local de campagne de Véronique Hivon s’inscrit, lui aussi, il me semble, dans cette perspective:

Y’a une photo, dans le fond d’une boîte… | 5 juin 2016

En finir (d’abord) avec le fatalisme

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Ma fille aînée aura 20 ans au moment de la prochaine élection au Québec. Mon fils aura 18 ans. Tous deux exerceront donc pour la première fois leur droit de vote à des élections provinciales. Leurs groupes d’amis aussi.

Partant de l’hypothèse que c’est autour de 15 ans qu’on commence à s’intéresser davantage à la chose politique, je me suis interrogé sur ce qu’ils auront eu comme expérience de la politique québécoise. À partir de quels événements auront-ils construit leur conception de l’utilité de la politique et des raisons de s’y intéresser (ou pas)? De l’intérêt de faire du Québec un pays, aussi, évidemment.

Il y aura eu:

  • Le printemps érable — et le refus du gouvernement d’entrer en dialogue avec les jeunes.
  • La fragilité du gouvernement minoritaire de Pauline Marois.
  • Les audiences de la Commission Charbonneau et toutes les allégations associées.
  • La création d’une escouade anticorruption et l’entrée de ce mot dans le vocabulaire courant des médias.
  • Les démissions et arrestations de maires, de députés et d’autres personnalités politiques influentes.
  • Des compressions budgétaires à répétition, notamment en éducation.

En remontant un peu dans le temps, à partir du même raisonnement, je réalise que ceux et celles qui sont nés après 1981 ont connu leur éveil politique après l’arrivée du gouvernement de Lucien Bouchard, en 1996.

Il n’ont donc vécu que sous le dogme du déficit zéro — c’est-à-dire dans une époque où les gouvernements ont généralement pour rengaine: «on fait ça parce qu’on n’a pas le choix, parce qu’il faut réduire le déficit ». Pour ces jeunes, la politique est un espace où le fatalisme règne en maître.

Pour ces jeunes, la politique est un monde où ce qui a été créé pour eux est sujet à être démantelé — avant même que leurs enfants ne puissent à leur tour en profiter.  Ma plus grande a été parmi les premières à être inscrites dans un CPE. Elle entend depuis quelques mois que c’était un projet trop ambitieux, dont le Québec n’aurait pas les moyens.

Ces jeunes ont aussi grandi à l’ombre de l’influence croissante des multinationales, notamment celles de l’économie numérique. Ces entreprises sont devenues tellement géantes qu’on prétend aujourd’hui qu’elles échappent au contrôle des États. De Seattle à Paris, en passant par Québec, aucune mobilisation citoyenne ne semble avoir d’effet sur cette perte de contrôle. Il faudrait aussi s’y faire.

Leur expérience de la politique est tout le contraire de celle que j’ai eue avant de voter pour la première fois, en 1994 — année de l’élection de Jacques Parizeau. Une période où il était permis d’avoir de l’ambition, où la politique était un monde de possibles.

Je pense qu’il faut retrouver cette énergie avant de penser faire un nouveau référendum sur l’indépendance du Québec.

Il faut d’abord rompre avec la culture politique actuelle et le cynisme qui l’accompagne.

Il faut en finir avec le fatalisme.

C’est pour ça que je pense qu’on devrait proposer aux Québécois un très vaste chantier de refonte de notre vie démocratique, lors de la prochaine élection: refonte du mode de scrutin, vaste décentralisation, référendums d’initiatives populaires, introduction de processus de révocation des élus, réduction de la ligne de parti, etc.

Parce qu’il faut, par tous les moyens:

  • rapprocher le pouvoir des citoyens;
  • redonner un sens à l’engagement social;
  • offrir de nouvelles raisons de croire dans l’efficacité de l’action politique.

Il me semble que ce sera pas mal plus facile de convaincre les gens — et en particulier les jeunes! — de l’utilité de faire du Québec un pays, s’ils sont convaincus qu’ils auront une influence réelle sur la forme que prendra ce nouveau pays et sur la conduite des affaires de ce nouvel État.

Parce qu’au fond, pourquoi on ferait du Québec un pays si c’est pour élire des gouvernements (ou même de super bons gouvernements) qui, une fois élus, passeront leur temps à dire qu’ils n’ont pas le choix. L’avenir de la nation québécoise n’est pas dans le plus à gauche, ou dans le plus à droite, mais bien dans le plus de pouvoir pour les citoyens.

Prochaine étape, donc, dans la marche pour faire du Québec un pays: en finir avec le fatalisme. C’est indispensable, même si ça prendra vraisemblablement  un peu plus de temps que les déjà convaincus par l’indépendance pourraient le souhaiter.

 

Lire aussi:

 

Pour un changement de culture politique

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Je croyais, profondément, qu’il fallait qu’il y ait une course à la chefferie du Parti Québécois. Avec l’arrivée d’Alexandre Cloutier dans la course, on en a maintenant officiellement une. Et si on se fie aux rumeurs, il y aura probablement un ou deux autres candidats. C’est encore mieux.

Une course à la chefferie est toujours un exercice très particulier. D’une part parce qu’on est, comme militant, forcément d’accord avec la très grande majorité des propositions de l’ensemble des candidats. Et d’autre part, parce que les camps opposent, pendant un temps, des alliés d’hier et de demain.

J’ai beaucoup écrit sur ce blogue à la suite du départ de Pierre Karl Péladeau. Puis j’ai fait une pause de quelques jours parce que j’ai senti les esprits s’échauffer (y compris le mien) — comme aspirés par une sorte de frénésie partisane, à mesure que les différents camps se mettaient en place. Attention, danger.

Je me suis levé tôt ce matin. Pour repenser calmement à tout ça. Prendre un peu de recul.

J’ai lu les journaux. J’ai été ravi de voir qu’Alexandre, comme Véronique, a réussi à éviter le piège du calendrier référendaire lors de son lancement. Ouf! J’ai aussi été touché par le témoignage du député de Sherbrooke et ministre de la Culture et des Communications, Luc Fortin, dans La Tribune (je trouve le titre de l’article sur le Web déplorable, je lui préfère donc le titre de l’édition imprimée dans Le Soleil).

Un ministre au bout du rouleau | La Tribune/Le Soleil | 14 mai 2016

Et c’est devenu soudainement très clair pour moi: l’enjeu déterminant dans cette course à la chefferie, c’est la sorte de culture politique qu’on souhaite voir guider notre vie démocratique. Ça fait tellement longtemps que je le crois!

En 2003, je me suis réjoui sur ce blogue du choix du député Sylvain Pagé de rompre avec la mise en scène des démonstrations partisanes à la période des questions.

Le député qui n’applaudit pas | 28 septembre 2003

En 2005, exaspéré par le contexte politique, j’ai osé proposer un manifeste pour l’indépendance politique, où je faisais du voeu de proximité la clé d’une autre façon de vivre la politique.

Ébauche d’un manifeste | 23 mai 2005

En 2011, j’ai dévoré le manifeste de Sylvain Pagé en faveur d’une nouvelle culture politique. Je l’ai redécouvert dans les dernières heures avec une immense satisfaction. Je vous invite d’ailleurs à le lire, parce qu’il y a là beaucoup de matière à réflexion: sur la politique, bien sûr, mais aussi sur les médias et sur notre propre rapport, comme citoyens, à tout cela.

Manifeste pour une nouvelle culture politique | Sylvain Pagé | 2011

Et mardi dernier, j’ai spontanément écrit le paragraphe suivant en réponse à l’interpellation d’un ami:

Je pense que tout ce qui est de nature à redonner du pouvoir aux citoyens, qui leur permet de se prendre en main, d’avoir confiance en eux (et au fait que l’État ne les laissera pas tomber s’ils sont dans le besoin) et, surtout, de sentir qu’ils ont prise sur leur destin, nous rapproche du jour où nous aurons un pays. Tout ce qui va dans le sens contraire nous en éloigne. 

Une affaire de confiance (et de retroussage de manches) | 10 mai 2016

Tout ça va dans le même sens.

Et ce sens là, c’est celui de la proposition politique que porte Véronique Hivon dans la course à la chefferie du Parti Québécois. L’appui que Sylvain Pagé a offert à sa candidature est, à cet égard, un élément très important à mes yeux.

Je pense qu’on n’arrivera jamais à faire du Québec un pays si les citoyens n’ont pas, individuellement et collectivement, une beaucoup plus grande confiance en eux. Et pour ça, je pense qu’il est indispensable de changer notre culture politique. Je pense que ce sont les mécanismes politiques autour desquels s’articulent nos débats qui constituent les plus grands obstacles à l’indépendance du Québec.

J’ai, avec cette course, un rendez-vous avec mes convictions les plus profondes.

C’est pour cette raison que je vais faire campagne aux côtés de Véronique.

 

Lire aussi:

La politique, pourquoi?

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Une réflexion personnelle à l’aube de mes 43 ans.

C’était à la une du Devoir le jour de mon anniversaire:

Le Québec désabusé de ses élus
La corruption gangrène une classe politique en qui personne n’a confiance

Disons que ça interpelle fortement un gars idéaliste qui s’intéresse à la chose politique depuis longtemps et qui a choisi de s’y engager de plus en plus au cours des dernières années — jusqu’à être candidat à deux reprises dans une élection.

Mais pourquoi donc faire tout cela, si c’est au risque de perdre la confiance et le respect de mon entourage, des gens que j’aurai souhaité représenter à l’Assemblée nationale, comme de l’ensemble de la population? — comme le laisse croire l’article du Devoir?

Ça apparaît normal de se poser la question.

Parce qu’en plus, c’est difficile la politique. Il faut y mettre du temps, beaucoup de temps, toutes les semaines… au détriment d’autres choses. Il faut être patient: les difficultés sont longues à résoudre et les accomplissements sont vites oubliés; les humeurs sont toujours vives et les dissidences sont chères payées. Ça met à rude épreuve, la politique.

Sans compter que je pense que c’est encore plus dur maintenant, dans ces moments particulièrement troubles pour l’industrie des médias — où la lutte pour l’audimat (et les revenus publicitaires) est plus féroce que jamais, et où tout ce qui est sensationnel, est beaucoup plus prisé que les idées, les propositions structurées et les nuances. À une époque où la meilleure façon de faire parler de soi, c’est souvent de dire n’importe quoi — ou de tenir des propos particulièrement provocateurs — ce que réussissent à merveille Donald Trump, Marine Le Pen et plusieurs animateurs de radio.

Il ne suffira malheureusement pas de dénoncer leur propos, ou le système médiatique, pour résoudre la situation. Décrire certaines stations comme des radios-poubelles ne fait d’ailleurs qu’accentuer le problème, en s’inscrivant dans le jeu de la provocation et du sensationnalisme. C’est la même chose aux États-Unis, où quoi qu’il arrive, Trump gagne toujours au jeu médiatique — même (surtout?) quand on parle en mal de lui.

C’est vraiment complexe tout ça. Très complexe. Et je pense que toute solution, pour être efficace, devra tenir compte de cette complexité. Ce sont des problèmes intereliés, systémiques. C’est en quelque sorte devenu ça la politique.

Et c’est pour ça, justement, que malgré les dommages collatéraux de la corruption et de la crise des médias, il faut que des idéalistes continuent d’avoir le goût de s’engager en politique. Parce que si ceux et celles qui n’ont pas abandonné la part idéaliste de la politique renoncent à s’y engager, il ne faudra pas s’étonner d’être gouvernés par des opportunistes.

Si je poursuis mon engagement, c’est, entre autres:

  • parce que je crois dans la démocratie;
  • parce que je crois profondément qu’il est essentiel de remettre l’éducation et la culture au coeur de notre projet de société;
  • parce qu’il est urgent que ceux et celles qui nous dirigent comprennent les enjeux associés aux développements technologiques;

et

  • parce que je suis convaincu que si le Québec n’acquiert pas son indépendance politique, il sera de moins en moins libre de faire ses choix, de se définir et d’assurer son développement — comme nation.

Reste que pour que l’action politique ait un sens dans un tel contexte — à plus forte raison dans un cadre partisan — ça me semble important d’avoir les idées très claires.

  • En refusant de tomber dans la politique spectacle;
  • En misant sur la qualité des relations entre les personnes;
  • En préférant la proposition à la critique;
  • En gardant toujours l’esprit ouvert;

Et, surtout,

  • En restant fidèle à ses convictions — au risque de déplaire.

Je suis convaincu que si celles et ceux qui s’engagent en politique adoptaient davantage ce genre d’attitude, le désabusement décrit par l’article du Devoir céderait progressivement sa place à davantage de reconnaissance, et la politique retrouverait ses lettres de noblesse.

C’est donc la grâce que je me souhaite pour aborder mes 43 ans et poursuivre mon engagement politique… dans une année de congrès d’orientation pour le Parti Québécois, et dans une période où, alors que tous nos efforts devraient être consacrés au rassemblement politique, certains semblent à nouveau tentés par une division encore plus grande de l’électorat.

Parfois je soupire, très fort, mais je continue. Parce qu’il le faut. Et que j’aime ça, malgré tout.

Wikipédia et le Québec

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Dans Le Devoir d’aujourd’hui, Jacques Dufresne, éditeur de l’Encyclopédie de l’Agora revient sur un texte publié par Pierre Graveline la semaine dernière (j’y avais d’ailleurs fait référence dans un billet précédent).

Extrait du texte de Pierre Graveline:

Le Québec, parent pauvre de Wikipédia | Pierre Graveline | Le Devoir | 22 janvier 2016

…triste constat: le Québec est le parent pauvre de la grande encyclopédie universelle, multilingue et sans but lucratif de notre époque. […] Accroître et enrichir les contenus sur le Québec et son histoire dans Wikipédia, rendre disponibles dans Wikisource nos grands textes historiques et littéraires qui sont du domaine public, diffuser dans Wikimedia Commons des contenus visuels qui expriment la créativité de nos artistes, voilà le grand défi que nous devons aujourd’hui relever si nous voulons exister et être reconnus dans le monde.  

Extrait de la réaction de Jacques Dufresne:

Wikipédia et l’histoire du Québec | Jacques Dufresne | Le Devoir | 26 janvier 2016

…quel peut être, sur le plan culturel, le meilleur outil d’un empire mondial comme celui de nos voisins du sud ? Une oeuvre commune dans laquelle tous les citoyens du monde se retrouvent et se reconnaissent en tant qu’individus, mais à condition d’être complices d’une mise à l’écart de tout sentiment d’appartenance à des groupes nationaux et idéologiques. […] un réseau mondial d’encyclopédies nationales était et demeure possible. Il y eut des démarches en ce sens. Vaines démarches, car la plupart des nations avaient déjà renoncé à leur souveraineté. […] Sommes-nous donc aujourd’hui pauvres et impuissants au point de devoir recourir à ces Américains pour nous élever jusqu’à notre Je me souviens?

Je précise d’entrée de jeu que je suis extrêmement admiratif et reconnaissant pour l’incroyable travail d’encyclopédiste que Jacques Dufresne et ses nombreux collaborateurs accomplissent depuis des années. L’Agora est un site unique — absolument indispensable à la présence québécoise sur le Web.

Néanmoins, je pense qu’il fait une erreur en prenant position comme il le fait ce matin. Il tombe dans le piège classique de croire qu’il faudrait faire une chose ou l’autre, alors qu’il faut faire l’une et l’autre.

Le fonctionnement du Web, et de la société qui prend forme autour de cette révolution n’est plus si centralisé qu’il faudrait mettre tous ses oeufs dans le même panier. Il faut, au contraire, s’inscrire dans une logique plus écosystémique que jamais, où les rôles sont plus distribués et complémentaires — pour le meilleur et pour le pire.

On ne peut tout simplement pas se permettre que la réalité québécoise reste absente de Wikipédia. Pierre Graveline a raison de sonner l’alarme. C’est un incontournable défi pour la nation québécoise — aussi indispensable que bien des revendications politiques et constitutionnelles.

Bien sûr que le fonctionnement de Wikipédia n’est pas politiquement neutre. Bien sûr qu’on a aussi besoin d’encyclopédies nationales, moins neutres et soi-disant objectives. Et si on organise bien les choses et qu’on comprend le fonctionnement du Web, celles-ci pourront aussi profiter de l’existence de Wikipédia et de l’incroyable audience qu’elle s’est bâtie au fil des ans.

Je ne me reconnais absolument pas dans la résignation béate que Jacques Dufresne semble prêter aux utilisateurs et collaborateurs de Wikipédia.

Je n’en peux plus des vertueux discours d’autonomie culturelle qui ont surtout pour effet d’isoler la société québécoise.

 

 

 

 

 

 

 

 

Le numérique et la société

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Le Devoir nous offre ce matin sous la plume de Dominic Tardif, une réflexion sur la tendance à la publication de textes courts — et sur l’influence du numérique sur ce phénomène.

Chérie, j’ai réduit le texte | Le Devoir | 22 janvier 2016

René Audet, professeur à l’Université Laval (et mon beau-frère!) est cité dans l’article, pour une  réflexion sur l’évolution de la forme du livre, que j’ai relayée sur Facebook un peu plus tôt ce matin…

Le livre s’est construit dans le dernier siècle autour d’un modèle : 200 ou 300 pages, un sujet et un auteur. C’est la triade la plus forte symboliquement, mais qui n’a aucune raison d’être en soi. La beauté de l’influence du numérique, c’est de flexibiliser ce modèle-là.

…mais c’est une deuxième citation qui m’amène à pousser un peu plus loin la réflexion ici:

[il se réjouit] de voir dans un recueil comme 11 brefs essais contre l’austérité (Somme toute) «l’idée d’une forme de synthèse, de temps d’arrêt proposé par une voix collective au lecteur, qui ne se trouve plus dans la position de celui à qui on fait la morale, mais plutôt de celui qui peut construire son jugement à partir de propositions plurielles».

Cette réflexion sur le défi de construire son jugement dans un environnement médiatique surchargé m’a ramené à l’esprit un échange que j’ai eu un peu plus tôt cette semaine, dans un tout autre contexte.

C’était un dîner de travail autour de l’importance de la diffusion par l’État de données publiques. Parce qu’il faut en permettre l’utilisation par les citoyens — et par les entreprises afin de développer des services à l’intention des citoyens. Mon interlocuteur plaidait que non seulement la publication de ces données était un enjeu démocratique (de transparence de l’État), mais que cela pourrait aussi contribuer à assainir le débat public.

Il disait, pour l’essentiel, que si tout est aujourd’hui devenu affaire d’opinion dans le débat politique au Québec, ce n’est pas étranger au fait qu’il y a assez peu de données chiffrées, facilement accessibles, pour décrire la nation québécoise. Et pourtant, elles existent ces données, bien enfouies dans des serveurs informatiques. Cela contribuerait à la prolifération des chroniqueurs/blogueurs vedette et le succès des radios parlées — où on a souvent l’impression que toutes les opinions se valent.

Il formulait l’hypothèse que si les décisions publiques étaient plus facilement accessibles (et consultables), et que les données issues de l’administration de l’État étaient mieux structurées, de manière à en permettre l’analyse, il serait plus facile de sortir du règne de l’opinion et de revigorer un espace public qui s’est donné des allures de débats alors qu’il n’est souvent pas autre chose qu’une discussion de taverne. Je partage cette hypothèse.

Quel rapport avec l’article du Devoir?

Je vois dans tout ça deux manifestations de l’influence positive que le numérique peut/pourrait/pourra avoir pour l’évolution de la société québécoise.

  • En facilitant la diffusion de réflexions et d’essais nécessaires à un débat public de qualité (sous forme numérique ou sous forme imprimée, modelée par le numérique);
  • Et en donnant accès à des données, factuelles, qui permettront de documenter adéquatement ces essais — et de mieux guider les débats les plus essentiels.

Des influences encore négligées, incomprises, mais pourtant essentielles à notre devenir collectif.

Ce sont deux manifestations de l’influence du numérique sur la nation québécoise qui sont au coeur de mes intérêts. À la confluence d’une étape de ma vie professionnelle qui se termine, et d’une autre qui commence.

Qui sont aussi au coeur de mon l’engagement politique.

 

Quitter inopinément

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Je vais peut-être en surprendre plus d’un, mais je partage une bonne partie de l’analyse qui a amené Stéphane Gobeil à accepter de se joindre à la Coalition Avenir Québec pour conseiller François Legault.

Mais attention — ne me faites pas pour autant dire ce que je n’ai pas dit!

Je suis d’accord sur une partie de l’analyse qu’il énonce sur son blogue, mais je ne le suis pas du tout le moyen qu’il prend pour y répondre.

Je suis d’accord sur le fait que la dynamique politique actuelle risque de nous condamner à des gouvernements par défaut à répétition — simple résultat de la division des voix irréconciliables avec celles du Parti libéral. Et ce n’est pas bon pour personne. Ça me semble une évidence.

Je le disais d’ailleurs dans un texte publié hier matin, bien avant d’apprendre que Stéphane rejoindrait François Legault:

« On ne peut tout simplement pas se retrouver à l’aube de l’élection de 2018 dans la même configuration qu’aujourd’hui avec Option nationale, Québec Solidaire, la Coalition Avenir Québec et le Parti Québécois qui présentent des candidats dans toutes les circonscriptions, sans aucune coordination ou stratégie commune. Faut qu’on se parle et, plus encore, qu’on fasse le nécessaire pour pouvoir travailler ensemble.» (source)

La journée ne m’a pas fait changer d’idée, bien au contraire.

Stéphane Gobeil dit:

« J’ai acquis la conviction que pour briser le monopole libéral, il faut unir les caquistes et les péquistes de bonne volonté derrière un projet nationaliste alliant fierté et prospérité. Cela prendra du temps et nous devrons bâtir des ponts. Pour ma part, j’ai décidé de commencer à le faire dès maintenant, en me joignant à la Coalition Avenir Québec.» (source)

Je pourrais aussi bien dire à mon tour:

«J’ai acquis la conviction que pour briser le monopole libéral, il faut unir les caquistes et les péquistes de bonne volonté derrière un projet nationaliste alliant fierté et prospérité. Cela prendra du temps et nous devrons bâtir des ponts. Pour ma part, j’ai décidé de continuer à le faire en travaillant activement au renouvellement du Parti Québécois et à faire naître la possibilité de pactes ou de coalitions entre les partis qui n’ont pas baissé les bras devant l’histoire en se résignant au statu quo constitutionnel.».

Comme indépendantiste, je déplore évidemment la décision de Stéphane Gobeil, mais je n’y vois pas une catastrophe non plus. Il ne faut pas exagérer. Je m’inquiète même davantage de la réaction démesurée de certains de mes amis péquistes devant cette décision. Il faut se rappeler qu’il y a eu bien d’autres défections dans le passé, et des bien plus significatifs, dans tous les partis (dont Dominique Anglade récemment) et alors? On ne peut pas souhaiter un grand brassage de cartes et ne pas accepter des changements de cap occasionnels.

Ça peut être désolant de se le rappeler, mais la réalité c’est que dans l’état actuel notre mouvement ne rallie pas assez de monde pour pouvoir former un gouvernement — et il se trouve que c’est une condition préalable à nos aspirations. Alors il va bien falloir accepter d’essayer quelque chose de nouveau si on veut obtenir des résultats différents dans le futur.

Deux restaurants sur la même rue ne se font pas toujours une concurrence destructive, c’est même parfois le meilleur moyen d’attirer du monde pour souper dans le quartier.

2016 sera une grosse année de débats au sein de notre parti — mais on le savait déjà bien avant hier. On aura un congrès dans quelques mois, un nouveau programme à adopter. Et c’est un moment privilégié dans la vie d’un parti. Pas seulement un mauvais moment à passer. Si on s’engage avec détermination dans cet exercice nous ne pourrons en sortir que renforcés. Mais pour cela il faut arrêter de réagir et se remettre à proposer.

Alors ne nous laissons pas distraire. On a un pays à faire. C’est un projet simple, clair, stimulant.  Sauf qu’on ne peut quand même pas nier que les deux dernières élections ont fait la démonstration qu’il faudra vraisemblablement apprendre à tisser des alliances et à conclure des pactes avec d’autres partis si on veut y arriver.

Stéphane peut bien faire ce qu’il lui plaît. Je reste pour ma part convaincu que c’est en m’engageant au Parti Québécois que je pourrai contribuer le plus concrètement à favoriser l’émergence d’une coalition sans précédent au profit d’un Québec beaucoup plus fort.

Qu’est-ce qui a changé, au fond, hier par rapport aux principaux défis que nous avons à relever? Je vous le demande.

Peut-être même qu’on a avancé un petit peu.

Dans leurs plus récents textes, Daniel Leblanc, du Globe and Mail, et Michel Hébert, du Journal de Québec, croient «qu’il est en train de se passer quelque chose au PQ ». Je le pense aussi. Un profond renouveau est en cours.

Bilan 2015

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J’ai relu ce matin les 335 notes que j’ai rédigées dans mon journal personnel DayOne en 2015. Total: presque 76000 mots et une quarantaine de photos. Encore une fois la même impression: quelle incroyable richesse que ces quelques notes quasi quotidiennes! On oublie tellement de choses dans une année autrement (ça aide aussi à découvrir certains éléments récurrents dans notre vie…). S’ajoute à cela comme matériaux de bilan: 83 textes sur mon blogue et 156 photos sur Instagram.

Alors, au regard de tout ça, quel bilan faire de 2015?

Disons d’abord que ça a été une année particulièrement chargée.

Au plan professionnel, j’ai eu vraiment beaucoup de travail. Comme jamais. Vice-président directeur général d’une entreprise de 30 employés en pleine réorganisation, ça occupe! J’ai dû apporter de nombreuses améliorations à mes façons de travailler. Et je l’ai assez bien fait, je pense. Les résultats sont là pour en témoigner. J’en suis très satisfait.

Malgré ce succès, j’avais de plus en plus envie d’autres choses — de plus de liberté d’entreprendre. Je suis très fier d’être allé au bout de la démarche à laquelle me conviait cette envie, d’avoir réussi à mettre un terme correctement à mon emploi chez De Marque et de pouvoir entreprendre l’année 2016 comme travailleur autonome — le temps de donner forme à la suite des choses (j’y faisais référence hier).

Ce n’est pas facile de quitter un projet que j’ai aimé profondément et une équipe aussi extraordinaire. Heureusement, l’éducation familiale, avec la fable Le Loup et le Chien, de La Fontaine comme repère (impossible de la lire sans entendre les intonations de mon père) m’ont aidé à franchir les étapes nécessaires pour ce nouveau départ.

Au plan politique aussi ça aura été une année très chargée. J’ai été élu président régional du Parti Québécois pour la Capitale-nationale et j’ai été candidat pour une deuxième élection en 18 mois! Je suis également très satisfait de cette autre expérience, qui a été extrêmement différente de la première, et dont les résultats ont été bien meilleurs. Nous avons des militants fantastiques dans Jean-Talon — et un exécutif vraiment exceptionnel. Il y a eu aussi la course à la chefferie et une élection fédérale. Ouf! Une année d’actions, à affronter le vent, alors que la prochaine année sera vraisemblablement plutôt consacrée à la redéfinition de notre mouvement.

Je resterai plus pudique sur ma vie familiale, mais je ne peux pas faire de bilan sans dire à quel point 2015 a été, de ce point de vue, un millésime exceptionnel. La vie à cinq, avec des ados de 13, 15 et 17 ans, a été un plaisir chaque jour renouvelé. De nouvelles discussions, de nouveaux intérêts, une nouvelle dynamique avec les amis, des complicités renforcées. Nous avons eu très peu de vacances tous ensemble (campagne électorale oblige), mais nous avons tout de même réussi à faire un inoubliable voyage à DisneyWorld.

De façon très générale, je dirais que ça été une année où j’ai beaucoup appris sur ce que j’aime, sur ce que j’ai envie de faire, sur ce qui est important pour moi, sur ce à quoi j’aspire — et sur les défis que cela suppose de relever. Une année d’apprentissages importants, sur lesquels il me reste à bâtir.

En terminant, quelques anecdotes que la relecture de mon journal m’a rappelées:

Le repas le plus étonnant de 2015 — Pour l’anniversaire du Pied Bleu: testicules de boeuf, tartare de coeur de canard, anguille de Kamouraska fumée, tripes de porc, tête de saumon, crevettes séchées, etc.

La rencontre la plus surprenante de 2015 — Michèle Therrien, fondatrice d’un programme de langue inuktitut, à Paris, et sa mère Madeleine, consule honoraire du Mexique à Québec, lors du même repas au Pied Bleu.

Le lieu le plus magique découvert en 2015Le Jardin des quatre vents, dans Charlevoix. Extraordinaire!

Un autre moment particulièrement enchanteur de 2015 — La visite de Foresta Lumina, à Coaticook.

Un roman que j’ai particulièrement eu de plaisir à lire en 2015D’après une histoire vraie, de Delphine de Vigan.

Aussi, ce qui n’est certainement pas une anecdote, plutôt un fait saillant de 2015: après avoir dit pendant des années que «j’aurais un tatouage quand je saurai quoi et », je me suis finalement fait tatouer Sire Loup, de La Fontaine, d’après sa représentation de Grandville, sur le bras droit. Coché! 

Et, finalement, ce dont je suis le plus reconnaissant, encore cette année: la chance inouïe d’être entouré de familles et d’amis aussi extraordinaires. Parce que c’est assurément ça le plus beau de l’expérience humaine.

 

 

2016

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Ce sera une année de défis.

Elles le sont toutes, à leur façon, bien sûr. Mais celle-ci se présente, plus que bien d’autres, comme une occasion de sortir de ma zone de confort. C’est un beau vertige.

Ce n’est certainement pas parce que j’ai quitté mon emploi chez De Marque que je vais cesser de m’intéresser au monde du livre et à celui des technologies numériques — et plus encore à leur intersection! — puisque c’est là que se trouve mes plus grandes compétences.

Mais je souhaite aussi explorer de façon concrète le monde des données publiques qui se trouvent de plus en plus souvent librement accessibles sur le web, résultat de la transparence accrue que nous exigeons de l’État, à tous les niveaux. Des données très variées, souvent peu structurées, dans une foule de domaines.

Je trouve qu’on ne fait généralement pas grand chose avec ces données brutes et je crois qu’il y a de nombreuses possibilités de services, d’analyses, voire de produits, qui pourraient naître de ces données — pour répondre à toutes sortes de besoins. C’est devenu cliché de présenter ces données comme une mine qui resterait à exploiter, mais ce n’est certainement pas faux comme image. Et je trouve ça très stimulant.

Reste à voir quelle forme cette exploration pourra prendre.

Ce sera une année de très beaux défis, j’en suis sûr.

PhotoProfil, oeuvre de Geneviève De Celles.

Le Club de lecture de Zuck

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Début janvier le fondateur de Facebook annonçait en grande pompe qu’il lançait son Book Club. Toutes les deux semaines, une suggestion de lecture et des échanges. Les réseaux se sont enflammés: une bonne nouvelle pour stimuler le goût de la lecture. Sauf que…

Sauf qu’on dirait bien que Facebook n’est pas une plateforme où il est si facile d’organiser des échanges de cette nature.

Le 18 février A Year of Books, présentait le quatrième livre de la série: On Immunity, de Eula Biss. Aucune description, ni de commentaires de Zuckerberg, avec pour seule invitation:

Feel free to discuss it in the comments here, but please keep all conversation relevant to this book.

Cinq jours plus tard, 975 personnes on cliqué sur J’aime, 73 ont commenté, et 81 ont partagé. Tout cela, parmi 369000 personnes qui suivent la page du Book Club.

Tellement faible que je me suis dit que ce n’était pas possible que le phénomène se limite à cela. Je me suis dit que quelque chose devait se passer sur la page personnelle de Mark Zuckerberg.

Effectivement. Une invitation, lancée le même jour, 18 février. Avec une explication un peu plus complète:

Vaccination is an important and timely topic. The science is completely clear: vaccinations work and are important for the health of everyone in our community.

This book explores the reasons why some people question vaccines, and then logically explains why the doubts are unfounded and vaccines are in fact effective and safe.

This book was recommended to me by scientists and friends who work in public health. It’s also a relatively short book — one that you should be able to read in a few hours. I encourage you to check it out and to join the discussion.

Et, là, au moment où j’écris, 47094 personnes ont cliqué sur J’aime, un peu plus de 3900 ont commenté et 1774 ont partagé — parmi les 31,5 millions de personnes qui suivent la page du président de Facebook, qui répond parfois personnellement aux commentateurs. Ça reste faible… on est loin de l’engouement (Oprah Winfrey peut dormir sur ses deux oreilles!) mais tout de même… En comparaison, quand Zuck a publié ses voeux pour le Nouvel An chinois, le lendemain, plus de 183000 personnes ont aimé, plus de 17500 ont commenté et presque 37000 ont partagé.

Le Book Club n’est manifestement pas suffisant pour faire d’un livre un bestseller… puisque On Immunity est actuellement au 2232e rang des meilleurs vendeurs sur Amazon.com. Le précédent ne semble pas avoir fait beaucoup mieux. Et c’est correct, l’objectif d’un club de lecteurs n’est pas forcément de faire des livres choisis des bestsellers — mais vu les attentes qui avaient été placées sur ce Book Club, c’est tout de même un peu étonnant.

Je pense qu’il est probablement mieux de fonder nos espoirs sur des initiatives plus structurées de médiation de la lecture si on veut avoir véritablement un impact. Vraisemblablement avec des médias traditionnels en appui — et pourquoi pas aussi une contribution du réseau des bibliothèques publiques? Et pourquoi pas les libraires aussi? Quelque chose de complémentaire aux remises de prix littéraires, qui spécialement destiné à donner le goût de la lecture.

Réflexion à poursuivre.

Révolution? Quelle révolution?

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J’ai lu avec intérêt le dossier que LaPresse+ a consacré au livre numérique en fin de semaine  — et ça m’a vivement donné l’impression qu’on est en train de passer à côté des vrais enjeux.

Une révolution (très) tranquille | La Presse+ | 15 février 2015 — accessible seulement à partir d’un iPad

Une révolution très tranquille? Peut-être… mais quelle révolution? Vendre les livres dans un nouveau format? Une révolution? Vraiment?

Et si la révolution c’était plutôt la capacité d’utiliser de nouveaux vecteurs pour rejoindre de nouveaux types de lecteurs? Des outils qui permettent aux auteurs et aux éditeurs d’être en contact direct avec les lecteurs? D’en comprendre mieux les habitudes et les intérêts? L’apparition de circuits de vente plus courts? plus dynamiques? ou qui font appel à de nouveaux types d’intermédiaires? La possibilité de renouveler le marketing du livre? Une facilité accrue de lier le livre à d’autres produits culturels? Et quoi encore? Sans oublier l’exploration de nouvelles manières de raconter des histoires.

Est-ce qu’on s’intéresse à tout ça aujourd’hui? Certainement pas assez en tout cas. Et ça passait plutôt à côté du radar de LaPresse+ (pas complètement — mais presque). Et c’est dommage — parce que c’est là qu’on est rendu… et la vraie révolution c’est là qu’elle se trouve.

S’être donné les moyens de produire, de distribuer et de vendre les livres publiés ici sous divers formats numériques, c’était nécessaire, c’était un point de départ — mais si on s’arrête à ça, on passe à côté du plus important, non?

Faudrait s’y mettre (très) rapidement.

Commerce du livre numérique: une deuxième vague?

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On parle beaucoup de ce que Mark Zuckerberg, fondateur de Facebook, a présenté comme sa résolution pour 2015: lire un livre toutes les deux semaines et en faire un groupe sur Facebook pour susciter la discussion.

Plusieurs ont dit que c’était peut-être l’initiative qui prendrait la relève du célèbre club de lecture d’Oprah Winfrey. Il est certainement un peu tôt pour l’affirmer, mais cela illustre bien la force qu’on associe aujourd’hui à Facebook (comparable à la mainstream television? ça reste à voir).

Elizabeth Sutton soulève une autre dimension intéressante dans un court article sur IDBOOX:

«L’initiative de M. Zuckerberg est finalement peut-être aussi liée à des projets plus vastes dans le domaine de la lecture sociale. Après tout, Amazon possède Goodreads un réseau social dédié à la lecture… Facebook va peut-être tenter par la voix de son fondateur de se positionner en réel concurrent… »

IDBOOX | Mark Zuckerberg a fondé un club de lecture sur Facebook

Presque partout, les ventes de livres ont été décevantes en 2014. Et les ventes de livres numériques n’ont pas augmenté au rythme souhaité, ni même prévu. Et cela met l’industrie sous pression.

Je fais partie de ceux qui pensent que l’année 2015 sera une année de grands bouleversements où les équilibres entre les acteurs traditionnels du monde du livre pourraient être bousculés.

Et si cette «résolution» de Mark Zuckerberg n’était qu’un signe précurseur d’une deuxième vague de transformations pour le commerce du livre — en particulier sous sa forme numérique?

Une deuxième vague qui prendrait forme en réponse à l’échec (très relatif, mais tout de même) des premiers prétendants au contrôle du commerce des livres numériques: Amazon, Apple, Google, Kobo, etc.?

Et si c’était du côté des géants des réseaux sociaux que cette deuxième vague prenait forme?

Et si, et si… quelles opportunités est-ce que cela permettrait d’envisager?