L’automne, la lecture et la politique

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J’adore cette période de l’automne. Voir les arbres changer de couleurs, retrouver le plaisir de sortir avec une veste de laine, respirer l’air frais à pleins poumons, l’odeur de la compote de pommes dans la maison. Ça fait du bien! Même le goût du café est encore meilleur quand il contraste avec le froid qui se dégage de la fenêtre devant laquelle j’écris.

L’automne est une saison parfaite pour prendre le temps. Le temps de cuisiner, de lire, d’écrire. De penser aussi.

Le temps de penser. C’était le sujet de la chronique de Marc Allard, dans Le Soleil d’hier.

Du temps pour penser

Partant de l’exemple de Barack Obama, qui s’accorde régulièrement quelques heures de solitudes afin de rassembler ses pensées, il nous invite à trouver une façon pour plonger dans un travail profond:

«Travail profond: des activités professionnelles effectuées dans un état de concentration sans distraction qui poussent nos capacités cognitives à leur limite…»

«… dans notre monde hyperconnecté, la meilleure façon d’accomplir du travail profond [exige] la volonté de s’octroyer du temps à l’abri de nos semblables, d’une part, et des technologies de l’information, de l’autre.»

Parmi les tous les moyens de s’accorder ce temps de concentration sans distraction, la lecture est évidemment une des meilleures façons.

C’est d’ailleurs ce pourquoi le texte de Marc Allard m’a ramené à l’esprit un autre texte que j’avais mis de côté il y a quelques semaines, justement pour y revenir ici.

François Hollande ne lit jamais de romans, et ça se voit

Dans ce billet accusateur, Laurent Sagalovitsch énonce très clairement l’importance qu’il accorde à la lecture de romans pour nourrir l’empathie et pour développer une qualité de communication qui est particulièrement nécessaire aux hommes et aux femmes politiques.

Une qualité de communication sans laquelle « vous restez toujours en dehors des gens, à leur périphérie, dans une zone de confort dont vous échouez à vous départir.»

«…lire des romans ne vous rend pas plus savant mais développe en vous cette qualité qui devrait être la première de tout homme politique, à savoir la compassion, cette capacité à comprendre la souffrance de l’autre, cette possibilité d’entrer de plain-pied dans des consciences que par temps ordinaire vous ne connaîtrez jamais, d’entrouvrir la porte sur les mystères du cœur humain en conflit avec lui-même, sur les sortilèges de l’âme prise à son propre piège, sur tout ce qui constitue l’essence même de l’homme, qu’il fût un gueux ou une duchesse, un empereur ou un simple ouvrier, l’éternelle et impérieuse douleur de vivre de toute condition humaine.»

Je me disais un peu la même chose un peu avant minuit hier soir en posant sur ma table de chevet le roman que je suis sur le point de terminer.

Le Cercle, de Dave Eggers, est une histoire terriblement contemporaine, qui révèle très habilement l’impact plus ou moins perceptible des réseaux sociaux sur notre vie personnelle et professionnelle, comme sur l’évolution des règles du vivre-ensemble. C’est une puissante description romanesque de l’influence souterraine de Google et de Facebook sur l’évolution de notre société.

Il n’y a aucun doute dans mon esprit qu’un homme ou une femme politique qui aurait lu ce roman aborderait avec une tout autre perspective plusieurs des enjeux qui seront soumis aux délibérations de l’Assemblée nationale (ou des conseils municipaux) au cours des prochaines semaines, mois, années.

Ça me fait aussi penser que la lecture de romans — et particulièrement ceux de jeunes auteurs contemporains — pourrait aussi éviter aussi à certains commentateurs de formuler des opinions inutilement pontifiantes au sujet de toute une génération, comme ce fut le cas la semaine dernière en réaction à une photo diffusée par l’entourage d’Hillary Clinton.

Par exemple ici, sous la plume de Raphaëlle Bacquée:

… heureusement aussitôt contredite par Hubert Guillaud:

Et pour une analyse plus complète du phénomène qui est en jeu sur cette photo, désormais célèbre, je suggère ce texte de Alexandre Léchenet, publié par Libération:

Un selfie de groupe avec Hillary Clinton n’est pas l’incarnation de la fin du monde

***

Laurent Sagalovitsch concluait son texte, cité précédemment, avec une amusante proposition:

«À l’heure où [la classe politique] souffre d’un désintérêt grandissant […] il serait grand temps pour nos hommes politiques de s’inscrire à la bibliothèque municipale de leurs circonscriptions. C’est le meilleur moyen, peut-être le seul, pour renouer un lien tangible et profond avec les citoyens.»

Je propose pour ma part la création d’un club de lecture à l’intention des députés.

Quelque chose de simple: une brève rencontre par semaine pour échanger, très librement (et pourquoi pas autour d’un café ou d’un verre de vin) au sujet de romans de jeunes auteurs d’ici et d’ailleurs. Ces rencontres pourraient être animées par des libraires et webdiffusées, très spontanément, comme c’est maintenant possible de le faire.

Ce serait la meilleure façon, il me semble pour faire entrer, à court terme, l’imaginaire — et le vécu — d’une nouvelle génération à l’Assemblée nationale…

Ça offrirait aussi aux députés volontaires une belle occasion pour s’accorder un peu de temps pour sortir de l’action et faire un peu de travail profond.

Il me semble que tout le monde y gagnerait!

Culture, technologie, identité

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Jean-François Lisée a présenté ce matin, sur son blogue, la vingt-et-unième proposition de sa campagne. J’avais beaucoup aimé la vingtième, sur l’économie, mais j’aime encore plus celle-ci, qui porte sur la culture.

Pour une vraie culture de la culture au Québec

Je crois que c’est sa proposition la plus déterminante de la campagne, même si ce ne sera sans doute pas la plus débattue. Et quelles que soient vos opinions dans cette course, ou vos autres convictions politiques, je vous invite à prendre le temps de la lire attentivement. Je pense que c’est important pour la suite des choses.

Pourquoi ce serait la plus déterminante?

Parce qu’elle nous replace (enfin!) dans une dynamique de pouvoir, de capacité — d’empowerment — devant les bouleversements qui accompagnent le développement des technologies numériques et de l’économie des plateformes.

Elle nous rappelle que nous ne sommes pas sans moyens pour faire face à ces changements, dans la mesure où on s’y reconnaît un autre rôle que l’adaptation.

C’est ce qui guide mes choix professionnels depuis longtemps et qui déterminera aussi mes prochaines étapes (toujours en gestation).

Et cela dépasse largement le domaine de la culture. C’est un état d’esprit qui est aussi nécessaire pour venir à bout des débats qui sont actuellement bien mal engagés autour de Uber, de AirBnB, etc. J’en fais même un enjeu d’identité — bien plus déterminant dans la réalité (des jeunes, en particulier) que toutes les questions de signes religieux plus ou moins ostentatoires.

Bien sûr que le vent souffle fort et qu’on ne pourra pas aller complètement à contre-courant — et pourquoi donc faudrait-il le faire? Puisque c’est un monde plein de promesses et d’opportunités pour nous aussi.

Il faut cesser de se voir en victime d’un monde qui changerait à notre insu. Autrement, pourquoi vouloir un pays?

Évidemment que les moyens d’interventions du passé ne pourront pas être bêtement transposés aujourd’hui.

Évidemment que nous n’avons jamais eu affaire à des acteurs aussi immenses et aussi puissants que Apple, Netflix, Google ou Amazon (parce qu’il n’y a pas que la musique et le cinéma… le livre et bien d’autres secteurs, y compris l’éducation, sont aussi bousculés).

Évidemment qu’il faudra être ingénieux, mais on peut y arriver. On doit y arriver. C’est d’ailleurs le courage d’aborder ce défi qu’on attend des hommes et des femmes politiques qui sollicitent notre confiance, pas seulement l’ambition de bien administrer les affaires courantes.

La solution ne sera certainement pas de subventionner davantage l’industrie culturelle (ou toute autre industrie) — ni de croire qu’on pourrait se satisfaire d’une meilleure collaboration des géants internationaux.

Il faut penser l’intervention de l’État autrement, parce qu’il n’y a pas de réponse plus efficace à l’innovation qu’une autre innovation.

Il faut que l’État trouve les moyens d’accompagner celles et ceux qui proposent des approches innovatrices, qu’il facilite leur développement et qu’il valorise la prise de risque des créateurs et des entrepreneurs — avec au moins autant de vigueur (et de moyens) qu’il continue de protéger les modèles plus conservateurs.

Il faut renouer avec la part de notre identité qui a fait de nous un peuple d’explorateurs, de bâtisseurs et de pionniers. La confiance.

Nos ancêtres draveurs avaient bien compris que c’est debout sur les billes de bois qu’il fallait se tenir pour maîtriser les cours d’eau, pas assis sur un radeau pour se laisser porter par le courant. Au risque de parfois tomber à l’eau…

***

La culture n’est pas un sujet parmi d’autre, c’est la trame de fond, à partir de laquelle toutes les décisions d’un gouvernement doivent s’arrimer les unes aux autres pour former un tout cohérent.

C’est pour ça que l’attitude avec laquelle on aborde les enjeux culturels m’apparaît aussi déterminante pour l’ensemble de la société — et pour tout un programme politique.

Passer le budget [du ministère] de la Culture de 1% à 2% du budget global de l’État, comme le propose Jean-François Lisée, c’est bien.

Adopter une attitude active et positive devant les défis qui se présentent à nous, dans le domaine culturel et beaucoup plus largement, c’est encore mieux.

 


P.S.: Je trouve amusant de constater que La Presse titre son article en utilisant le terme négatif «contre», alors que Jean-François Lisée utilise plutôt la formule positive «pour»:

Jean-François Lisée veut lancer une offensive contre Netflix et Apple | La Presse

Pour une vraie culture de la culture au Québec | Jean-François Lisée

Est-ce qu’être pour quelque chose, c’est forcément être contre autre chose?

Plus qu’une simple mise à jour

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J’écris un peu tous les jours (ou presque). 1825 textes en presque quatre ans. Je le fais pour garder des traces de la vie — qu’on oublie autrement si rapidement (il faut prendre ce genre de notes pour le réaliser!). Pour constater certaines récurrences dans mes réflexions aussi — ce qui est parfois ben ben achalant…

Je le fais avec l’aide de DayOne, une petite application qui est sur mon iPhone (j’y ai déjà fait référence à quelques reprises). L’application est aussi installée sur mon MacBook, mais c’est généralement à partir du iPhone que je prends mes notes. Dans un moment volé, entre deux rendez-vous, dans l’autobus, en marchant sur la rue, juste avant de me coucher, assis dans le divan entre deux épisodes d’une série. Quand me revient à l’esprit un événement particulier de la journée.

Je note un peu n’importe comment. Comme ça vient. Sans recherche de style, sans révision, très spontanément. C’est une écriture privée — qui pourrait devenir matériaux pour autre chose, mais à ce stade, c’est privé, brut, brouillon.

Le moment que je trouve pour écrire n’est pas neutre. Il influence forcément la nature de ce que j’écris. En fonction de ce que j’ai à l’esprit à ce moment précis. Plus de chance que je note des choses récentes, ou relatives aux gens autour de moi à ce moment précis. Mais pas forcément. Parfois c’est aussi un souvenir de quelque chose d’important qui s’est passé beaucoup plus tôt dans la journée, voire la veille ou dans les jours précédents.

La manière de l’écrire aussi variera selon le moment et mon environnement au moment de l’écriture. Est-ce que je dispose de beaucoup de temps? Est-ce que je dois descendre du bus au prochain arrêt? Certains textes restent même incomplets à jamais, parce que j’ai été interrompu — et rarement j’y reviens dans ces cas là. L’interruption fait partie du texte.

Et il y a tout ce qu’on oublie dans ce genre de processus. Fascinant. Je m’en rends compte en rétrospective. Parce qu’un an plus tard un souvenir me revient d’un événement qui me semble marquant et que je retourne dans mes notes… pour réaliser que je n’en ai conservé aucune trace. Ou même d’un jour à l’autre. Il y a parfois un vendredi une note qui fait référence à quelque chose qui me semblait bien important qui était arrivé dans les jours précédents… mais qui ne trouve aucune trace dans les notes des jours correspondants. Ce jeu d’ellipses, et la nécessité de faire parfois à une part de fiction, pour combler les vides, me fascine. La vie en clair-obscure. Et pour que cela soit possible, il faut au moins des notes pour s’accrocher. Des notes d’autant plus riches, dans cette perspective, qu’elles sont incomplètes — et que leur spontanéité offre prise pour la reconstitution, pour l’imagination.

Lors de l’avant-dernière mise à jour de l’application, DayOne a introduit une petite fonctionnalité qui m’a fasciné. Chaque matin, mon iPhone me dit maintenant quelque chose comme: « Vous avez enregistré deux notes pour ce jour dans le passé ». Cliquant sur la notification, je (re)découvre ces deux notes. L’an dernier… Il y a deux ans… Voyage dans le temps instantané. Fascinant.

Avec la mise à jour de cette semaine, DayOne a introduit une autre nouveauté qui me semble prometteuse. Dorénavant, quand je clique sur le petit + qui sert à ajouter un texte, plutôt que d’être dirigé directement vers un écran blanc prêt à recevoir mon texte, l’application me présente une ligne du temps avec mes occupations des derniers jours: localisations successives, photos prises, statuts publiés sur Facebook, Twitter, publications sur Instagram, etc. Un puissant rappel de ma journée. Et si je clique sur une des entrées de ce journal, mon texte sera automatiquement documenté en conséquence: lieu associé, heure, photo que j’ai prise à ce moment, etc.

Ainsi, dans un temps libre, je peux maintenant ouvrir DayOne, cliquer sur le petit plus, bénéficier d’un rappel de mes dernières heures et prendre des notes en fonction des choses qui me reviennent alors à la mémoire. Les photos prises en cours de journée sont particulièrement puissantes pour cela. Extrêmement puissant. J’aime beaucoup.

J’ai hâte de voir comment cela pourrait modifier la nature de ce que je noterai. Parce que, forcément, je risque de prendre des notes sur plus d’événement, d’en oublier moins — et pourtant je ne pourrai pas tout noter, il n’y aura pas pour autant plus de temps volés pour prendre ces notes — et il restera évidemment de nombreuses ellipses, peut-être pas de même nature.

Les traces de mon quotidien vont changer. La relecture et l’invention des éléments manquants vont devoir s’adapter. L’outil n’est pas neutre. DayOne détermine comment j’accède à certains souvenirs (et comment certains me sont ramenés à l’esprit de façon imprévue) et quels sont ceux à qui j’accorderai la pérennité grâce à quelques notes.

C’est fascinant de penser que la mise à jour d’une application sur mon iPhone peut influencer la manière dont les souvenirs s’inscrivent dans ma mémoire.

Est-ce que je n’ai pas, d’une certaine façon, fait aussi  une mise à jour de ma propre mémoire au cours des derniers jours? Peut-être bien…

Ça a assez duré!

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J’ai lu les journaux ce matin. J’ai fait le tour des réseaux sociaux. J’ai échangé quelques courriels avec des amis proches.

J’ai pris une grande respiration.

J’ai pris une deuxième grande respiration.

Et j’ai décidé de ne pas me retenir d’écrire ceci:

Si la course à la chefferie au Parti Québécois ne reprend pas très rapidement un peu de hauteur;

Si aucun de ses principaux protagonistes n’arrive à faire preuve de la stature que j’attends d’un-e leader politique;

Si on continue d’occulter les enjeux déterminants auxquels le Québec est confronté pour parler de religion et de vêtements;

Moi je débarque.

Je ne voterai tout simplement pas.

Je ne serai pas complice de ce cirque.

À bon entendeur, salut!

Chefferie: où j’en suis

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On m’interroge fréquemment depuis que Véronique Hivon a dû se retirer de la course à la chefferie du Parti Québécois: On ne t’entend plus beaucoup? Qui est-ce que tu appuies maintenant?

Je dois avouer avoir ressenti une certaine fatigue à mesure que l’été avançait, jusqu’à manquer passablement d’enthousiasme pour une course dans laquelle j’avais l’impression de me reconnaître de moins en moins.

Devant ce constat, j’ai souvent répondu que je ne savais pas encore pour qui j’allais voter et que je n’étais pas encore sûr de vouloir (re)prendre position publiquement.

Mais je n’étais pas tellement à l’aise avec cette réponse. Parce que ce n’est pas tellement mon genre de rester neutre. Parce que je crois que c’est généralement nécessaire de prendre position pour faire avancer les choses, dans un sens ou dans l’autre.

J’ai donc pris le temps de relire, samedi soir, la quinzaine de textes que j’ai écrits dans les jours qui ont suivi le départ imprévu de Pierre Karl Péladeau, au mois de mai. J’ai voulu me rebrancher sur les attentes que j’avais formulées en prévision de la course à la chefferie. Je voulais avoir à l’esprit une grille claire pour juger du débat de Sherbrooke, qui avait lieu dimanche après-midi.

Ces textes peuvent être consultés ici:

 

J’ai ensuite écouté le débat, dimanche soir, à partir du site du Parti Québécois. Et les choses se sont beaucoup éclaircies.

Cela m’a confirmé que cette course était très loin de ce que je souhaitais (du moins jusqu’à présent). La majorité de mes attentes n’ont effectivement pas trouvé satisfaction, mais j’ai quand même pu distinguer clairement les candidats qui me semblent les plus susceptibles d’y répondre au cours des prochains mois — et des prochaines années. Autant par leurs façons de participer au débat que par les propositions qu’ils ont formulées.

Le candidat qui m’a le plus fait vibrer, c’est Paul Saint-Pierre Plamondon.

J’applaudis particulièrement son discours sur la nécessité d’adopter une mentalité de bâtisseurs; sur l’importance de faire une pédagogie active et continue dans le domaine économique; sur le besoin de ramener toujours le savoir et la science au coeur de nos décisions; sur l’affirmation que le seul chemin vers la souveraineté, c’est la vérité; sur le fait que la division du vote, qui empêche que le Parti Québécois forme à nouveau un gouvernement majoritaire, est du côté de la CAQ, pas d’Option nationale (ou de Québec Solidaire) — que ça fasse notre affaire ou pas.

PSPP est une véritable bouffée d’air frais — portée par un étonnant mélange de candeur et d’une très grande confiance en lui-même. J’avais déjà perçu cet élan de fraîcheur au cours des dernières semaines, mais c’était particulièrement remarquable lors du débat.

Le candidat qui m’a le plus donné confiance dans sa capacité à faire arriver les choses, c’est Jean-François Lisée.

J’ai beaucoup aimé son aplomb, particulièrement quand il a été interpellé sur des propositions qu’il avait défendues par le passé. Comme beaucoup de monde, je pense, j’accepte tout à fait que quelqu’un puisse changer d’idée (même que je valorise ça!) dans la mesure où il est capable d’expliquer convenablement ces changements. J’ai aussi apprécié son discours concret sur l’économie, en particulier quand il a été question des petites et moyennes entreprises et du besoin d’alléger la réglementation, la bureaucratie et l’attitude de l’État à leur égard. C’est aussi le seul qui a évoqué spécifiquement la région de Québec.

Jean-François m’avait fait peur il y a quelques semaines à cause de la manière inutilement sensationnaliste avec laquelle il avait abordé la question de la burka/burkini (je lui ai d’ailleurs fait savoir), mais son attitude aujourd’hui me permet de souhaiter qu’il saura éviter de tomber à nouveau dans ce piège.

***

Compte tenu de tout ça, si le vote avait lieu aujourd’hui, mon premier choix se porterait sur Paul Saint-Pierre Plamondon et mon deuxième choix sur Jean-François Lisée.

Parce que je veux passer un message fort en faveur de Paul Saint-Pierre Plamondon — pour envoyer un message très clair que le PQ doit se renouveler dans la direction qu’il indique — et que je veux accorder mon appui à Jean-François Lisée. Dans cet ordre.

Pour atteindre ces deux objectif, il faut que Paul Saint-Pierre Plamondon bénéficie du plus grand nombre possible de premier choix lors du décompte initial des bulletins. C’est la seule façon de s’assurer que l’appui à ses propositions soit visible, parce que le nombre de deuxième choix dont un candidat aura bénéficié ne sera probablement jamais diffusé.

Et comme tout porte à croire (du moins pour le moment) que Jean-François Lisée sera en meilleure position que PSPP après le premier décompte, mon bulletin sera de toute façon reporté au bénéfice de Jean-François Lisée — contribuant ainsi à son élection.

Important: pour une explication simple du système de vote préférentiel et de la mécanique de report de votes associée, on peut regarder la vidéo suivante (qu’il serait très utile, je pense, de refaire en français).

The Alternative Vote — The Post-It Way

Pour illustrer mon raisonnement, on pourrait imaginer que Paul Saint-Pierre Plamondon est représenté dans cette vidéo par un post-it jaune, et Jean-François Lisée par un post-it rose.

Faire autrement, ce serait prendre le risque qu’on ne sache jamais qu’un grand nombre d’électeurs veulent que Paul Saint-Pierre Plamondon sortent de la course avec le vent dans les voiles — parce que sa contribution est essentielle, et qu’on a besoin de lui pour la suite des choses, quel que soit le résultat de la course à la chefferie.

À moins, bien sûr, que la présidence d’élection choisisse de rendre public l’ensemble des résultats (le nombre de 1er, 2e, 3e et 4e dont ont bénéficié chacun des candidats), ce qui, à ma connaissance, n’est pas prévu à ce stade. Cela rendrait le vote à la fois plus transparent et plus facile à interpréter — pour tout le monde, et pas que par la direction du parti. Ce serait aussi beaucoup plus éclairant, il me semble, dans la perspective du prochain congrès.

Ce qui me fait d’ailleurs dire qu’on devrait peut-être demander officiellement la publication des résultats détaillés. On éviterait ainsi toute la  confusion associée au fait de devoir voter stratégique pour pouvoir passer un message.

Voilà où j’en suis.

Les groseilles

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C’est la même chose chaque été. Quand je croque une groseille, je me retrouve immédiatement transporté dans le temps et dans l’espace: directement sur la rue Laberge, chez l’oncle Émile, vers 1980.

L’oncle Émile, c’était l’oncle de mon père. Et la photo ci-dessus (tirée de Google StreetView), c’est sa maison — dans l’état où elle se trouvait l’an dernier. Elle est malheureusement encore plus abimée cette année, parce que la Ville de Québec ne l’entretient pas. Sa fille Annette l’avait pourtant conservée dans un parfait état jusqu’à ce que la Ville en fasse l’acquisition, en 1990.

La maison de l’oncle Émile c’est mon contact avec l’agriculture. J’y suis allé plusieurs fois, enfant, pour cueillir des légumes, faire les foins, flatter un cheval et quelques vaches. J’entends encore le ronron du tracteur sur le petit chemin qui menait au fond du champ.

À l’entrée, sur la gauche, là où il y avait déjà eu la boutique (un atelier, avec une forge — m’a rappelé mon père), il y avait une grande allée de groseilliers. On y pigeait des fruits, dont ma grand-mère faisait des confitures. C’est très profondément inscrit dans ma mémoire.

Sur la droite, il y a déjà eu un petit poulailler et un garage. Et sous la maison, le caveau à patates. Je me souviens aussi de l’odeur du foin et de la poussière qui dansait dans les rayons de lumière qui se faufilait à travers les murs de la grange.

Au bout de la rue Laberge, il y a les Lacs Laberge et ce qui et devenu la Base de plein air de Sainte-Foy. On dit que le premier des lacs a été creusé à la petite pelle pour en extraire le sable qui a servi à faire les fondations du premier bâtiment de l’hôpital Laval. Les chevaux montaient péniblement le sable par l’abrupte rue de la Suète (d’où son nom, m’avait-on dit… mais ce n’est pas la version retenue par le répertoire toponymique de la ville) jusqu’à la construction.

La rue de la Suète reliait alors le bas et le plateau de Sainte-Foy en traversant les terres où se trouvent aujourd’hui le Costco, le petit Ikéa et un garage municipal. Elle a été coupée pour prendre sa configuration actuelle quand le boulevard Charest a fait son apparition.

Ado, j’ai fait du vélo sur les vestiges de la rue de la Suète, dans les terrains vagues entre le boulevard du Versant-Nord et le boulevard Charest, bien avant la construction des grands commerces et de leurs stationnements. Certains jours le vieil asphalte nous servait de piste de décollage (en vélo, les bras ouverts, sans tenir le guidon) alors que d’autres jours c’était un espace de combat pour des chevaliers en BMX armés de quenouilles que nous ramassions dans les fossés de l’ancienne route. Bien mûres, bien sûr, pour qu’elles éclatent de façon spectaculaire une fois jetées à travers la roue de notre adversaire. Touché!

***

La rue Laberge est pleine d’histoire:

de précieuses histoires d’enfance pour moi, bien sûr;
mais aussi d’une partie importante de l’histoire de Sainte-Foy — et de Québec.

Et la maison de l’oncle Émile est toujours là pour en témoigner.

Je n’en reviens tout simplement pas qu’elle soit ainsi laissée quasiment à l’abandon.

C’est un bâtiment qui devrait être protégé et qui pourrait être mis en valeur à l’entrée de la Base de plein air pour permettre aux visiteurs de découvrir le mode de vie et l’ingéniosité des premières familles qui ont défriché Sainte-Foy.

Et pourquoi pas lui faire une place dans le Réseau des maisons du patrimoine de la ville de Québec?

***

J’ai repensé à tout ça, hier, en lisant ce texte de Valérie Gaudreau, dans Le Soleil:

La Base de plein air de Sainte-Foy a le coeur à la plage

On y apprend que le maire a finalement annoncé l’appel d’offres qui devrait initier les travaux de réaménagement de la Base de plein air. Un projet qui devrait s’échelonner sur plusieurs années.

Je croise les doigts pour que le projet soit aussi l’occasion de rénover la maison de l’oncle Émile… mais je reste prudent, parce qu’on en est pas à la première promesse d’investissement à la Base de plein air.

C’était une promesse du maire en 2009, qu’il avait renouvelée à quelques jours des élections en 2013 — ce qu’il fait à nouveau… à un an de la prochaine élection.

Quelques références:

Base de plein air de Sainte-Foy, une promesse électorale qui refait surface

Base de plein de Sainte-Foy: terrain de prédilection pour le sport extrême

Une base de plein air «extrême»

Projets revus pour la Base de plein air de Sainte-Foy

On s’en reparlera peut-être à la prochaine saison des groseilles…

La traversée du boulevard Laurier

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Excellent texte de Karine Gagnon dans le Journal de Québec de ce matin au sujet de la sécurité des piétons devant le CHUL.

L’émotion, mauvais guide | Karine Gagnon | 20 août 2016

Elle a raison: il ne faut pas réagir de façon émotive au terrible accident d’il y a dix jours. Il est préférable de saisir l’occasion pour s’interroger de façon beaucoup plus globale sur l’aménagement du boulevard Laurier.

Il ne faut pas perdre de vue que ce secteur de la ville est en rapide transformation. Le nombre de piétons qui franchissent chaque jour le boulevard Laurier augmente rapidement, entre autres parce que les constructions se multiplient. Les 400 unités pour personnes retraitées du projet Ékla, sur le point d’être livrées, juste un peu à l’est du CHUL, en sont un bon exemple. Chaque année, des centaines de personnes s’ajoutent à celles, déjà nombreuses, qui traversent le boulevard pour prendre l’autobus.

C’est la responsabilité de la Ville de protéger les piétons aux endroits qu’elle désigne pour franchir un boulevard aussi achalandé. On ne pourra jamais éliminer tous les risques, mais aux endroit les plus critiques, l’aménagement devrait être prévu de manière à éviter qu’un véhicule puisse foncer dans la foule en cas d’accident.

Une pétition demande l’ajout de passerelles ou de tunnels. Ce n’est pas réaliste, et ce ne sera pas efficace non plus. Accès Transport Viable rappelle que l’expérience démontre que les gens ne sont généralement pas prêts à faire des détours sous prétexte d’une meilleure sécurité. Il faut en tenir compte.

Karine Gagnon a tout à fait raison d’inscrire la réflexion dans la perspective du réaménagement du boulevard Laurier, qui est prévu dans le contexte de la mise en place du Service Rapide par Bus (SRB) annoncé pour 2022. Mais il ne faut pas attendre tout ce temps pour améliorer la sécurité des piétons.

Il me semble qu’il est possible d’aménager des refuges pour les piétons sur le terre-plein central du boulevard Laurier — à un coût raisonnable, et de façon esthétique, même si cela devait être temporaire. La Ville sait très bien comment faire ça. L’aménagement du boulevard Honoré-Mercier a même été cité en exemple à cet égard. On peut lire à ce sujet les pages 43 à 46 du travail de Stéphanie Rocher, de l’Institut d’urbanisme de l’Université de Montréal:

L’expérience du piéton en entrée de ville: Le cas de l’avenue Honoré-Mercier à Québec

Des zones protégées par des bollards, ce n’est pas très complexe à mettre en place. Et ça peut même être beau et original. Quelques images pour s’inspirer:

Bollards | Google Images

 

Autres documents pertinents:

 

Un clavier qui aide à rédiger

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J’ai fait référence il y a quelques mois à un mini logiciel de traitement de texte qui limite le vocabulaire de ses utilisateurs aux 1000 mots les plus fréquents de la langue anglaise — prétenduement pour favoriser la lisibilité des textes produits.

1000 mots | 8 avril 2016

Morten Just, concepteur du logiciel, avait même prévu un Trump Mode qui poussait la contrainte encore plus loin en limitant le vocabulaire à 300 mots. C’était avant la montée en force du candidat républicain — quand on ne prenait pas encore très au sérieux l’énergumène.

Je découvre ce matin que Morten Just a poursuivi sa démarche — et qu’elle prend aujourd’hui une forme beaucoup plus aboutie.

L’outil qu’il nous propose prend maintenant la forme d’un clavier pour iOS. Ce qui le rend encore plus générique puisqu’il est ainsi possible de l’utiliser dans n’importe quelle application sur un iPhone ou un iPad.

Plus intéressant encore, plutôt que de se limiter à restreindre le vocabulaire de l’utilisateur, le clavier indique continuellement le niveau de difficulté du texte qui est en cours d’écriture. Ça vaut vraiment la peine de prendre le temps de regarder les exemples:

Trump’s iPhone Keyboard | Morten Just | 7 août 2016 

Je trouve qu’il s’agit d’une innovation très intéressante, qui devrait inspirer bien au-delà du contexte polémique dans lequel l’inscrivent toutes les références que le concepteur a choisi de faire à Donald Trump.

Un clavier qui accompagne la rédaction en soulignant au fur et à mesure les difficultés que comporte le texte et qui suggère, au besoin, un vocabulaire alternatif ou complémentaire. Ça me semble très inspirant, notamment dans une perspective pédagogique (et pourquoi pas politique!).

Je serais très curieux de savoir ce que pense Jean-Yves Fréchette de cette idée.. qui me semble avoir quelques points communs avec la démarche qu’il proposait il y a vingt ans avec la Console d’écriture.

 

 

Sujet important, sondage inutile

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Ah, les sondages. Un bel outil, certes utile en démocratie, mais auquel on peut aussi faire dire n’importe quoi — en particulier quand les questions sont mal posées ou ne veulent rien dire.

J’ai applaudi ce matin, entre deux gorgées de café, en lisant l’éditorial de Jean-Marc Salvet, dans Le Soleil:

Gare au revenu miracle!

Extrait:

«Les Canadiens sont en faveur de l’établissement d’un programme de «revenu minimum garanti», nous apprend un sondage Angus Reid publié cette semaine. [Pourtant personne] ne sait vraiment de quoi il s’agit.

C’est que le revenu minimum garanti est un concept à mille visages. Il peut favoriser une redistribution de la richesse, tout autant que la limiter. (…)

Tant qu’aucun projet concret ne sera présenté, tant qu’aucun ne sera défini (…) personne ne devrait soutenir qu’une population est pour ou contre. Ces sondages sont inutiles.»

Merci! Merci de le dire aussi clairement. J’applaudis encore, parce qu’on a besoin que les médias mettent en évidence de telles formes de manipulation de l’opinion publique. Cette dénonciation va d’ailleurs tout à fait dans le sens des réflexions que j’évoquais hier:

Des discours plus constructifs

Les sondages prétendent rendre compte de l’opinion de la population, alors qu’ils visent parfois plutôt à la définir, à l’influencer, dans l’intérêt de ceux qui les commandent dans la plus grande discrétion. 

Je ne dis pas ça parce que je serais contre le revenu minimum garanti — ni pour, d’ailleurs. Mon opinion n’est pas faite. Il me manque trop d’information. Et c’est bien justement pour cette raison que j’espère que nous aurons l’occasion d’en débattre intelligemment, avec toute la pédagogie qui s’impose pour un changement social de cette ampleur (dont l’éditorialiste a raison de dire qu’il devra forcément s’accompagner d’un mandat électoral, le cas échéant).

Pour le moment, ce que je constate c’est que le Parti libéral semble avoir décidé d’aborder la question de front (même les jeunes libéraux s’y mettent vigoureusement en fin de semaine), alors que le Parti Québécois et la Coalition Avenir Québec ne s’y sont même pas encore engagés (ou alors ça m’a échappé). Il le faudra pourtant… et plus tôt que tard, parce que ça pourrait bien devenir un enjeu déterminant de la prochaine élection.

 

Des discours plus constructifs

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J’ai publié près de 1600 textes sur ce blogue au cours des quatorze dernières années. Des textes qui sont devenus autant de traces de mes réflexions au cours de cette période.

De tous ces textes, il y en a un qui est particulièrement important à mes yeux. Il a été écrit il y a plus de dix ans et je m’y réfère encore périodiquement:

Ébauche d’un manifeste | 23 mai 2005

J’explorais dans ce texte les fondements d’une autre approche de la politique, déplorant notamment la polarisation des débats, le formatage abusif des discours en fonction des médias et l’utilisation des sondages pour manipuler l’opinion publique. Je proposais comme remède un voeu de proximité en dix points.

J’ai revisité ce texte en 2011, notamment pour y apporter quelques nuances, en fonction du contexte du moment (voir en particulier le troisième commentaire au bas du texte suivant):

Une nouvelle façon de faire de la politique?

Relisant tout cela à nouveau, au cours des derniers jours, ce sont les deux premiers points du voeu de proximité qui m’ont frappé le plus:

1. Toujours commenter le travail des autres élus de façon constructive;

2. Toujours expliquer ses décisions à l’aide de « parce que »;

Cela rejoint particulièrement la réflexion qui m’habite depuis quelques semaines, à laquelle j’avais notamment fait écho au début de l’été:

Une grande perplexité | 18 juillet 2016

Ces deux énoncés (commenter de façon constructive et expliquer avec un simple «parce que») décrivent en effet assez bien ce à quoi j’ai envie d’orienter progressivement le temps que je consacre à mon engagement social.

Je souhaite contribuer à faire émerger de nouvelles formes de discours, plus constructifs, qui s’appuieront sur des idées à la fois concrètes et inspirantes. Des discours qui seront motivés par la recherche de solutions plutôt que par une dynamique d’opposition. Des discours qui favoriseront la collaboration entre les gens au lieu d’alimenter la division. Des discours qui donnent le goût de s’engager plutôt que de nourrir le cynisme.

Pour cela, je réfléchis depuis quelques jours à mettre en place un site Web / média qui aura pour objectifs de rendre cette démarche concrète et de favoriser son ancrage dans la réalité économique, sociale et politique de la région de Québec.

VéloVoûte, une fausse bonne idée?

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La ville de Québec mène actuellement un projet pilote avec le VéloVoûte, un nouveau type de support à vélos. Si l’intention est bonne, je pense que le produit retenu passe à côté de l’essentiel: une intégration réussie dans la réalité urbaine.

Le Soleil parle du projet ce matin:

Des supports à vélos nouveau genre à Québec | Normand Provencher | Le Soleil

Le Journal de Québec en parlait hier:

Stationnement de luxe pour les vélos à Québec

Adapter la ville pour faciliter l’utilisation du vélo c’est évidemment important. Ça permet d’encourage la pratique de l’activité physique et de réduire le trafic automobile. Et parmi les enjeux associés, il y a évidemment les espaces de stationnement ou de rangement des vélos. Ils doivent être pratiques et sécuritaires.

Sauf qu’il faut aussi que les solutions retenues s’intègrent adéquatement dans la ville, de manière à favoriser la cohabitation entre tous les usagers de la route et des trottoirs.

Or, en voyant le caractère particulièrement massif et inesthétique de la VéloVoûte, je me suis dit que c’était un projet qui est inévitablement voué à l’échec. L’ingénierie du produit est sans doute ingénieuse, mais l’intégration dans la réalité urbaine d’une ville comme Québec me semble impossible. Surtout quand on pense à toutes les contraintes et les consultations qu’on s’impose dans le coeur historique pour tout ce qui concerne le mobilier urbain.

Tout cela, sans compter que le support a vélo qui est présenté sur les photos du Soleil et du Journal de Québec a été installé à même le trottoir devant la Gare du Palais (un endroit que je connais particulièrement bien) en obstruant carrément le passage des piétons. Une très mauvaise idée.

Je pense qu’au lieu d’investir dans des équipements lourds et coûteux comme celui-là (3000$ à 4000$, selon le Journal de Québec — pour 4 vélos!), on devrait plutôt miser sur la multiplication de supports à vélos peut-être un plus conventionnels, en misant sur leur originalité, et leur localisation dans des endroits judicieusement choisis de manière à dissuader les voleurs: lieux visibles, bien éclairés, surveillés ou filmés.

Pour cela, les photographies que Guillaume Lavoie, conseiller de ville à Montréal, a regroupées la semaine dernière me semble particulièrement inspirantes:

Album support à vélo + embellir la ville | page Facebook de Guillaume Lavoie

Des mesures incitatives pourraient aussi être mises en place pour amener les propriétaires d’immeubles, et les promoteurs, à intégrer de tels espaces dans leurs projets, à l’extérieur, comme à l’intérieur.

Qu’en pensent les grands utilisateurs de vélo qui me lisent?

Parler de politique

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L’actualité publie aujourd’hui un texte de Gabriel Nadeau-Dubois intitulé Le blocage québécois.

C’est un texte dont la lecture me semble absolument essentielle pour mieux comprendre la dynamique politique québécoise actuelle (et même plus largement). Pour s’y engager plus efficacement, aussi (même sans être d’accord avec lui sur tout).

L’extrait clé, de mon point de vue, est celui-ci:

«Nous avons depuis de nombreuses années les mêmes discussions, nous ressassons les mêmes arguments. Plus généralement, c’est notre manière de parler de la politique elle-même qui est brisée. (…) C’est sans doute pour cette raison qu’autant de citoyens, particulièrement les plus jeunes, se désintéressent de la chose publique.»

Je partage tout à fait sa conviction qu’il est nécessaire (et urgent) de trouver de nouvelles manières de parler (et de faire) de la politique. C’est même au coeur d’un projet qui me trottait dans la tête depuis quelques semaines et dont je pense maintenant accélérer la réalisation.

Parce que je suis, moi aussi, animé par la conviction que Gabriel Nadeau-Dubois exprime dans sa conclusion:

«…je sens que nous avons la possibilité et surtout le devoir de nous remettre en marche. Nous sommes un peuple de défricheurs, capable d’ouvrir de nouveaux sentiers. Comme beaucoup de mes concitoyens, j’ai envie de contribuer à cet effort. Mais je sais que pour accomplir ce que nous n’avons jamais accompli, il nous faudra faire ce que nous n’avons jamais fait.»

Je ne suis pas prêt à en dire beaucoup plus aujourd’hui sur ce projet, mais ça ne devrait pas tarder. Ce texte de L’actualité est une très bonne motivation…

Places publiques

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Beaux articles dans Le Soleil de ce matin (intégrés dans un seul texte dans la version Web):

Places publiques repensées pour l’hiver | Valérie Gaudreau | Le Soleil

L’apparition des places publiques éphémères est une des belles innovations des dernières années dans la région de Québec. Ces placettes se multiplient, prennent du caractère — et remportent chaque fois un très grand succès.

C’est aussi un remarquable exemple de planification du développement urbain qui s’appuie sur la mobilisation de la population. En effet, «souvent, ces aménagements transitoires servent aussi de test vers la construction d’une place publique permanente portée par les autorités municipales.»

Il ne s’agit évidemment pas de privilégier l’éphémère sur le permanent quand on parle de places publiques. Il reste essentiel de mettre en place des infrastructures durables. C’est la complémentarité qui fait le succès de cette approche.

C’est d’ailleurs en cela que repose tout l’intérêt d’explorer le potentiel d’éventuelles places publiques hivernales (une évidence dans une capitale nordique comme Québec!). En commençant par mettre en place un réseau de petites places éphémères on pourra tester beaucoup plus rapidement, et à bien meilleur coût, de nombreuses idées, variées, dans le but d’identifier les plus prometteuses.

Et pourquoi pas imaginer faire ça sous la forme d’un concours entre les différents arrondissements… qui pourrait culminer à l’occasion du Carnaval de Québec?

Culture et alimentation

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Dans une discussion avec des amis hier après-midi, nous évoquions les plaisirs de l’alimentation, leur grande importance culturelle — et les nombreux enjeux économiques et écologiques qui accompagnent la transformation de cette industrie absolument essentielle. Tout ça autour d’un très bon repas, simple et savoureux.

Nous avons évidemment besoin d’infrastructures logistiques complexes pour approvisionner les villes et villages du Québec en fruits, légumes, viandes et autres aliments toute l’année. Mais il y a aussi un grand intérêt à faire coexister des circuits plus courts et plus directs entre les producteurs et les consommateurs. Il ne s’agit pas d’opposer les deux systèmes: nous avons de plus en plus besoin de l’un et de l’autre.

Nous avons fait référence à l’exposition Manger ensemble, au Musée de la civilisation (à laquelle Ana-Laura a largement contribué) et à la partie du film Demain qui est consacrée à l’alimentation. Nous avons évoqué plusieurs initiatives québécoises qui vont dans le même sens. Je suis reparti en me disant qu’il faudrait regrouper l’information existante sur tout ça — ou trouver où elle pourrait déjà avoir été regroupée.

Nous avons aussi évoqué le projet de développement immobilier sur les terres agricoles des Soeurs de la Charité de Québec. Un projet qui, au regard de cette discussion, apparaît tout à fait anachronique. Avoir la chance de disposer, encore aujourd’hui, des terres agricoles de cette qualité à proximité du centre-ville et penser les transformer en quartier résidentiel, c’est complètement fou.

C’est fou, mais ça s’explique pourtant très bien. Et ce ne sont pas les acteurs qui sont surtout en cause. C’est la logique qui guide tout le développement urbain au Québec qui amène presque inévitablement l’émergence de tels projets. Parce que les villes sont forcées de construire, parce que la fiscalité est quasiment leur seule source de revenus (une logique qu’il est urgent de revoir) et parce qu’on ne valorise pas à sa juste valeur l’existence de ces circuits agroalimentaires courts, qui ont pourtant une grande valeur économique.

Alors, forcément, en survalorisant la construction et l’augmentation de la valeur de la taxe foncière et en sous-valorisant les activités alternatives, on en arrive à des situations comme celle-là, où tout le monde se renvoie la balle au lieu de chercher des solutions innovatrices pour répondre aux besoins d’une ville moderne.

Il me semble que ces terres méritent mieux qu’une bataille de tranchées. Je trouve qu’il ne s’agit pas tant de protéger ces terres, mais de trouver rapidement une manière de les mettre en valeur, pour en faire une richesse (à tout point de vue, y compris économique) pour la région de Québec.

On devrait profiter de l’occasion pour faire une grande réflexion collective et imaginer un vaste projet innovateur — auquel des entrepreneurs et tous les paliers de gouvernement pourraient apporter leur concours (et pas que par de l’argent, mais peut-être surtout en facilitant des projets-pilotes et en assouplissant l’application de certains règlements, par exemple). Ce projet pourrait servir d’exemple à d’autres régions, ici et ailleurs. Un projet dont Québec pourrait s’enorgueillir. Un projet qui démontrerait aussi qu’en 2016, être une ville intelligente, ce n’est pas seulement être plus technologique, c’est aussi accorder de l’importance à la l’agriculture et à l’alimentation.

Ce n’est probablement ni en s’opposant systématiquement à tout développement résidentiel, ni en plaidant son absolue nécessité qu’on arrivera à ouvrir la voie à un projet aussi ambitieux.

C’est peut-être surtout en prenant le temps d’un grand remue-méninges. En rêvant un peu. Le plus concrètement possible. Peut-être y a-t-il déjà des gens engagés dans cette voie?

Imaginer, par exemple, un aménagement qui fournirait non seulement les marchés public de la ville ainsi qu’un réseau de livraison d’aliments frais à domicile, et qui permettrait aussi de recevoir adéquatement les enfants des écoles de la région pour qu’ils aient tous l’occasion, au cours de leur scolarité, de vivre quelques jours à la ferme, au contact de la terre et des animaux qui nous nourissent? Avec, pourquoi pas, une certaine place pour du développement résidentiel bien intégré dans le projet?

Je vais poursuivre mes recherches et ma réflexion.

Mise à jour: Yannick Roy suggère le visionnement de cette vidéo pour alimenter la réflexion (et je ne peux qu’être d’accord! Il est FANTASTIQUE!): Home Grown, moving next to the farm

Cité éducative

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Je retourne depuis quelques jours dans mes lectures d’il y a une dizaine d’années. Dans plusieurs textes que j’ai écrits à la même période aussi. J’ai l’impression que j’avais les idées plus claires à cette époque sur ce qui motivait mes différents engagements et le temps que j’y consacrais.

Je ne retourne pas dans ces textes par nostalgie. Plutôt comme un moyen de donner de la profondeur à des lectures et des réflexions plus récentes. Le visionnement du film Demain, et l’exposition 25X la révolte, au Musée de la civilisation, ont aussi été des catalyseurs efficaces pour plusieurs de ces réflexions.

Et je dois constater que je reviens, à travers tout ça, encore et toujours à l’idée de cité éducative. Non pas pour en refaire un sujet de mobilisation en tant que tel (comme je l’avais fait de 2003 à 2005), mais comme le cadre le plus structurant pour organiser mes intérêts, mes valeurs et mes convictions. Pour donner un sens à mes engagements.

C’est clairement mon meilleur ancrage.