Le mystère est ailleurs

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Je le dis depuis plusieurs années: pour moi, le mystère Québec n’existe pas. Je pense que c’est un concept qui sert le plus souvent à camoufler le manque d’intérêt de ceux qui l’évoquent pour la dynamique sociale, économique et politique de la Capitale-nationale.

Franchement, s’il y a un mystère, il est ailleurs. Il est notamment dans la tête de ceux qui croient encore que l’économie de la région de Québec repose sur la présence de fonction publique (ce n’est que 15% du PIB de la région!) et, conséquemment, que Montréal est le seul vrai moteur économique du Québec.

Le mystère est dans la tête de Philippe Couillard et de Dominique Anglade. Je ne peux pas expliquer autrement la composition du Comité consultatif sur l’économie et l’innovation dont ils ont annoncé la création hier après-midi.

Le mandat de ce comité est de formuler des recommandations pour favoriser l’accroissement de l’innovation, de la recherche et de la compétitivité des entreprises.

Il est composé de vingt-sept membres, dont… aucun de la région de Québec!

Et ce n’est pas la seule aberration: pratiquement personne issue de la nouvelle économie numérique (Google? svp…); qui portera la voix des régions-ressources; aucun représentant des industries culturelles; bien peu d’entrepreneurs pour témoigner de la réalité des petites et moyennes entreprises; et, comme le signalait Pierre Langlois sur Facebook cet après-midi: aucun représentant des sciences économiques («le milieu des affaires et l’économie sont deux choses bien distinctes. L’un cherche le profit, l’autre le bien commun.»).

Apparemment, pour ce gouvernement, la croissance économique et l’innovation c’est à Montréal que ça se passe, dans les tours à bureaux du centre-ville.

Ce n’est apparemment pas les ressources naturelles.
Ce n’est pas non plus les industries culturelles.
Ce n’est pas le secteur des assurances et de la finance, particulièrement forte à Québec.
Ce n’est pas non plus le secteur de l’optique photonique, pour laquelle la région de Québec est particulièrement reconnue.

Ce ne sont là que quelques exemples de ce qui me semble être des négligences importantes. La croissance économique n’est pas seulement le fait du secteur privé non plus — mais c’est peut-être une autre histoire.

***

La région de Québec a une des plus fortes croissances au Québec, et le plus bas taux de chômage. Il doit bien y avoir ici quelques idées qui pourraient inspirer d’autres régions, voire Montréal, qui sait? Avec un peu d’humilité…

La création de ce comité est certainement une bonne idée. Les personnes qui y ont été nommées sont certainement des personnes très compétentes. Je ne remets pas ça en question. Mais la vision incroyablement centrée sur Montréal dont il témoigne me renverse complètement.

Il devient de plus en plus urgent de demander à ceux et celles qui nous dirigent pourquoi ils ignorent ainsi ce qui se passe à plus de 100km de Montréal, dans la Capitale-nationale et dans les autres régions du Québec. Ou pourquoi cela leur apparaît tellement négligeable (sauf pour quelques discours).

Certes, le Québec a besoin que l’économie de Montréal se porte bien. Mais ce n’est pas tout. Notre succès collectif suppose aussi que les régions se portent bien. Elles sont également source d’innovation. On ne pourra pas réussir sans l’apport de la région de Québec. La grande entreprise ne suffira pas non plus. Vive les PME! — qui sont elles aussi bien trop peu représenté sur ce comité.

La vision de l’économie et de l’innovation qui semble guider le gouvernement dans cette démarche m’apparait tellement dépassée qu’il me semble absolument nécessaire de la dénoncer dès maintenant, haut et fort. Je salue d’ailleurs la vigoureuse intervention de la Chambre de commerce et d’industrie de Québec dans ce dossier.

J’ose croire qu’il n’est pas trop tard et que Dominique Anglade pourra ajuster le tir avant que le comité commence réellement ses travaux.

 

Belle soirée pour se parler

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J’ai participé ce soir à la première assemblée publique du mouvement Faut qu’on se parle, au Musée de la civilisation, à Québec. J’avais exprimé il y a quelques jours mon opinion initiale sur la démarche proposée.

Le grand hall du musée était rempli de tables autour desquelles une dizaine de chaises étaient disposées. Il y avait aussi sur chaque table une tablette numérique afin de permettre aux participants de transmettre des propositions et de répondre, très simplement, à quelques questions.

C’était salle comble. Je dirais autour de 300 personnes. Une belle foule, plus diversifiée que dans bien d’autres assemblées de ce type. Des hommes et des femmes de tous les âges, et de plusieurs milieux — il m’a semblé, du moins. Des gens volontaires, généreux de leurs idées et de leur parole. Les échanges ont été riches.

Quelques observations:

  • Gabriel Nadeau-Dubois a posé ainsi, d’entrée de jeu, le contexte de la démarche:

«On est bon nous, les progressistes, pour dire ce contre quoi on est, mais il faut bien reconnaître qu’on a souvent moins de réponses quand c’est le temps de proposer des choses concrètes… c’est pour quoi on est surtout à la recherche, ce soir, de propositions et de solutions pour débloquer le Québec».

Il y est revenu en conclusion:

«Cette démarche est nécessaire parce qu’il faut se réapproprier la politique, ne pas se contenter de laisser les chefs de partis parler en nom. C’est un scandale de laisser dormir le potentiel du Québec comme on le fait actuellement.»

  • Comme les intérêts manifestés par les participants au moment de leurs inscriptions portaient sur le climat, la démocratie et l’éducation, c’est autour de ces trois thèmes que se sont essentiellement déroulés les échanges.
  • À certains moments, on sentait très bien les points de vue des animateurs du mouvement. Je n’ai pas trouvé cela négatif, mais ce n’est pas neutre non plus.
  • Pas moins que 669 courtes propositions ont été soumises sur les trois thèmes au terme de 45 minutes de travail en ateliers. C’est impressionnant. Une synthèse préliminaire en a été fait au fur et à mesure des échanges afin de permettre une première rétroaction dans la deuxième partie de la soirée.
  • Il faut malheureusment reconnaître que la salle n’était finalement pas aussi diverse qu’elle en avait l’air à première vue. Des participants ont déplorés au cours des échanges — l’absence des nouveaux arrivants, des ouvriers… «et de ceux et celles qui ne pensent pas comme nous». Ce n’est pas banal, et ça restera un défi important pour le mouvement.
  • Je ne reviendrai pas spécifiquement sur chacun des thèmes abordés ce soir — d’autant que Faut qu’on se parle produira sans doute une forme de résumé au cours des prochaines semaines. À suivre.
  • Je ne peux toutefois pas m’empêcher de déplorer qu’on a encore associé à l’éducation une dimension purement institutionnelle. Parler d’éducation, c’est beaucoup plus que de parler de l’école, des CPE et de l’université. Ce doit aussi être l’occasion de parler de toutes les occasions d’apprendre que nous offre (et de plus en plus) la société, en dehors de l’école. Ça me semble particulièrement important dans le cadre une démarche qui se veut aussi ouverte à de nouvelles perspectives. Cette distorsion m’a donné envie de réactualiser certaines réflexions sur ce qui distingue l’économie du savoir de l’économie apprentissage.
  • Au sujet de la démocratie, les échanges me sont apparus un peu plus conventionnels. Où j’étais peut-être juste un peu moins attentif. Je lirai donc avec intérêt ce que d’autres en rapporteront peut-être.
  • Au sujet du climat, il a évidemment beaucoup été question d’aménagement du territoire, de transport en commun et d’électrification des transports. Des enjeux extrêmement importants, que nous n’avons pu que survoler — mais tout de même assez bien, il me semble, compte tenu du temps dont nous disposions.
  • De façon générale, et en particulier quand il était question d’environnement, j’ai trouvé que les solutions proposées reposaient malheureusement encore trop souvent sur l’instauration de nouvelles taxes. Il va vraiment falloir qu’on se défasse de ce réflexe si on ne veut pas systématiquement amener nos réflexions dans une impasse. Se contenter d’ajouter des taxes, c’est le degré zéro de l’innovation. On devrait notamment se demander, pour chacun des thèmes, de quelles façons les technologies numériques pourraient nous permettre d’aborder autrement certains des enjeux.
  • Concernant le statut du Québec, une participante a demandé à Jean-Martin Aussant si l’indépendance devait, à son avis, se faire à gauche, à droite ou ni l’un ni l’autre. Sa réponse m’a semblé très bonne:

« Ni l’un ni l’autre… forcément… parce que c’est seulement l’indépendance qui nous permettra de faire démocratiquement le choix de se doter d’un gouvernement plus à gauche ou plus à droite. Actuellement, ce choix nous est largement imposé par un gouvernement qu’on ne contrôle pas.»

***

Une réflexion à poursuivre:

Au terme de tous ces échanges, la question qui me reste en tête a été soulevée par une autre participante, dans la troisième partie de la soirée:

«Comment on aborde, à partir de maintenant, la question du courage politique? Parce qu’il faudra beaucoup de courage pour réaliser les idées qu’on évoque ce soir?

Il est urgent se demander qu’est-ce que c’est le courage politique? Comment ça se développe? Comment on peut porter au pouvoir ce courage?

À défaut de quoi on n’arrivera à rien.»

Ça m’apparaît effectivement une question déterminante pour la suite des choses — pour que toute cette démarche ne se termine pas simplement comme une initiative parmi tant d’autres.

Parce que, comme l’a dit Gabriel Nadeau-Dubois en toute fin de rencontre:

«Faut se parler, oui, mais il faut aussi se mettre à l’action.»

Alors, c’est quoi pour vous, le courage politique, en 2016?

***

Je souligne en terminant à quel point l’organisation a été remarquablement efficace: l’accueil, la disposition de la salle, les équipements, la gestion du temps.

Un très grand bravo à l’équipe de Faut qu’on se parle et à celle du Musée de la civilisation. Pour une première, c’était vraiment géré de main de maître.

J’ai passé une très très belle soirée.

Et je suis maintenant très curieux de voir ce qui va émerger des prochaines rencontres et comment — à quel rythme, et avec quelle efficacité — d’autres mouvements (et les partis politiques) pourront s’en inspirer.

Le chaînon manquant

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On se déchaîne depuis quelques temps au sujet d’un troisième lien entre la rive sud et la rive nord de Québec. J’aimerais qu’on parle aussi du chaînon manquant: la gestion du temps collectif (et de nos infrastructures).

On peut bien parler d’un tunnel, d’un pont, d’élargir les autoroutes, de repenser le secteur de la tête des ponts… si on ne se penche pas d’abord sur les facteurs qui sont responsables de la congestion on n’arrivera pas à trouver les solutions que tout le monde espère.

Et même si la solution était la construction d’un troisième lien, nous aurions plusieurs années à devoir composer avec une situation difficile d’ici à ce que cela puisse devenir une réalité.

Alors, pourquoi ne pas se mettre sérieusement à l’ouvrage pour trouver des solutions, maintenant — avec un peu d’ouverture d’esprit.

François Bourque évoque une voie qui me semble prometteuse dans Le Soleil de ce matin: la mise en place d’un Bureau du temps. Il pourrait s’agir d’une structure légère, qui ne coûterait presque rien, et qui pourrait voire à suggérer des aménagements concrets dans les horaires des grands centre d’activités de la ville afin de réduire la pression sur le réseau routier aux heures de pointe, notamment. Son texte est ici:

Étaler l’heure de pointe

C’est une propositions moins sexy que de promettre de grands projets d’infrastructure, mais ce serait très certainement plus efficace à court et à moyen terme. C’est du moins ce que démontrent, très clairement, des initiatives semblables réalisées ailleurs dans le monde.

François Bourque avait déjà évoqué les bureaux du temps en 2013:

À la recherche du temps perdu

Cinq piste pour mieux organiser le temps à Québec

François Cardinal, devenu éditorialiste en chef de La Presse, en avait aussi parlé en 2004:

Je suis en r’tard

J’y faisais d’ailleurs référence sur ce blogue. C’était il y a douze ans!

Bureaux du temps…

Vous constaterez dans ce texte qu’on évoquait même à l’époque l’intégration de cette idée dans la loi sur la conciliation travail-famille.

Alors, après tout ce temps, et avec les inconvénients de la congestion qui empire chaque année, ce serait peut-être temps qu’on s’y mette… ne serait-ce qu’en marge des inévitables polémiques?

***

Je me souviens très bien d’avoir évoqué la création d’un bureau du temps pour la Capitale-nationale à l’occasion d’un remue-méninges en vue de définir la plateforme du Parti Québécois pour la campagne électorale de 2014 (ou était-ce même en 2012?).

Cela n’avait pas suscité un grand enthousiasme, c’est le moins qu’on puisse dire. On m’avait clairement fait comprendre que ce n’était pas une proposition gagnante. Je regrette aujourd’hui de ne pas avoir insisté davantage.

C’est cette idée que j’aimerais voir le prochain chef du Parti Québécois plaider activement dans les prochaines semaines. Ce serait une contribution de bon sens, qui m’apparaît utile pour la suite des choses — qu’on envisage, ou pas, la construction d’un troisième lien.

Voter simplement

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Mon texte de ce matin a suscité plusieurs réactions, certaines publiques — sur Facebook notamment — et d’autres en privé. Certains m’ont reproché de compliquer les choses.Je reviens donc pour préciser / clarifier un tout petit peu mon raisonnement:

Le fait d’inscrire Paul Saint-Pierre-Plamondon n’est absolument pas motivé par l’idée de «lui donner un prix de consolation», ni même de le remercier pour sa contribution. Il n’a pas besoin de ça. C’est un message au parti que je souhaite passer en votant de cette façon:

Il est indispensable de renouveler le parti, sans tarder, en allant dans la direction que Paul nous a indiquée.

C’est le premier message que je veux passer en votant. C’est le plus important.

Mon deuxième choix est guidé par le réalisme. Je suis conscient que Paul n’a pratiquement aucune chance d’être élu. Il faut donc que j’identifie parmi les autres candidats celui que je souhaite voir diriger le parti d’ici l’élection celui qui influencera réellement l’issue du vote. Et c’est Jean-François Lisée.

***

Certains ont vu dans mon texte l’expression d’un vote stratégique. Mon raisonnement n’est pas de cette nature.

On me dira que dans telle ou telle configuration du vote (on peut effectivement imaginer mille et un scénarios) cela pourrait changer l’issue de l’élection — voire permettre à un-e autre candidate de se faufiler devant Jean-François. C’est possible.

J’assume ce risque parce que, comme je le disais dans mon texte du 12 septembre:

«…je veux passer un message fort en faveur de Paul Saint-Pierre Plamondon — pour envoyer un message très clair que le PQ doit se renouveler dans la direction qu’il indique — et que je veux accorder mon appui à Jean-François Lisée. Dans cet ordre

C’est aussi simple que ça.

Et notez bien que ce texte et celui de ce matin, comme tous ceux que je publie sur mon blogue, visent essentiellement à alimenter la réflexion de celles et ceux qui prennent le temps de les lire.

Je n’ai absolument pas la prétention de pouvoir dire à qui que ce soit de quelle façon exercer son droit de vote.

À trois jours du vote

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Le 12 septembre j’ai publié ici un assez long texte pour expliquer où j’en étais dans mes réflexions par rapport à la course à la chefferie:

Chefferie: où j’en suis

J’évoquais dans ce texte le besoin de mieux expliquer le système de votation pour l’élection. Ce qui a été très bien fait par la suite par l’équipe du Parti Québécois. C’est ici:

Démystifier le scrutin préférentiel

Dans les jours suivants, j’ai signé le texte suivant en appui à la candidature de Jean-François Lisée:

Pourquoi j’appuie Jean-François Lisée

J’avais appuyé spontanément Véronique Hivon pour son habileté à aborder les problèmes sous un angle différent. Suite à son départ, j’ai dû prendre le temps de réfléchir aux objectifs que je poursuivais en exerçant mon droit de vote dans cette course. Je souhaite envoyer un message sur la nécessité de renouveler le parti, dans la direction que nous indique notamment Paul Saint-Pierre Plamondon. Je veux aussi qu’on remette le débat social au coeur de nos priorités et, pour cela, qu’on valorise la diversité des points de vue et qu’on reconnaisse le droit de changer d’idée. J’appuie Jean-François Lisée parce qu’il va créer cette dynamique, qui est essentielle pour que le Parti Québécois retrouve sa pertinence dans l’espace public — et sans laquelle il sera impossible de réaliser l’indépendance.

Et j’ai accepté, hier soir, de signer le texte suivant dans lequel je (ré)invite les gens à inscrire Paul Saint-Pierre-Plamondon comme premier choix, afin de faire entendre leur désir de renouvellement du Parti Québécois.

Chefferie du PQ: PSPP mérite notre premier choix

En complément, je vous invite à regarder le dernier vidéo de campagne de Paul:

Un dernier mot avant la fin de la #CoursePQ

Et la lettre qu’il signe dans Le Devoir de ce matin:

Il faut aussi qu’on cesse de se diviser

En résumé, voici donc comment j’enregistrerai mon vote jeudi:

1er choix: Paul Saint-Pierre Plamondon; parce que c’est la seule façon pour que son très important apport à la campagne soit officiellement reconnu.

2e choix: Jean-François Lisée; parce qu’au terme de la campagne à laquelle nous avons assisté, c’est celui que je souhaite voir diriger le Parti Québécois en prévision de la prochaine élection.

Ainsi, comme Paul sera vraisemblablement éliminé après le décompte des premiers choix, mon vote bénéficiera par la suite à Jean-François.

Je vous invite à revoir la vidéo explicative si vous ne comprenez pas ce raisonnement — ou pourquoi j’inscris Paul comme premier choix plutôt que comme second choix.

***

Je remercie en terminant les cinq candidats et candidates qui étaient sur la ligne de départ de la course — avec une pensée particulière pour Véronique Hivon, qui était mon tout premier choix et que j’espère revoir en pleine santé le plus rapidement possible.

Je compte sur celui ou celle qui remportera l’élection, vendredi soir, pour se mettre au travail dès le lendemain matin afin d’être en mesure de tirer rapidement profit des grandes forces de chacun de ses adversaires. Ça été une grande source d’espoir de les découvrir, ou de les redécouvrir, au cours des derniers mois.

On a besoin de tout le monde pour la suite.

Mise à jour:

J’ai complété/précisé mon raisonnement dans le texte suivant: Voter simplement.

 

 

L’automne, la lecture et la politique

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J’adore cette période de l’automne. Voir les arbres changer de couleurs, retrouver le plaisir de sortir avec une veste de laine, respirer l’air frais à pleins poumons, l’odeur de la compote de pommes dans la maison. Ça fait du bien! Même le goût du café est encore meilleur quand il contraste avec le froid qui se dégage de la fenêtre devant laquelle j’écris.

L’automne est une saison parfaite pour prendre le temps. Le temps de cuisiner, de lire, d’écrire. De penser aussi.

Le temps de penser. C’était le sujet de la chronique de Marc Allard, dans Le Soleil d’hier.

Du temps pour penser

Partant de l’exemple de Barack Obama, qui s’accorde régulièrement quelques heures de solitudes afin de rassembler ses pensées, il nous invite à trouver une façon pour plonger dans un travail profond:

«Travail profond: des activités professionnelles effectuées dans un état de concentration sans distraction qui poussent nos capacités cognitives à leur limite…»

«… dans notre monde hyperconnecté, la meilleure façon d’accomplir du travail profond [exige] la volonté de s’octroyer du temps à l’abri de nos semblables, d’une part, et des technologies de l’information, de l’autre.»

Parmi les tous les moyens de s’accorder ce temps de concentration sans distraction, la lecture est évidemment une des meilleures façons.

C’est d’ailleurs ce pourquoi le texte de Marc Allard m’a ramené à l’esprit un autre texte que j’avais mis de côté il y a quelques semaines, justement pour y revenir ici.

François Hollande ne lit jamais de romans, et ça se voit

Dans ce billet accusateur, Laurent Sagalovitsch énonce très clairement l’importance qu’il accorde à la lecture de romans pour nourrir l’empathie et pour développer une qualité de communication qui est particulièrement nécessaire aux hommes et aux femmes politiques.

Une qualité de communication sans laquelle « vous restez toujours en dehors des gens, à leur périphérie, dans une zone de confort dont vous échouez à vous départir.»

«…lire des romans ne vous rend pas plus savant mais développe en vous cette qualité qui devrait être la première de tout homme politique, à savoir la compassion, cette capacité à comprendre la souffrance de l’autre, cette possibilité d’entrer de plain-pied dans des consciences que par temps ordinaire vous ne connaîtrez jamais, d’entrouvrir la porte sur les mystères du cœur humain en conflit avec lui-même, sur les sortilèges de l’âme prise à son propre piège, sur tout ce qui constitue l’essence même de l’homme, qu’il fût un gueux ou une duchesse, un empereur ou un simple ouvrier, l’éternelle et impérieuse douleur de vivre de toute condition humaine.»

Je me disais un peu la même chose un peu avant minuit hier soir en posant sur ma table de chevet le roman que je suis sur le point de terminer.

Le Cercle, de Dave Eggers, est une histoire terriblement contemporaine, qui révèle très habilement l’impact plus ou moins perceptible des réseaux sociaux sur notre vie personnelle et professionnelle, comme sur l’évolution des règles du vivre-ensemble. C’est une puissante description romanesque de l’influence souterraine de Google et de Facebook sur l’évolution de notre société.

Il n’y a aucun doute dans mon esprit qu’un homme ou une femme politique qui aurait lu ce roman aborderait avec une tout autre perspective plusieurs des enjeux qui seront soumis aux délibérations de l’Assemblée nationale (ou des conseils municipaux) au cours des prochaines semaines, mois, années.

Ça me fait aussi penser que la lecture de romans — et particulièrement ceux de jeunes auteurs contemporains — pourrait aussi éviter aussi à certains commentateurs de formuler des opinions inutilement pontifiantes au sujet de toute une génération, comme ce fut le cas la semaine dernière en réaction à une photo diffusée par l’entourage d’Hillary Clinton.

Par exemple ici, sous la plume de Raphaëlle Bacquée:

… heureusement aussitôt contredite par Hubert Guillaud:

Et pour une analyse plus complète du phénomène qui est en jeu sur cette photo, désormais célèbre, je suggère ce texte de Alexandre Léchenet, publié par Libération:

Un selfie de groupe avec Hillary Clinton n’est pas l’incarnation de la fin du monde

***

Laurent Sagalovitsch concluait son texte, cité précédemment, avec une amusante proposition:

«À l’heure où [la classe politique] souffre d’un désintérêt grandissant […] il serait grand temps pour nos hommes politiques de s’inscrire à la bibliothèque municipale de leurs circonscriptions. C’est le meilleur moyen, peut-être le seul, pour renouer un lien tangible et profond avec les citoyens.»

Je propose pour ma part la création d’un club de lecture à l’intention des députés.

Quelque chose de simple: une brève rencontre par semaine pour échanger, très librement (et pourquoi pas autour d’un café ou d’un verre de vin) au sujet de romans de jeunes auteurs d’ici et d’ailleurs. Ces rencontres pourraient être animées par des libraires et webdiffusées, très spontanément, comme c’est maintenant possible de le faire.

Ce serait la meilleure façon, il me semble pour faire entrer, à court terme, l’imaginaire — et le vécu — d’une nouvelle génération à l’Assemblée nationale…

Ça offrirait aussi aux députés volontaires une belle occasion pour s’accorder un peu de temps pour sortir de l’action et faire un peu de travail profond.

Il me semble que tout le monde y gagnerait!

Culture, technologie, identité

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Jean-François Lisée a présenté ce matin, sur son blogue, la vingt-et-unième proposition de sa campagne. J’avais beaucoup aimé la vingtième, sur l’économie, mais j’aime encore plus celle-ci, qui porte sur la culture.

Pour une vraie culture de la culture au Québec

Je crois que c’est sa proposition la plus déterminante de la campagne, même si ce ne sera sans doute pas la plus débattue. Et quelles que soient vos opinions dans cette course, ou vos autres convictions politiques, je vous invite à prendre le temps de la lire attentivement. Je pense que c’est important pour la suite des choses.

Pourquoi ce serait la plus déterminante?

Parce qu’elle nous replace (enfin!) dans une dynamique de pouvoir, de capacité — d’empowerment — devant les bouleversements qui accompagnent le développement des technologies numériques et de l’économie des plateformes.

Elle nous rappelle que nous ne sommes pas sans moyens pour faire face à ces changements, dans la mesure où on s’y reconnaît un autre rôle que l’adaptation.

C’est ce qui guide mes choix professionnels depuis longtemps et qui déterminera aussi mes prochaines étapes (toujours en gestation).

Et cela dépasse largement le domaine de la culture. C’est un état d’esprit qui est aussi nécessaire pour venir à bout des débats qui sont actuellement bien mal engagés autour de Uber, de AirBnB, etc. J’en fais même un enjeu d’identité — bien plus déterminant dans la réalité (des jeunes, en particulier) que toutes les questions de signes religieux plus ou moins ostentatoires.

Bien sûr que le vent souffle fort et qu’on ne pourra pas aller complètement à contre-courant — et pourquoi donc faudrait-il le faire? Puisque c’est un monde plein de promesses et d’opportunités pour nous aussi.

Il faut cesser de se voir en victime d’un monde qui changerait à notre insu. Autrement, pourquoi vouloir un pays?

Évidemment que les moyens d’interventions du passé ne pourront pas être bêtement transposés aujourd’hui.

Évidemment que nous n’avons jamais eu affaire à des acteurs aussi immenses et aussi puissants que Apple, Netflix, Google ou Amazon (parce qu’il n’y a pas que la musique et le cinéma… le livre et bien d’autres secteurs, y compris l’éducation, sont aussi bousculés).

Évidemment qu’il faudra être ingénieux, mais on peut y arriver. On doit y arriver. C’est d’ailleurs le courage d’aborder ce défi qu’on attend des hommes et des femmes politiques qui sollicitent notre confiance, pas seulement l’ambition de bien administrer les affaires courantes.

La solution ne sera certainement pas de subventionner davantage l’industrie culturelle (ou toute autre industrie) — ni de croire qu’on pourrait se satisfaire d’une meilleure collaboration des géants internationaux.

Il faut penser l’intervention de l’État autrement, parce qu’il n’y a pas de réponse plus efficace à l’innovation qu’une autre innovation.

Il faut que l’État trouve les moyens d’accompagner celles et ceux qui proposent des approches innovatrices, qu’il facilite leur développement et qu’il valorise la prise de risque des créateurs et des entrepreneurs — avec au moins autant de vigueur (et de moyens) qu’il continue de protéger les modèles plus conservateurs.

Il faut renouer avec la part de notre identité qui a fait de nous un peuple d’explorateurs, de bâtisseurs et de pionniers. La confiance.

Nos ancêtres draveurs avaient bien compris que c’est debout sur les billes de bois qu’il fallait se tenir pour maîtriser les cours d’eau, pas assis sur un radeau pour se laisser porter par le courant. Au risque de parfois tomber à l’eau…

***

La culture n’est pas un sujet parmi d’autre, c’est la trame de fond, à partir de laquelle toutes les décisions d’un gouvernement doivent s’arrimer les unes aux autres pour former un tout cohérent.

C’est pour ça que l’attitude avec laquelle on aborde les enjeux culturels m’apparaît aussi déterminante pour l’ensemble de la société — et pour tout un programme politique.

Passer le budget [du ministère] de la Culture de 1% à 2% du budget global de l’État, comme le propose Jean-François Lisée, c’est bien.

Adopter une attitude active et positive devant les défis qui se présentent à nous, dans le domaine culturel et beaucoup plus largement, c’est encore mieux.

 


P.S.: Je trouve amusant de constater que La Presse titre son article en utilisant le terme négatif «contre», alors que Jean-François Lisée utilise plutôt la formule positive «pour»:

Jean-François Lisée veut lancer une offensive contre Netflix et Apple | La Presse

Pour une vraie culture de la culture au Québec | Jean-François Lisée

Est-ce qu’être pour quelque chose, c’est forcément être contre autre chose?

Ça a assez duré!

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J’ai lu les journaux ce matin. J’ai fait le tour des réseaux sociaux. J’ai échangé quelques courriels avec des amis proches.

J’ai pris une grande respiration.

J’ai pris une deuxième grande respiration.

Et j’ai décidé de ne pas me retenir d’écrire ceci:

Si la course à la chefferie au Parti Québécois ne reprend pas très rapidement un peu de hauteur;

Si aucun de ses principaux protagonistes n’arrive à faire preuve de la stature que j’attends d’un-e leader politique;

Si on continue d’occulter les enjeux déterminants auxquels le Québec est confronté pour parler de religion et de vêtements;

Moi je débarque.

Je ne voterai tout simplement pas.

Je ne serai pas complice de ce cirque.

À bon entendeur, salut!

Chefferie: où j’en suis

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On m’interroge fréquemment depuis que Véronique Hivon a dû se retirer de la course à la chefferie du Parti Québécois: On ne t’entend plus beaucoup? Qui est-ce que tu appuies maintenant?

Je dois avouer avoir ressenti une certaine fatigue à mesure que l’été avançait, jusqu’à manquer passablement d’enthousiasme pour une course dans laquelle j’avais l’impression de me reconnaître de moins en moins.

Devant ce constat, j’ai souvent répondu que je ne savais pas encore pour qui j’allais voter et que je n’étais pas encore sûr de vouloir (re)prendre position publiquement.

Mais je n’étais pas tellement à l’aise avec cette réponse. Parce que ce n’est pas tellement mon genre de rester neutre. Parce que je crois que c’est généralement nécessaire de prendre position pour faire avancer les choses, dans un sens ou dans l’autre.

J’ai donc pris le temps de relire, samedi soir, la quinzaine de textes que j’ai écrits dans les jours qui ont suivi le départ imprévu de Pierre Karl Péladeau, au mois de mai. J’ai voulu me rebrancher sur les attentes que j’avais formulées en prévision de la course à la chefferie. Je voulais avoir à l’esprit une grille claire pour juger du débat de Sherbrooke, qui avait lieu dimanche après-midi.

Ces textes peuvent être consultés ici:

 

J’ai ensuite écouté le débat, dimanche soir, à partir du site du Parti Québécois. Et les choses se sont beaucoup éclaircies.

Cela m’a confirmé que cette course était très loin de ce que je souhaitais (du moins jusqu’à présent). La majorité de mes attentes n’ont effectivement pas trouvé satisfaction, mais j’ai quand même pu distinguer clairement les candidats qui me semblent les plus susceptibles d’y répondre au cours des prochains mois — et des prochaines années. Autant par leurs façons de participer au débat que par les propositions qu’ils ont formulées.

Le candidat qui m’a le plus fait vibrer, c’est Paul Saint-Pierre Plamondon.

J’applaudis particulièrement son discours sur la nécessité d’adopter une mentalité de bâtisseurs; sur l’importance de faire une pédagogie active et continue dans le domaine économique; sur le besoin de ramener toujours le savoir et la science au coeur de nos décisions; sur l’affirmation que le seul chemin vers la souveraineté, c’est la vérité; sur le fait que la division du vote, qui empêche que le Parti Québécois forme à nouveau un gouvernement majoritaire, est du côté de la CAQ, pas d’Option nationale (ou de Québec Solidaire) — que ça fasse notre affaire ou pas.

PSPP est une véritable bouffée d’air frais — portée par un étonnant mélange de candeur et d’une très grande confiance en lui-même. J’avais déjà perçu cet élan de fraîcheur au cours des dernières semaines, mais c’était particulièrement remarquable lors du débat.

Le candidat qui m’a le plus donné confiance dans sa capacité à faire arriver les choses, c’est Jean-François Lisée.

J’ai beaucoup aimé son aplomb, particulièrement quand il a été interpellé sur des propositions qu’il avait défendues par le passé. Comme beaucoup de monde, je pense, j’accepte tout à fait que quelqu’un puisse changer d’idée (même que je valorise ça!) dans la mesure où il est capable d’expliquer convenablement ces changements. J’ai aussi apprécié son discours concret sur l’économie, en particulier quand il a été question des petites et moyennes entreprises et du besoin d’alléger la réglementation, la bureaucratie et l’attitude de l’État à leur égard. C’est aussi le seul qui a évoqué spécifiquement la région de Québec.

Jean-François m’avait fait peur il y a quelques semaines à cause de la manière inutilement sensationnaliste avec laquelle il avait abordé la question de la burka/burkini (je lui ai d’ailleurs fait savoir), mais son attitude aujourd’hui me permet de souhaiter qu’il saura éviter de tomber à nouveau dans ce piège.

***

Compte tenu de tout ça, si le vote avait lieu aujourd’hui, mon premier choix se porterait sur Paul Saint-Pierre Plamondon et mon deuxième choix sur Jean-François Lisée.

Parce que je veux passer un message fort en faveur de Paul Saint-Pierre Plamondon — pour envoyer un message très clair que le PQ doit se renouveler dans la direction qu’il indique — et que je veux accorder mon appui à Jean-François Lisée. Dans cet ordre.

Pour atteindre ces deux objectif, il faut que Paul Saint-Pierre Plamondon bénéficie du plus grand nombre possible de premier choix lors du décompte initial des bulletins. C’est la seule façon de s’assurer que l’appui à ses propositions soit visible, parce que le nombre de deuxième choix dont un candidat aura bénéficié ne sera probablement jamais diffusé.

Et comme tout porte à croire (du moins pour le moment) que Jean-François Lisée sera en meilleure position que PSPP après le premier décompte, mon bulletin sera de toute façon reporté au bénéfice de Jean-François Lisée — contribuant ainsi à son élection.

Important: pour une explication simple du système de vote préférentiel et de la mécanique de report de votes associée, on peut regarder la vidéo suivante (qu’il serait très utile, je pense, de refaire en français).

The Alternative Vote — The Post-It Way

Pour illustrer mon raisonnement, on pourrait imaginer que Paul Saint-Pierre Plamondon est représenté dans cette vidéo par un post-it jaune, et Jean-François Lisée par un post-it rose.

Faire autrement, ce serait prendre le risque qu’on ne sache jamais qu’un grand nombre d’électeurs veulent que Paul Saint-Pierre Plamondon sortent de la course avec le vent dans les voiles — parce que sa contribution est essentielle, et qu’on a besoin de lui pour la suite des choses, quel que soit le résultat de la course à la chefferie.

À moins, bien sûr, que la présidence d’élection choisisse de rendre public l’ensemble des résultats (le nombre de 1er, 2e, 3e et 4e dont ont bénéficié chacun des candidats), ce qui, à ma connaissance, n’est pas prévu à ce stade. Cela rendrait le vote à la fois plus transparent et plus facile à interpréter — pour tout le monde, et pas que par la direction du parti. Ce serait aussi beaucoup plus éclairant, il me semble, dans la perspective du prochain congrès.

Ce qui me fait d’ailleurs dire qu’on devrait peut-être demander officiellement la publication des résultats détaillés. On éviterait ainsi toute la  confusion associée au fait de devoir voter stratégique pour pouvoir passer un message.

Voilà où j’en suis.

La tête des ponts

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Je prends très souvent le train vers Montréal, le plus souvent à la gare de Sainte-Foy — une gare située au beau milieu de nulle part, et tout à fait inadaptée à l’importance de sa fréquentation.

Alors pas besoin de dire que je me réjouis quand je lis un article comme celui d’Annie Morin, dans Le Soleil de ce matin:

Des projets pour les gares de VIA Rail à Québec

Sauf que je reste un peu perplexe. En particulier quand je lis ce passage:

«Le maire Régis Labeaume a confirmé qu’il y avait des propositions pour la gare dans les plans de réaménagement de l’entrée de la ville par les ponts Pierre-Laporte et de Québec. Lancé sous Sam Hamad, ce grand projet est ficelé depuis plus d’un an, mais n’a jamais été rendu public comme promis.»

Je reste perplexe parce que le dossier du réaménagement de la tête des ponts est en train de devenir une véritable caricature de la politique du secret.

Il faut dire que ce dossier est absolument fondamental pour le développement du plateau de Sainte-Foy. Un dossier qui mériterait au moins autant d’attention que le celui d’un éventuel troisième lien pour améliorer la circulation entre les deux rives. Un dossier qui est particulièrement délicat dans la perspective de la construction du gratte-ciel Le Phare et de tous les enjeux et débats associés.

C’est surtout un dossier qui va affecter la qualité de vie de dizaines de milliers de personnes, pendant les énormes travaux, bien sûr, mais aussi bien après — pendant des décennies. Tout ça, sans parler des coûts qui pourraient dépasser le milliard de dollars.

Et pourtant, c’est un dossier qui se développe dans le secret, depuis des années. Disons le clairement: c’est inacceptable.

Pour rappel:

Le 2 avril 2015, la même journaliste annonçait déjà que le projet prenait forme:

Réaménagement de la tête des ponts: de la théorie à la pratique

Karine Gagnon y avait aussi fait référence dans le Journal de Québec:

Deux fois moins cher pour la tête des ponts

Le gouvernement convoquait par la suite une conférence de presse, prévue pour le 28 avril 2015, afin de présenter officiellement le projet de réaménagement.

Cette conférence de presse a finalement été annulée pour que le premier ministre puisse présenter les candidats du Parti Libéral dans les deux élections partielles qui étaient attendues dans la Capitale-nationale.

Report de la conférence de presse – Dévoilement du schéma directeur de l’entrée sud de la capitale nationale

Véronyque Tremblay et Sébastien Proulx, candidats du Parti libéral du Québec aux élections partielles de Chauveau et de Jean-Talon

Je m’en souviens très bien, parce que j’étais moi-même candidat pour le Parti Québécois dans la circonscription de Jean-Talon. J’avais même spécifiquement interpellé mon adversaire pendant un débat radiophonique pour qu’il s’engage à présenter le projet de réaménagement de la tête des ponts étant donné son importance pour les citoyens que nous souhaitions tous les deux représenter.

Résultat: quinze mois plus tard, Sam Hamad n’est plus ministre responsabie de la Capitale-nationale, Robert Poëti n’est plus ministre des Transports, Jacques Daoust, qui lui avait succédé, est reparti lui aussi, et le tout nouveau ministre des transports semble préférer parler du troisième lien. Tout va bien.

Si le projet pour le réaménagement de la tête des ponts est prêt, comme on le dit, alors il faut qu’il soit rendu public, sans délais, de manière à pouvoir faire l’objet d’un débat public.

Ce n’est pas d’un chantier ordinaire qu’il s’agit, c’est de la transformation en profondeur de tout un secteur de la ville, dont les impacts seront durables, dans toute la région.

Mise à jour: En fin de journée, Agnès Maltais et Martine Ouellet diffusaient le communiqué suivant: Le gouvernement libéral doit rendre public son plan de réaménagement

Un clavier qui aide à rédiger

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J’ai fait référence il y a quelques mois à un mini logiciel de traitement de texte qui limite le vocabulaire de ses utilisateurs aux 1000 mots les plus fréquents de la langue anglaise — prétenduement pour favoriser la lisibilité des textes produits.

1000 mots | 8 avril 2016

Morten Just, concepteur du logiciel, avait même prévu un Trump Mode qui poussait la contrainte encore plus loin en limitant le vocabulaire à 300 mots. C’était avant la montée en force du candidat républicain — quand on ne prenait pas encore très au sérieux l’énergumène.

Je découvre ce matin que Morten Just a poursuivi sa démarche — et qu’elle prend aujourd’hui une forme beaucoup plus aboutie.

L’outil qu’il nous propose prend maintenant la forme d’un clavier pour iOS. Ce qui le rend encore plus générique puisqu’il est ainsi possible de l’utiliser dans n’importe quelle application sur un iPhone ou un iPad.

Plus intéressant encore, plutôt que de se limiter à restreindre le vocabulaire de l’utilisateur, le clavier indique continuellement le niveau de difficulté du texte qui est en cours d’écriture. Ça vaut vraiment la peine de prendre le temps de regarder les exemples:

Trump’s iPhone Keyboard | Morten Just | 7 août 2016 

Je trouve qu’il s’agit d’une innovation très intéressante, qui devrait inspirer bien au-delà du contexte polémique dans lequel l’inscrivent toutes les références que le concepteur a choisi de faire à Donald Trump.

Un clavier qui accompagne la rédaction en soulignant au fur et à mesure les difficultés que comporte le texte et qui suggère, au besoin, un vocabulaire alternatif ou complémentaire. Ça me semble très inspirant, notamment dans une perspective pédagogique (et pourquoi pas politique!).

Je serais très curieux de savoir ce que pense Jean-Yves Fréchette de cette idée.. qui me semble avoir quelques points communs avec la démarche qu’il proposait il y a vingt ans avec la Console d’écriture.

 

 

Sujet important, sondage inutile

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Ah, les sondages. Un bel outil, certes utile en démocratie, mais auquel on peut aussi faire dire n’importe quoi — en particulier quand les questions sont mal posées ou ne veulent rien dire.

J’ai applaudi ce matin, entre deux gorgées de café, en lisant l’éditorial de Jean-Marc Salvet, dans Le Soleil:

Gare au revenu miracle!

Extrait:

«Les Canadiens sont en faveur de l’établissement d’un programme de «revenu minimum garanti», nous apprend un sondage Angus Reid publié cette semaine. [Pourtant personne] ne sait vraiment de quoi il s’agit.

C’est que le revenu minimum garanti est un concept à mille visages. Il peut favoriser une redistribution de la richesse, tout autant que la limiter. (…)

Tant qu’aucun projet concret ne sera présenté, tant qu’aucun ne sera défini (…) personne ne devrait soutenir qu’une population est pour ou contre. Ces sondages sont inutiles.»

Merci! Merci de le dire aussi clairement. J’applaudis encore, parce qu’on a besoin que les médias mettent en évidence de telles formes de manipulation de l’opinion publique. Cette dénonciation va d’ailleurs tout à fait dans le sens des réflexions que j’évoquais hier:

Des discours plus constructifs

Les sondages prétendent rendre compte de l’opinion de la population, alors qu’ils visent parfois plutôt à la définir, à l’influencer, dans l’intérêt de ceux qui les commandent dans la plus grande discrétion. 

Je ne dis pas ça parce que je serais contre le revenu minimum garanti — ni pour, d’ailleurs. Mon opinion n’est pas faite. Il me manque trop d’information. Et c’est bien justement pour cette raison que j’espère que nous aurons l’occasion d’en débattre intelligemment, avec toute la pédagogie qui s’impose pour un changement social de cette ampleur (dont l’éditorialiste a raison de dire qu’il devra forcément s’accompagner d’un mandat électoral, le cas échéant).

Pour le moment, ce que je constate c’est que le Parti libéral semble avoir décidé d’aborder la question de front (même les jeunes libéraux s’y mettent vigoureusement en fin de semaine), alors que le Parti Québécois et la Coalition Avenir Québec ne s’y sont même pas encore engagés (ou alors ça m’a échappé). Il le faudra pourtant… et plus tôt que tard, parce que ça pourrait bien devenir un enjeu déterminant de la prochaine élection.

 

Des discours plus constructifs

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J’ai publié près de 1600 textes sur ce blogue au cours des quatorze dernières années. Des textes qui sont devenus autant de traces de mes réflexions au cours de cette période.

De tous ces textes, il y en a un qui est particulièrement important à mes yeux. Il a été écrit il y a plus de dix ans et je m’y réfère encore périodiquement:

Ébauche d’un manifeste | 23 mai 2005

J’explorais dans ce texte les fondements d’une autre approche de la politique, déplorant notamment la polarisation des débats, le formatage abusif des discours en fonction des médias et l’utilisation des sondages pour manipuler l’opinion publique. Je proposais comme remède un voeu de proximité en dix points.

J’ai revisité ce texte en 2011, notamment pour y apporter quelques nuances, en fonction du contexte du moment (voir en particulier le troisième commentaire au bas du texte suivant):

Une nouvelle façon de faire de la politique?

Relisant tout cela à nouveau, au cours des derniers jours, ce sont les deux premiers points du voeu de proximité qui m’ont frappé le plus:

1. Toujours commenter le travail des autres élus de façon constructive;

2. Toujours expliquer ses décisions à l’aide de « parce que »;

Cela rejoint particulièrement la réflexion qui m’habite depuis quelques semaines, à laquelle j’avais notamment fait écho au début de l’été:

Une grande perplexité | 18 juillet 2016

Ces deux énoncés (commenter de façon constructive et expliquer avec un simple «parce que») décrivent en effet assez bien ce à quoi j’ai envie d’orienter progressivement le temps que je consacre à mon engagement social.

Je souhaite contribuer à faire émerger de nouvelles formes de discours, plus constructifs, qui s’appuieront sur des idées à la fois concrètes et inspirantes. Des discours qui seront motivés par la recherche de solutions plutôt que par une dynamique d’opposition. Des discours qui favoriseront la collaboration entre les gens au lieu d’alimenter la division. Des discours qui donnent le goût de s’engager plutôt que de nourrir le cynisme.

Pour cela, je réfléchis depuis quelques jours à mettre en place un site Web / média qui aura pour objectifs de rendre cette démarche concrète et de favoriser son ancrage dans la réalité économique, sociale et politique de la région de Québec.

Parler de politique

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L’actualité publie aujourd’hui un texte de Gabriel Nadeau-Dubois intitulé Le blocage québécois.

C’est un texte dont la lecture me semble absolument essentielle pour mieux comprendre la dynamique politique québécoise actuelle (et même plus largement). Pour s’y engager plus efficacement, aussi (même sans être d’accord avec lui sur tout).

L’extrait clé, de mon point de vue, est celui-ci:

«Nous avons depuis de nombreuses années les mêmes discussions, nous ressassons les mêmes arguments. Plus généralement, c’est notre manière de parler de la politique elle-même qui est brisée. (…) C’est sans doute pour cette raison qu’autant de citoyens, particulièrement les plus jeunes, se désintéressent de la chose publique.»

Je partage tout à fait sa conviction qu’il est nécessaire (et urgent) de trouver de nouvelles manières de parler (et de faire) de la politique. C’est même au coeur d’un projet qui me trottait dans la tête depuis quelques semaines et dont je pense maintenant accélérer la réalisation.

Parce que je suis, moi aussi, animé par la conviction que Gabriel Nadeau-Dubois exprime dans sa conclusion:

«…je sens que nous avons la possibilité et surtout le devoir de nous remettre en marche. Nous sommes un peuple de défricheurs, capable d’ouvrir de nouveaux sentiers. Comme beaucoup de mes concitoyens, j’ai envie de contribuer à cet effort. Mais je sais que pour accomplir ce que nous n’avons jamais accompli, il nous faudra faire ce que nous n’avons jamais fait.»

Je ne suis pas prêt à en dire beaucoup plus aujourd’hui sur ce projet, mais ça ne devrait pas tarder. Ce texte de L’actualité est une très bonne motivation…

Cité éducative

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Je retourne depuis quelques jours dans mes lectures d’il y a une dizaine d’années. Dans plusieurs textes que j’ai écrits à la même période aussi. J’ai l’impression que j’avais les idées plus claires à cette époque sur ce qui motivait mes différents engagements et le temps que j’y consacrais.

Je ne retourne pas dans ces textes par nostalgie. Plutôt comme un moyen de donner de la profondeur à des lectures et des réflexions plus récentes. Le visionnement du film Demain, et l’exposition 25X la révolte, au Musée de la civilisation, ont aussi été des catalyseurs efficaces pour plusieurs de ces réflexions.

Et je dois constater que je reviens, à travers tout ça, encore et toujours à l’idée de cité éducative. Non pas pour en refaire un sujet de mobilisation en tant que tel (comme je l’avais fait de 2003 à 2005), mais comme le cadre le plus structurant pour organiser mes intérêts, mes valeurs et mes convictions. Pour donner un sens à mes engagements.

C’est clairement mon meilleur ancrage.